Comment la monarchie de Juillet a fait entrer la France dans la modernité.

Publié le 10 Juin 2011

La France se cherche. Son histoire est mouvante. Aprés la chute de l'Empereur Napoléon 1er, les Bourbons reviennent. Louis XVIII, frère de Louis XVI  régne. Pas longtemps. Il est remplacé par Charles X qui n'a rien compris au film. Louis Philippe remplace ce Charles X qui pensait pouvoir revenir sur les acquis des régimes précédents. Il fût donc balayé par les trois glorieuses. Louis Philippe le sera en 1848 par une République, deuxième du nom, dont le premier Président sera Le Prince Louis Napoléon Bonaparte, futur Napoléon III. 

La France est une puissance. Elle a encore les moyens de jouer un grand rôle face à 'ennemi de toujours: l'Angleterre. C'est si loin et pourtant, nous sommes issus de cette Histoire.

Posez la question à nos "djeunes"!  Pour eux, c'est rien. C'est toute la différence entre les anciens immigrés et les nouveaux. Les anciens venaient pour participer à cette histoire de la nation la plus puissante du moment et porteuse de valeurs humanistes et de libertés. Aujourd'hui ils vienent parce que leur révolution leur fait peur et que les aides sociales sont meilleurs ici que là-bas! 

Mais c'est une autre époque.

Gérard Brazon

****************************************

1830-1848. 

Comment la monarchie de Juillet a fait entrer la France dans la modernité.

La France de Louis-Philippe

Louis-Philippe appelé au trôneDix-huit ans de monarchie de Juillet, ou comment la France est vraiment entrée dans l’ère de la croissance industrielle. Une brillante démonstration de Gabriel de Broglie.

Les trois journées de juillet 1830 qui mirent brutalement fin au règne de Charles X furent portées par un mouvement libéral actionné par plusieurs forces : l’opinion comme vecteur des idées nouvelles, la jeunesse comme acteur politique autonome et le jeu subtil d’une personnalité, celle du duc d’Orléans, futur Louis-Philippe. Mais le ciment de ces journées parisiennes, les Trois Glorieuses, fut sans conteste un rejet du légitimisme attardé de la branche aînée des Bourbons. « Hier vous n’étiez qu’une foule / Vous êtes un peuple aujourd’hui », écrit Victor Hugo au lendemain de l’insurrection.

L’“esprit de Juillet”, populaire et démocratique, a balayé la vieille monarchie et semble être l’accomplissement plein et entier de la Révolution de 1789-1791, en quelque sorte la fin de l’Histoire et le commencement d’une société nouvelle, moderne, soumise au magistère d’intellectuels responsables.

“Quoique Bourbon”, le roi Louis-Philippe, à près de 57 ans, ne ressemble pas à ses cousins. Élevé sous la férule exigeante de Mme de Genlis, autodidacte marquée par la lecture de Fénelon, de Rousseau et des encyclopédistes, il est un personnage d’exception, en phase avec la société de son temps. « Il était prince, écrit-elle, j’en ai fait un homme ; il était lourd, j’en ai fait un homme habile. »

La famille royale est populaire. Avec ses huit enfants, son allure bourgeoise savamment entretenue et consentie, elle paraît loin du faste poussiéreux et plein de morgue d’un Charles X. Louis-Philippe dispose en outre de nombreux atouts : richesse, image moderne et séduisante, force et densité des réseaux parisiens, notamment en milieu parlementaire. L’urgence, pour le fils de Philippe Égalité, est de rompre avec la tradition absolutiste de droit divin. Une Constitution nouvelle est promulguée. « Désormais la Charte sera une vérité », déclare le roi.

Après des débuts chaotiques, les cinq premières années de la monarchie de Juillet apportent une concrétisation du régime parlementaire sous l’impulsion déterminante des doctrinaires, fascinés par le modèle anglais : Casimir Perier, puis le triumvirat formé après sa mort par Guizot, Thiers et Victor de Broglie. Le vrai pouvoir n’est pas entre les mains du souverain mais entre celles d’un gouvernement solidairement responsable devant les Chambres. Cette nouveauté institutionnelle semble marquer la victoire du libéralisme avancé sur le conservatisme passé mais elle sera source d’instabilité et de tensions entre le souverain et ses ministres.

Autre rupture avec l’Ancien Régime, le préambule de la nouvelle Charte constitutionnelle du 7 août 1830 précise que « Louis-Philippe d’Orléans » est « appelé au trône » comme « roi des Français », sans qu’il soit fait mention de sa position dynastique par rapport à Charles X. Dans le même esprit, l’article 67 révisé stipule que « la France reprend ses couleurs », à savoir la cocarde tricolore. D’une manière éclatante, diverses mesures visent à souligner la victoire de l’ordre légal sur l’arbitraire bourbonien. Enthousiaste, le Journal des débats souligne dès le 10 août que « 1830 vient de couronner 1789 ».

Élevé sur le trône par une révolution des idées, Louis-Philippe sait aussi qu’il bénéficie du soutien des classes moyennes. Dans son discours du trône du 31 janvier 1831, il déclare : « Nous cherchons à nous tenir dans un juste milieu également éloigné des excès du pouvoir populaire et des abus du pouvoir royal. »

Cette conception bourgeoise de la monarchie est assumée par le nouveau régime. Injustement décrite comme le triomphe d’une classe sociale âpre au gain et étroite d’esprit, la monarchie de Juillet, par son élan libéral, suscite en réalité une créativité foisonnante et une croissance économique vigoureuse. Le mot de Guizot restera : « Enrichissez-vous par le travail et par l’épargne. »

La vague romantique qui se déploie dans toute la société résume à elle seule la grandeur du XIXe siècle. Musique, littérature, beaux-arts, Paris attire les génies venus de l’Europe entière et donne le ton. Cette révolution esthétique est aussi le fruit d’un assouplissement de la censure. Victor Hugo, quelques mois avant les Trois Glorieuses, avait écrit : « Le romantisme n’est, à tout prendre, que le libéralisme en littérature. » Stendhal, Lamartine, Vigny, Musset, Dumas, Gautier, Sand, font écho à Delacroix, Ingres, Chassériau, Corot…

Une nouvelle classe politique voit le jour. Si l’aristocratie d’Ancien Régime a massivement déserté les cercles du pouvoir, Louis-Philippe redouble d’efforts pour rallier une par une les gloires de l’Empire comme Mortier et Bassano. La monarchie orléaniste fait aussi une place de choix aux groupes d’individus en voie d’ascension sociale. De nouvelles lois électorales amplifient ce mouvement avec l’abaissement du cens d’éligibilité de 1 000 à 500 francs et du cens électoral de 300 à 200 francs. Ce sont 80 000 nouveaux inscrits, principalement issus de la bourgeoisie foncière, qui profitent de cette ouverture au détriment de l’aristocratie.

On assiste, durant les années 1830 et 1840, sous la pression de nouveaux intérêts économiques, à la mise en place d’une économie moderne avec le début de la révolution des transports (canaux, routes, chemins vicinaux, chemins de fer), à la diffusion accrue de la presse et au progrès de l’urbanisme des grandes villes et, d’une manière générale, à une forte croissance démographique qui accompagne le décollage de l’industrialisation de la France. La proximité politique des élites orléanistes avec les manufacturiers, la conviction profonde de Louis-Philippe et de ses principaux ministres de la nécessité d’une modernisation de l’appareil productif ont créé un climat favorable. C’est le tableau de cette mutation profonde du pays, à la fois institutionnelle, sociale et économique, que Gabriel de Broglie, grand historien de l’orléanisme, dresse dans une synthèse remarquable, celle-ci mettant en valeur les hommes et le résultat de leur politique.

Plus de deux mille entreprises sont créées chaque année

Il montre notamment combien Louis-Philippe, exilé de force en Angleterre durant la période révolutionnaire, peut éprouver de fascination pour ce pays. Du libéralisme tempéré en matière politique et institutionnelle jusqu’à l’urbanisme londonien, presque tout lui semble digne d’être reproduit ou imité chez ce voisin à la fois jalousé et admiré. Le régime instauré après 1830 facilite l’investissement capitaliste de manière à aider la croissance de certains secteurs d’activité stratégiques. Plus de deux mille entreprises sont créées chaque année au cours de la décennie de croissance 1835-1845. De nombreux hommes d’affaires jusqu’alors inconnus parviennent à une insolente prospérité, encore nouvelle pour l’époque.

Les débuts du chemin de fer stimulent la production de fonte, d’acier et de coke au cours des années 1840. De grands complexes métallurgiques comme les usines de Wendel en Lorraine ou encore le site bourguignon du Creusot encouragent l’extension du réseau ferré. Un député déclare en 1837 devant la Chambre : « Les grandes lignes de chemins de fer sont de grandes rênes du gouvernement[…], des instruments de la puissance publique. » Globalement, c’est la France entière qui est décloisonnée par l’amélioration des transports permettant une plus grande mobilité des marchandises comme des personnes et des idées, grâce à l’essor spectaculaire de la presse.

Préfiguration de ce que seront les grands travaux d’Haussmann sous le second Empire, ceux conduits à Paris sous l’impulsion du préfet Rambuteau entre 1833 et 1848, avec l’amélioration de l’éclairage public, la création de près de 200 kilomètres de trottoirs, de 2 000 bornes fontaines, l’ouverture de 110 rues nouvelles et la construction de nombreux immeubles témoignent d’une volonté réelle de résoudre les problèmes liés à une urbanisation de plus en plus accélérée.

Celui que Tocqueville appelle le « chef de la bourgeoisie » et d’autres le “roi des barricades” cherche à dépasser l’ambiguïté de son personnage. Tout au long de son règne il s’efforce de réconcilier les Français avec leur histoire. Cette démarche inédite, qui prend le contrepied de ses prédécesseurs, apparaît presque immédiatement par la place qu’il veut donner à l’instruction publique. Versailles, transformé en musée, est dédié « à toutes les gloires de la France ». Le Panthéon, rendu au culte sous la Restauration, glorifie à nouveau les grands hommes de la patrie. La colonne de Juillet, en mémoire des Parisiens tombés lors des Trois Glorieuses, est dressée place de la Bastille. Mais le chantier le plus spectaculaire reste celui de l’Arc de triomphe, qui surpasse en grandeur tous les autres édifices construits à la même époque.

Soucieux de la préservation du patrimoine national, Louis-Philippe décide dès le mois d’octobre 1830 la création de l’Inspection des monuments historiques, dont la direction est confiée en 1834 à Prosper Mérimée qui lui donne un relief considérable. Des chantiers de restauration d’envergure sont entrepris sous l’impulsion d’un architecte que le second Empire s’appropriera : Eugène Viollet-le-Duc. Notre-Dame de Paris en est l’une des plus remarquables expressions.

À l’aune de ce dynamisme et de ces transformations profondes, observe Gabriel de Broglie, les dix-huit années du règne de Louis-Philippe demeurent une étape cruciale pour la France. D’abord politique et institutionnelle, plus authentiquement libérale et inspirée de la pratique constitutionnelle anglaise, étape de démocratisation également, enfin étape de décloisonnement social et d’avènement de deux nouveaux pouvoirs, la bourgeoisie d’affaires et la presse.

Sa chute brutale, en février 1848, fera dire à Hugo que « Louis-Philippe était la transition régnante ». Issu de l’Ancien Régime, né en 1773, ce roi bourgeois, par vertu, eut pour son pays un projet politique incontestablement novateur et ambitieux. Mais pouvait-il encore, à 74 ans, incarner la France de demain ? La mort prématurée en 1842 de son fils aîné, le plus populaire et le plus capable, le priva d’espérance. D’un point de vue dynastique, il ne s’en remit pas. Devenu anachronique et solitaire, Louis-Philippe préféra abdiquer en silence, laissant derrière lui la France orpheline de son dernier roi mais entrée dans l’ère de l’expansion industrielle. « En 1848, écrit Gabriel de Broglie, ce n’est pas sous les coups de l’idéologie que la monarchie de Juillet a succombé, c’est sous le poids de l’Histoire. »  Vincent Freylin

La Monarchie de Juillet, 1830-1848, de Gabriel de Broglie (de l’Académie française), Fayard, 462 pages, 26 €.

Photo © Leemage

Rédigé par Gérard Brazon

Publié dans #Histoire de France

Commenter cet article