Comment pirater une machine à voter....

Publié le 10 Février 2015


Une machine à voter à Colombes (Reuters).

Avoir des idées, c’est dur. Avoir des voix, c’est facile ! Grâce au ministère de l’intérieur et aux machines à voter Nedap ESF1, faites-vous élire en cinq étapes, avec ou sans programme.

 


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Choisir sa commune

Les machines Nedap représentent 90% du parc français et équipentune soixantaine de villes. De Brest à Vence, vous trouverez commune à votre pied. Station balnéaire ou banlieue parisienne, vous avez le choix.

 


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Gagner l’accès aux machines

Il vous faut tout d’abord trouver une machine. A l’exception de quelques communes, qui optent pour une chambre forte ou pour les locaux de la police municipale, elles sont, en général, stockées précieusement dans les armoires ou les locaux techniques de la mairie.

Comptons 5000 euros pour s’attacher les services du veilleur de nuit. Si vous avez une estimation plus fiable, n’hésitez pas à l’indiquer !


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Programmer votre victoire

Maintenant que vous avez ramené une machine chez vous, il va s’agir de modifier le programme qui contrôle l’ordinateur. Le groupe néerlandais Nous ne faisons pas confiance aux ordinateurs de vote a publié un article expliquant la marche à suivre.

Deux EPROMs, des barrettes de mémoire informatique contiennent le code. Pour les déchiffrer et les reprogrammer, il vous faut un informaticien spécialiste des technologies des années 1980. Pour Ron Gonggrijp, co-auteur de l’article suscité, vous aurez à débourser entre 5000 et 10000 euros pour un tel job, en fonction du niveau de discrétion désiré.

Les mairies peuvent facilement détecter une manipulation trop grossière, en testant, par exemple, les machines avant l’élection. Heureusement, les Nedap ESF1 sont à la fois assez complexes pour vous permettre de les programmer précisément et assez obsolètes pour ne pas détecter la modification.

 Vous pouvez, par exemple, spécifier une combinaison de touches qu’un de vos complices effectuera dans le bureau de vote le jour du scrutin, déclenchant alors le mode triche’.

Avant de désosser l’engin, prenez néanmoins le soin de noter la marque du scellé, s’il est présent. Il vous faudra le remplacer avant le scrutin. A 170 euros les mille pièces, vous aurez du rab’ pour les élections de 2014.

 


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Installer les EPROMs

Vous allez maintenant installer votre programme dans les machines de la commune. Une paire d’EPROM coûtant un peu moins de dix euros et chaque machine servant un peu plus de mille électeurs, cette étape ne grèvera pas trop votre budget. Songez quand même que la configuration de chaque EPROM prend plusieurs minutes : ne la laissez pas au dernier moment, surtout si la ville qui vous intéresse est relativement grande !

Vos EPROM doivent ensuite être insérés dans chaque machine. Avec une petite équipe – vos futurs conseillers municipaux, par exemple – la manœuvre dure moins d’une minute. Nous ne faisons pas confiance aux ordinateurs de vote a filmé l’opération. Notez que vous gagneriez quelques secondes avec un tournevis électrique.

 

 


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Préparer votre discours

En quelques minutes, les machines sont prêtes à vous offrir la mairie, sans risque d’être découvert puisque le recompte n’est pas possible. Surtout, les communes restent persuadées d’avoir acquis des machines infaillibles et candides comme des montres à quartz. A moins d’avoir programmé une victoire soviétique ou chiraquienne, le doute ne sera pas permis.

Tiré par les cheveux ? Peut-être. Impossible ? Sûrement pas.

En reprenant les coûts estimés au dessus, la manipulation d’un parc de machines coûterait aux alentours de 17000 euros dans une ville de 150000 habitants, soit 10% des dépenses de campagne remboursables.

(Une fois la présidence du conseil municipal entre vos main, pensez à vos journalistes préférés s’il reste des emplois fictifs.)

Le principal avantage des machines à voter réside dans leur coût d’exploitation, plus faible que celui d’un scrutin traditionnel. Comme le soulignent Jérôme Tournadre-Plancq et Benoît Verrier, auteurs d’une note sur la question pour le Centre d’analyse stratégiques, les responsables administratifs souhaitent surtout réduire les coûts liés au transport des chaises et des isoloirs – et au traitement du personnel qui les installe.

Selon Nedap, une commune amortirait son investissement de cinq à huit mille euros par machine au bout de quatre scrutins. Mais en l’absence d’une étude systématique et fiable, impossible de savoir si les économies réalisées, si elles existent, justifient les risques de fraude.

Le Forum Internet, recommandateur paragouvernemental, a récemment pondu un rapport sur les machines à voter. Après quelques développements sur les coûts (peut-être inférieurs au dépouillement manuel, mais peut-être pas) et sur le comptage des votes (peut-être plus précis, mais c’est pas sûr) arrive l’unique page sur la sécurité. Où l’on apprend que le groupe de travail n’a pas auditionné de personnes disposant d’avis ou d’une expertise sur les aspects de sécurité’ . Qu’on se rassure, c’est prévu, ‘ dans les prochains mois’ .

Les ordinateurs de vote suspendus à l’étranger

Aux Pays-Bas, les machines à voter ont été suspendues en octobre à la suite d’un rapport suggérant que seul le vote papier répondait aux exigences imposées par le ministère de l’Intérieur.

Le pays ne retourne pas à l’âge de pierre pour autant. A l’avenir, les bureaux de vote seront équipés de lecteurs de bulletins optiques. LeMaryland et la Floride sont également en train d’adopter ce système, où l’électeur dépose son bulletin dans une urne dotée d’un scanner et capable de le lire. On conserve la rapidité d’exécution tout en regagnant beaucoup de transparence. Le beurre et l’argent du beurre.

► Sur son blog, François Nonnenmacher a publié une série de billets sur le thème.

► Le site Ordinateurs de vote.org propose lui aussi plein d’infos, ainsi qu’une pétition contre les machines à voter.

Rédigé par Gérard Brazon

Publié dans #Politique Française

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