Congrès PS : La peur de la démobilisation

Publié le 9 Octobre 2012

Par Solenn de Royer 


Laurent Fabius, Martine Aubry et Harlem Désir lors des universités du PS à La Rochelle, en août.
Laurent Fabius, Martine Aubry et Harlem Désir lors des universités du PS à La Rochelle, en août. Crédits photo : Sébastien SORIANO/Le Figaro 

Les militants votent jeudi sur les motions. Une faible participation serait un mauvais signal pour François Hollande.

Comment éviter que le prochain congrès du PS , qui doit se tenir à Toulouse du 26 au 28 octobre, ne soit un four, ou dit en langage plus diplomatique un simple «congrès administratif»? Les dirigeants socialistes, qui redoutent une abstention massive, multiplient les appels à la mobilisation des militants, à quelques jours du vote sur les motions, les 11 et 18 octobre prochain. «Le problème, c'est la participation, confie le premier secrétaire par intérim, Harlem Désir. Je dis aux militants: saisissez-vous de ce vote! Il y a une motion favorite (la motion 1, celle de soutien au gouvernement, portée par Harlem Désir , Martine Aubry et Jean-Marc Ayrault, NDLR) mais il y a au total cinq motions!»

Depuis qu'il a été désigné premier signataire de la motion majoritaire, le 12 septembre dernier, Harlem Désir doit à la fois faire campagne, tout en assurant l'intérim à la tête du parti, après le départ brutal de Martine Aubry - qui a décidé sans prévenir personne de ne pas attendre le congrès de Toulouse pour tirer sa révérence. Une double casquette dont l'intéressé, qui multiplie les déplacements dans les fédérations, se serait bien passé, pour privilégier sa campagne.

Car convaincre les militants de voter les 11 et 18 octobre, pour départager les motions en lice puis pour choisir un premier secrétaire, n'est pas tâche aisée, alors que cette «Pâques des socialistes» (c'est ainsi que François Mitterrand désignait les congrès) est cette fois-ci totalement dénuée d'enjeux et de suspense. «Tout a été réglé avant, ça n'intéresse personne, regrette un dirigeant du PS. On connaît le premier secrétaire, on sait quelle sera l'orientation à Toulouse puisque personne ne pense que la motion majoritaire va perdre, et on connaît les grands équilibres au sein du parlement du parti (qui ont été négociés en amont, NDLR). Le congrès est joué avant d'être joué. C'est un congrès en trompe-l'œil!»

«Un vote qui sera observé»

Samedi, lors d'une réunion de soutien à la motion majoritaire, à Paris, en présence de plusieurs ministres, les dirigeants du PS ont tenté de dramatiser les enjeux et insisté sur l'importance de la participation afin que la motion 1 obtienne jeudi le score le plus élevé possible. «Nous avons besoin d'être mobilisés massivement pour ce vote qui sera observé», a prévenu Harlem Désir. «Si la mobilisation des socialistes n'est pas à la hauteur, la traduction politique sera faite non seulement par la droite mais aussi à notre gauche», a ajouté le ministre de l'Agriculture, Stéphane Le Foll. «Certains camarades pensent qu'après la présidentielle et les législatives, l'essentiel est fait et que le congrès de Toulouse est quasiment un congrès administratif, a argué de son côté l'historien du PS Alain Bergounioux. C'est une ­erreur. S'il y a une faible participation les 11 et 18 octobre, la presse risque de titrer: “Les socialistes traînent les pieds”.»

Pour le futur numéro 2 du parti, le député Guillaume Bachelay, les résultats du vote seront scrutés à la loupe: «Nous devons être les plus nombreux possibles à voter pour la motion 1. Tout le monde voudra constater ce que pèse le président de la République dans son propre parti!» En privé, un dirigeant du PS résume: «Moins il y a de votants, et plus la motion portée par l'aile gauche du parti risque d'être haute. Or, Harlem a besoin de réunir 90% des suffrages. S'il fait moins de 80%, on va commencer à dire qu'il y a un “problème Harlem”  et il le sait.»

Les dirigeants du PS ont aussi tenté, samedi, de répondre aux inquiétudes des militants, qui «remontent des fédérations»: la critique d'un congrès verrouillé (lire ci-dessous) ou encore les doutes sur un processus de désignation du premier secrétaire jugé peu démocratique. Une photo de Martine Aubry et Jean-Marc Ayrault , prise samedi à Lille dans un train fantôme, a fait sourire, alors que beaucoup redoutent que le parti ne soit de plus en plus… évanescent: «Certaines mauvaises langues diront peut-être que cette photo résume le congrès», ironise un conseiller ministériel.

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Rédigé par Gérard Brazon

Publié dans #Politique Française

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