Comment une réglementation perverse favorise les crises financières

Publié le 9 Septembre 2014

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 Après des années de laxisme et de sous-estimation des effets de levier des banques, le durcissement de la réglementation bancaire, en prétendant prévenir les risques, en crée d'autres.

Jusqu'à présent, on ne peut que constater l'absence de bilan flatteur des régulateurs -- non seulement en matière de prévention des risques sur les marchés financiers mais aussi en matière de gestion des risques d'un bilan bancaire. C'est un peu comme en politique : on constate chaque jour les dégâts causés par la gestion économique et budgétaire de responsables politiques peu au fait des enjeux et contraintes opérationnelles de la vie économique et financière dans le monde des entreprises.

Nombre de crises récentes sur les marchés ont été compliquées à gérer à cause d'une complexité de plus en plus grande des techniques et instruments financiers

Nombre de crises récentes sur les marchés ont été compliquées à gérer à cause d'une complexité de plus en plus grande des techniques et instruments financiers. Et surtout parce que l'"ingénieur" financier avait, par construction et par définition, un temps d'avance sur le régulateur (ou plutôt le régulateur un temps de retard). Il faudrait que cet écart se réduise et tant pis si cela doit passer par moins d'innovation et de sophistication sur les marchés financiers.

▪ Une illustration concrète D'ailleurs dans le domaine de la finance, contrairement à d'autres secteurs de la vie économique, l'innovation a souvent été inutilement complexe, destructrice de richesse et détournée de ses objectifs initiaux : la couverture des risques, l'optimisation de la performance des placements financiers (en garantissant tout ou partie du capital). Il ne s'agit pas de supprimer les produits dérivés et certaines techniques financières ; il faudrait plutôt les rendre plus intelligibles

Les effets pervers de la réglementation bancaire peuvent être illustrés avec la mise en place des quatre principaux "nouveaux" ratios de Bâle III (deux relatifs à la liquidité et deux relatifs à la solvabilité des banques)

1) Le ratio de liquidité à court terme, le LCR (pour liquidity coverage ratio) est censé mesurer la capacité d'un établissement à survivre à une période de stress intense d'une durée d'un mois. Il se calcule comme le rapport entre les disponibilités à 30 jours (constituées d'actifs dits liquides) et les exigibilités à 30 jours (avec des hypothèses de fuite selon les produits d'épargne de la clientèle).

Oui mais voilà : ce ratio pousse les banques à investir en obligations souveraines puisque celles-ci ont un traitement privilégié dans la constitution d'une réserve d'actifs dits liquides.

2) Le ratio de liquidité à long terme, le NSFR (pour net stable funding ratio) va contraindre les banques à refinancer et adosser leurs crédits à long terme à des ressources dites stables à long terme. L'idée est de s'affranchir pour partie des risques de remontée de taux et de liquidité. Mais l'activité traditionnelle d'une banque consiste à transformer une partie des dépôts de court terme en emplois et crédits à long terme et à se rémunérer sur l'écart (certes variable) entre les taux long terme et les taux court terme.

Ce sera la fin du cycle de croissance infinie du crédit -- fin qui risque d'être violente

Si les banques transfèrent chez les investisseurs institutionnels les crédits qu'elles auront de plus en plus de mal à refinancer et à conserver, les taux d'intérêt des crédits dépendront de moins en moins des coûts de financement des banques (et donc de la politique monétaire de la Banque centrale), mais plutôt de la rentabilité attendue par ces investisseurs. Ce sera la fin du cycle de croissance infinie du crédit -- fin qui risque d'être violente.

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Rédigé par Gérard Brazon

Publié dans #Economie-Finance-Industrie

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