Comment déconstruire l'Histoire de France, rééduquer "les souchiens"?

Publié le 24 Mai 2010

Le film Hors la Loi de Rachid Bouchareb s'est fait sévèrement critiquer par une partie de la classe politique et pour cause. C’est le deuxième film après « les indigènes » qui tente de déconstruire l’Histoire de France obéissant en cela, à l’exigence d’Houria Boutelja de rééducation des français de souche qu’elle appelle les « souchiens ».

Même si je partage le regret que les combattants issus des colonies n’aient pas été suffisamment mis en avant dans les films historiques, comme à Montecassino, les plages de Provence ou plus loin dans les tranchées de 14/18 ou la guerre 39/40,  je regrette surtout que la France n’arrive pas à se  purger de son Histoire comme sait le faire les USA. Nous sommes encore a ressasser nos différents sur la dernière guerre mondiale, celle d’indochine et la guerre d’Algérie. C'est pitoyable!

Qu’il y ait une volonté de déconstruire l'Histoire de France me paraît une évidence. Toutefois, si l’on veut parler de l’Algérie des gentils par rapport aux méchants coloniaux français, il faudrait avoir des cinéastes français qui ne craignent pas de parler de l’Algérie d’avant 1830. C'est-à-dire celle, bien plus petite qu'aujourd'hui, d’avant que les français débarquent sur ce territoire sous occupation Turc. Il faudrait donc relater que ce territoire n’était pas occupé par des anges sans tâche mais aussi par des négriers qui pratiquaient la traite des blancs et singulièrement celle des chrétiens mis en captivité par les pirates barbaresques en méditerranée. La ville d’Alger à l’époque, était un bagne, une immense prison d’esclave. Ce fût même LA raison essentiel de ce débarquement. Qui aura le courage de le dire enfin?

Revenons sur ce film ! Avant même que ce film ait été projeté et alors que le secret le plus absolu avait été gardé autour du contenu du film, des manifestants, pieds noirs et harkis, avaient organisé une manifestation près du Palais des Festivals à Cannes. Une colère encouragée par plusieurs députés UMP comme Lionnel Luca ou Thierry Mariani qui déclarait dans le journal La Provence : Cela suffit ! Il y en a assez d'entendre, de lire ou de voir des films où il est expliqué à quel point la France s'est mal conduite durant la guerre d'Algérie.

Il va sans dire que je partage tout à fait ce point de vue.

Je note, pour l’anecdote, que les protagonistes de ces différents films ne sont pas des descendants de Harkis ou de pieds noirs mais bien des descendants d’immigrés du travail. A mon humble avis et sans être trop provocateur,  j’estime qu’il devrait plutôt se pencher sur la question de savoir pourquoi leurs parents se sont expatriés d'un pays qui ne leur a rien donné après leur avoir tout promis.  Les Kabyles d’Algérie, qui avaient fournis l'essentiel des troupes du FLN, le savent bien aujourd’hui.

En effet, il est déconcertant au minimum, de voir des femmes et des hommes cracher sur l’histoire d’un pays, d’un peuple qui les a accueillis dans ses écoles et leur a accordé toutes les aides sociales pour les enfants et les logements dont sont issus la plupart de ces acteurs et metteurs en scène. C’est ce que l’on appelle abruptement, ne pas avoir la reconnaissance du ventre.

Certes, je ne suis pas entrain de dire qu’ils furent tous accueillis à bras ouverts, qu’ils furent reçus avec chaleur, que cela ne fût pas dur, voire très dur pour eux comme autrefois, pour les polonais, les italiens, les espagnols, les portugais,  mais n’oublions pas que parmi ces immigrés du Maghreb venu travailler dans l’ancienne métropole , chez les anciens colonisateurs honnis, un certain nombre avaient combattu ou approuvé la guerre d’indépendance. Ils ont choisis de quitter leur nouveau pays indépendant. Ce n’est pas rien au regard de l’histoire et de la morale n’en déplaise à Madame Boutelja Houria et à ses indigènes de la république.

Au regard du traitement infâme qui fût fait aux harkis par la France de l’époque sur son sol, ces fameux supplétifs qui avaient combattu dans l’armée française en croyant à la république, j’estime là aussi, à tort ou à raison, que  les immigrés du travail  et leurs enfants devenus français par la suite pourraient avoir, au moins, la décence de se taire. Qu’ils sachent bien que les Harkis, que leurs parents immigrés appelaient des traîtres (qu'ont-ils fait d’autres en abandonnant leur tout nouveaux pays ?), furent lâchement et froidement exécutés par centaine par le FLN. Nous partageons, je partage au moins cette honte puisque c’est la France, mon pays qui les avait abandonné.

Gérard Brazon

Rédigé par Gérard Brazon

Publié dans #Politique Française

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