Contre-offensive à la dénaturation du mariage et à la subversion de la famille : remarques tactiques et stratégiques.

Publié le 16 Mai 2013

Depuis plusieurs semaines, la tactique choisie de fait par le Gouvernement et ses relais dans les médias mainstream pour discréditer le mouvement La Manif pour Tous (LMPT) et ses satellites (Printemps Français, Camping pour tous, Cache-cache pour tous, les Veilleurs, les Mères Veilleuses, Ta ville en action, etc.) a été d’agiter la thématique des « violences ».

Par Sébastien de kerrero pour NDF

Les événements ont été très instructifs sur le niveau de technicité dont disposent les officines gouvernementales (sociétés privées de conseil appointées, services de renseignement intérieurs, think thanks communautaires, etc.) En effet, les promoteurs de la loi Taubira poursuivent deux objectifs, écorner l’image du mouvement auprès de l’ensemble de la population et décourager la France « bien élevée » qui se rend aux manifestations en agitant un chiffon qui lui fait horreur. Les agents gouvernementaux espèrent essouffler le mouvement en jouant sur les codes moraux de cette France qui – à tort, nous y reviendrons – est hostile à toute forme de violence.

Ce que répètent les agents de propagande gouvernementale – au premier chef desquels il faut compter le ministre de l’Intérieur surnommé Manuel « Gaz » – c’est que les manifestants en faveurs de la préservation du mariage seraient « violents ».

Après les deux mobilisations nationales du 13 janvier et du 24 mars – comptant chacune plus d’un million de personnes – et une semaine de mobilisation régionale continue, on n’a à déplorer aucune vitre brisée, aucun abribus dégradé, aucune voiture renversée, aucun CRS ou gendarme mobile blessé.

Où sont les violences des manifestants ? Où sont les conséquences de leurs violences ? Les mass medias sont bien en peine de nous le dire.

Pourtant, il y a des violences. Elles sont le fait des forces de police.

À Notre-Dame-des-Landes où les groupuscules et les réseaux militants des gauches alternatives, des gauches radicales et d’extrême-gauche sont très présents, les dégradations, les incendies, les violences entraînant des blessures chez les policiers sont monnaie courante.

Seulement, comme c’est routinier, les journalistes n’y voient rien d’original qui mérite d’être relevé. Cependant pour l’observateur impartial, le contraste de traitement entre les échanges vespéraux des Invalides et les événements de Notre-Dame-des-Landes est saisissant.

L’événement médiatique réside dans l’attitude nouvelle des classes moyennes qui ont pris conscience d’elles-mêmes à l’occasion de leur mobilisation contre la loi Taubira.

Hormis quelques jets de bouteilles – inutiles, j’en conviens, mais sans conséquences et inévitables – à quoi assiste-t-on ?

Des milliers de personnes – des mères et des pères de familles, des couples de grands-parents, des étudiants studieux, des employés et des chefs d’entreprise se sont rassemblées chaque soir de la semaine à l’appel de LMPT avec la détermination tranquille qui avait marqué les mobilisation de mars et janvier dernier, dans un esprit désintéressé, pacifique, festif et familial qu’a su impulser Frigide Barjot pour déjouer le piège « à l’homophobie » tendu par les promoteurs de la loi.

Et après quoi ? Fidèles à l’engagement de « ne rien lâcher », ceux des manifestants qui ont rompu avec la passivité congénitale de leur milieu et dont les devoirs familiaux ou professionnels ne les obligent pas à reprendre leur métro, restent après l’ordre de dispersion.

Ils opposent alors leur présence à la surdité d’un gouvernement totalement discrédité par l’ensemble de son œuvre (provocations policières, répression et gazages, mensonges sur le décompte des manifestants et falsification des photographies aériennes, affaire Cahuzac, incompétence et cacophonie gouvernementale, etc.)

Ce qui se déroule après la dispersion est plus spontané, plus politique que lors des défilés de LMPT, mais ne diffère pas sur le fond.

La présence active des manifestants qui s’attardent après l’ordre de dispersion est le prolongement des cortèges de LMPT, quoiqu’en veuillent les organisateurs qui se destinent à des carrières de flics et qui doivent désormais gérer leur avenir professionnel sans entrer dans des conflits d’intérêt avec la mobilisation contre la loi Taubira.

Les modes de mobilisation et d’action de ceux qui restent après l’ordre de dissolution sont complémentaires et répondent à la variété des tempéraments : veilleurs pacifistes mais opposant leur résistance passive aux ordres de dispersion, les conduisant à des gardes à vue parfois plusieurs fois par semaine, étudiants actifs et vadrouilleurs qui jouent « aux gendarmes et aux voleurs » avec les gardes mobiles dans la pure tradition des escholiers des universités, campeurs, tweetos et bloggeurs…

Il est remarquable que les Veilleurs silencieux aient besoin de la présence des « forces de l’ordre » et des « coureurs » pour que leur opération prenne sens : lorsqu’ils se sont retrouvés seuls sur les pelouses de Breteuil, en l’absence des pandores et des « coureurs », le charme n’a pas opéré. C’est leur co-présence qui produit le rapport de force et le contraste ainsi produit prouve à lui seul la complémentarité des modes d’action. Il est vain de dire « plutôt ceci que cela… », on ne tire pas sur les copains…

Il faut de tout pour défendre Byzance : des garçons-bouchers et des théologiens, des poètes et des étudiants, des mères de familles et des ténors du barreau…

« Après une élection perdue, c’est l’habitude de la gauche de créer le bras de fer dans la rue. Il faut être bien hypocrite pour reprocher aux classes moyennes conservatrices de découvrir les vertus de la militance et de l’engagement civique ! »

Un mot sur la violence

Après les violences et les provocations policières constatées d’ailleurs par un ancien ministre de l’Intérieur – Claude Guéant – il y a eu des affrontements proportionnés menés par les éléments avancés du mouvement, afin de maintenir le rapport de force avec le gouvernement par le biais de ses agents. Il s’agit d’une confrontation politique, au sens le plus noble du terme.

La culture politique de la gauche française est fondée sur le « troisième tour » syndical : après une élection perdue, c’est l’habitude de la gauche de créer le bras de fer dans la rue. Il faut être bien hypocrite pour reprocher aux classes moyennes conservatrices de découvrir les vertus de la militance et de l’engagement civique ! Cependant, ici la droite d’affaire paye son inconséquence et ses contradictions. La gauche lui reproche de se comporter comme la gauche et elle aurait tort de s’en priver.

C’est pourquoi, il n’est pas inutile de rappeler quelques principes de l’action politique, en particulier pour ce qui a trait à la question de la violence.

Nous avons vu que, hormis des jets de bouteilles anecdotiques, surtout lorsqu’on les ramène au nombre considérable de manifestants, il n’y a pas eu de violences.

C’est heureux.

Cependant, l’usage de la violence n’est pas – par principe – illégitime a priori. Ce que l’on nomme indistinctement « violence », c’est-à-dire l’usage de la contrainte physique est un devoir – à tout le moins un droit – face à l’oppression.

Or, nous avons bien affaire à un pouvoir abusif, puisqu’il décide de voter des lois sur une matière où l’État n’a pas le pouvoir d’intervenir. En effet, la société préexiste à l’État, la famille comme institution naturelle, culturelle et politique préexiste à l’État, la nature biologique également et il n’est pas en son pouvoir de les redéfinir, fût-ce par les artifices conjugués du droit positif et le règne déshumanisant et prométhéen de la technique.

L’État français n’est pas comparable au régime soviétique ou national-socialiste, la paresse intellectuelle ne doit pas nous conduire à tout confondre. Cependant, si l’on s’attache à la définition stricte qu’en donne Hannah Arendt, l’État français adopte en cette matière comme en d’autres – l’école, l’impôt, les libertés locales, etc. – une conduite totalitaire.

L’État ne peut pas tout. Il le peut d’autant moins qu’il est un État failli.

La voix de la « majorité » (16% au premier tour de la présidentielle…) ne peut subvertir ni le sens des mots, ni la vie sociale immémoriale, ni la culture, ni la nature.

À cet égard, il est possible – nécessaire même en certains cas – d’employer la force (entendue comme violence légitime et proportionnée) en vue de défendre ce qui est bon, juste et vrai.

J’écris cela, pour que les principes soient sauf dans un débat confus, où le manque de formation philosophique des « leaders » supposés du mouvement, obnubilés par des préoccupations médiatiques exposent l’ensemble de la mobilisation à des impuissances regrettables.

On peut – on doit – selon chaque circonstance particulière, se réserver le droit employer la force légitime et proportionnée, pour échapper à une arrestation abusive, préserver notre liberté d’expression, n’est-ce pas le principe même d’une manifestation ? On montre sa force, son nombre, sa détermination afin de faire « plier » un gouvernement.

Cela étant dit, étant donnée la sensibilité de l’époque, celle des catégories de population considérées, le niveau de maturité de l’ensemble du mouvement, la susceptibilité des médias, les solutions de rechange disponibles, nous encourageons surtout les formes de mobilisation défensives et pacifiques. Il est vrai qu’il y a un charisme particulier à réserver l’usage de la violence aux oppresseurs, le message n’en ait que plus clair.

Les objectifs politiques

L’ensemble de la mobilisation doit trouver une traduction politique sans quoi tout cela aura été assez vain…

Le premier de ses objectifs doit être d’obtenir des chefs de l’UMP, un engagement solennel public d’abolir la loi Taubira dans l’éventualité de leur accession aux affaires en 2017.

Peu importe les difficultés d’un tel retour, ils doivent s’y engager, nul ne doit leur signer de chèque en blanc, surtout lorsque l’on pense que les sénateurs UMP auraient dû exiger un vote public et lorsque l’on voit le jeu de cache-cache auquel ils se livrent depuis lors.

L’objectif étant de peser de tout notre poids dans le débat public et de le « rectifier » dans un sens qui soit le plus favorable à nos formules et à nos solutions politiques, économiques et sociales.

Second objectif. La mobilisation doit présenter 30 000 candidats aux élections municipales, selon la sensibilité de chacun. Sur des listes de témoignages indépendantes, sur des listes d’union des droites, sur les listes de la droite d’affaires UMP et UDI dont quelques parlementaires ont, quoi qu’on en dise, sauvé l’honneur, sur des listes Front national.

On doit garder un pied hors des partis, cependant, la solution à l’ensemble des problèmes auxquels la France est confronté appelle des solutions politiques. Il est de notre devoir de peser au maximum sur la vie interne des partis afin là encore de « rectifier » leurs politiques familiales, scolaires, fiscales, des territoires, de l’identité et de l’indépendance nationale.

Nous étions près de deux millions, trente mille candidats est un objectifs ambitieux mais réaliste.

Dans le même esprit il faut que les parisiens votent pour Jean-François Legaret et contre Nathalie Kosciusko-Morizet aux primaires pour les municipales avant la fin mai, afin de faire un exemple et monter que désormais notre famille spirituelle sanctionnera ceux qui veulent faire de la politique a contre courant de nos idées, de nos principes et de nos intérêts.

Troisième objectif, poursuivre la mobilisation sur le mode « asymétrique » – du faible au fort, intervenir pacifiquement, de façon créative, ludique, spontanéiste en restant ferme sur les principes, de façon décentralisée, en pratiquant le « harcèlement démocratique » tel qu’exemplifié par le site Ta ville en action…

Quatrième et dernier objectif : la formation.

Il est indispensable que la génération qui s’est levée contre la loi Taubira sa forme sur le plan théorique et pratique. Elle doit redécouvrir les principes de l’action politique à la lecture d’Aristote et Sun TzuThomas d’Aquin et Martin HeideggerJulien Freund et Carl SchmittPierre Boutang et Mao Tsé-toungGuy Debord et Curzio Malaparte. Elle doit raffermir ses intuitions sur les raisons du combat en approfondissant Charles Péguy et Albert Camus, Hannah Arendt et Jacques BainvilleGeorge Orwell et Antoine de Saint-Exupéry

Cette jeunesse doit régler la question de l’organisation et des modes d’action, elle doit apprendre la communication de masse et la gestion d’une commune, l’agit-prop et la vie intérieure… alors la France aura du vin aux vignes !

*Sébastien de Kerrero est journaliste.

Rédigé par Gérard Brazon

Publié dans #Point de vue

Commenter cet article