Culture: septembre 1792, l'effroyable dépeçage de la princesse de Lamballe.

Publié le 9 Septembre 2013

La révolution est terrible. C'est comme la guerre. Chacun en parle et déclare sans savoir ce que c'est en fait hormis ceux qui ont vécu ces drames. Dans notre Histoire de France, la révolution tient une place à part. J'ai dit tout le mal de cette guerre en Vendée, ce quasi génocide. C'est encore un débat pour des Républicains de type Robespierre. Fallait-il ou non massacrer des dizaines de milliers de vendéens, femmes, hommes, enfants et mêmes vieillards. Il y eut tant d'Oradour sur Glane en Vendée... Selon que vous soyez vainqueur ou vaincus...

Gérard Brazon

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Princesse de Lamballe

Sur les 8 heures du matin, le 3 septembre 1792, deux gardes nationaux pénètrent dans la chambre de la princesse de Lamballe à la prison de la Force. Sans égard pour son air défait, ils lui intiment l'ordre de les suivre pour être transférée à la prison de l'Abbaye. Arrêtée le 10 août précédent aux Tuileries avec le couple royal, la surintendante de Marie-Antoinette a une mine de déterrée. Elle n'a pas dormi de la nuit. Ou si peu. 

Elle a rêvé que Marat l'égorgeait sur un monceau de cadavres avant de lui dévorer le coeur. Elle ne veut pas quitter sa cellule. Les rumeurs des massacres opérés depuis la veille dans les prisons parisiennes sont parvenues jusqu'à elle. Toute la nuit, elle a entendu les cris, les hurlements, les roulements de tambours, les injures et les râles. La tuerie aurait été provoquée par la folle rumeur d'un complot aristocratique. Il se murmure que des royalistes auraient planqué des armes dans les prisons pour fomenter une contre-révolution.

Le peuple mené par de sanguinaires sans-culottes égorge des centaines de nobles, mais aussi de prêtres, de femmes et d'enfants. Ils sont éventrés, démembrés, hachés, piétinés, désossés et même bouffés ! Ce matin-là, le soleil hésite à se lever, répugnant à illuminer un Paris rougi par les massacres...

Les détenus égorgés à la chaîne

Les deux gardes nationaux se sont retirés pour aller chercher des ordres. Pendant ce temps, la foule rassemblée autour de la prison commence à scander le nom de Lamballe pour réclamer sa mort. Celle-ci tombe évanouie. Sa femme de chambre, qui n'a pas voulu la quitter, la fait revenir à elle. Elle délire. Vers 11 heures, la porte s'ouvre avec fracas, poussée par les deux mêmes gardes nationaux qui lui ordonnent de venir à l'instant parler à des commissaires de la commune l'attendant au greffe. Il ne fait pas bon faire attendre le citoyen Mélenchon... Le temps de passer une robe blanche toute simple et d'enfermer sa magnifique chevelure blonde dans un bonnet de coton, elle les suit. Comme elle hésite encore, ils l'empoignent sans ménagement par le bras.

Dans le greffe, plusieurs sinistres membres du comité de surveillance de la Commune du 10 août, ceints de leur écharpe, jugent les détenus à la chaîne. Aussitôt condamnés à mort, ils sont égorgés par des hommes couverts de sang. À la vue des cadavres et du sang, la princesse de Lamballe s'évanouit de nouveau. Sa femme de chambre la relève. Les menaces reprennent de plus belle. Elle perd de nouveau connaissance. Elle se tord sur le sol. Enfin, la voilà en état de répondre. 

"Si vous ne jurez pas, vous êtes morte"

Un juge brandit trois lettres qui ont été trouvées dans son bonnet, dont une de Marie-Antoinette. L'interrogatoire débute :

- Qui êtes-vous ?

- Marie-Louise, princesse de Savoie.

- Votre qualité ?

- Surintendante de la maison de la reine.

- Aviez-vous connaissance des complots de la cour au 10 août ?

- Je ne sais pas s'il y avait des complots au 10 août, mais je sais que je n'en avais aucune connaissance.

- Jurez la liberté, l'égalité, la haine du roi, de la reine et de la royauté.

- Je jurerai facilement les deux premiers, je ne puis jurer le dernier, il n'est pas dans mon coeur.

Entendant cette réponse, un ancien valet de chambre de la princesse mêlée à la foule se penche vers elle. "Jurez donc, si vous ne jurez pas, vous êtes morte." La princesse se tait. Alors, le juge prononce la phrase : "Qu'on élargisse madame."

"Je suis perdue"

Comment faut-il interpréter cet ordre ? Certains le prennent au premier degré : le tribunal fait relâcher la princesse. Celle-ci sort donc par le guichet. Voyant les cadavres des détenus assassinés, elle aurait été prise d'un malaise. D'où la méprise des tueurs, qui, la croyant déjà frappée, abattent leurs armes sur elle. Pour d'autres, la phrase du juge est un code arrêté avec les tueurs pour les appeler à frapper.

Madame de Lamballe sort donc dans la cour de la prison. Quelqu'un lui recommande de crier "vive la nation". Mais la vue des cadavres lui fait dire : " Fi ! L'horreur !" Elle ajoute : "Je suis perdue." Aussitôt, un garçon perruquier ivre tente de lui enlever sa perruque à la pointe de son sabre. Il fend le front de la malheureuse, qui s'effondre en sang. Deux hommes grimaçant de haine la saisissent sous les bras pour l'obliger à marcher sur les cadavres. Elle est au bord de la syncope. Dans la foule, des voix crient " grâce, grâce !". Les assassins hésitent quelques secondes, mais un certain Charlat, tambour de son état, lui porte un terrible coup de bûche à la tête qui l'étend raide. De multiples coups de pique l'achèvent.

Delorme, ramené de Saint-Domingue par Fournier l'Américain, s'empare du cadavre pour le déshabiller et éponger le sang afin d'en faire admirer la blancheur aristocratique. Ses gros doigts violent la morte. Il est hilare. La foule s'époumone. Les yeux brillent d'une fureur incontrôlable, les gorges hurlent des insanités, les bras dessinent des obscénités. Un garçon boucher nommé Allaigre s'empare de la tête de la princesse, qu'il sectionne adroitement avec un long couteau de boucher. C'est atroce. L'homme s'enfuit avec son butin sous le bras, bientôt il plantera la tête sur une pique.

Pendant ce temps, on continue de profaner le corps dénudé de la princesse. On lui découpe les mamelles. Le même Charlat déchire les entrailles et arrache le coeur. Plus horrible, un inconnu découpe le sexe, qu'il porte à sa bouche pour en faire une moustache. Certains rapportent des scènes d'anthropophagie. Qu'est-ce qui est vrai, qu'est-ce qui est fantasmé ? On ne le sait pas, mais ce qui est certain, c'est que la princesse de Lamballe rêvait d'une cérémonie mortuaire moins agitée.

Insulter le couple royal

Pendant ce temps, la troupe qui s'est emparée de la tête et du coeur entreprend une tournée de Paris pour montrer son trophée. Premier arrêt chez un marchand de vin, rue du cul-de-sac des Prêtres. Les égorgeurs déposent madame de Lamballe sur le comptoir pendant qu'ils vident des pichets de vin. Après avoir obligé le tenancier à boire, la troupe repart. Deuxième arrêt chez un perruquier pour qu'il "accommode la tête de madame de Lamballe". Menacé de mort, il lui faut obéir. Il lave la longue chevelure blonde collée par le sang, la tresse et la poudre. "Au moins, maintenant, Antoinette peut la reconnaître", lance malicieusement quelqu'un. 

Le cortège prend la direction de l'abbaye de Saint-Antoine pour présenter la tête et le coeur à l'abbesse, ancienne amie de la princesse. Cette politesse effectuée, Charlat, qui tient toujours la pique, prend la direction de l'hôtel de Toulouse, demeure de la princesse, pour "faire baiser à cette... ses beaux meubles", mais il y renonce pour se rendre aux Tuileries. Comme on ne les laisse pas entrer avec leur sanglant trophée, ils font demi-tour. C'est alors que surgit l'idée de se rendre à la prison du Temple pour insulter et effrayer le couple royal.

La tête récupérée par un proche

Trois heures viennent de sonner. Sortant de table, Louis XVI et Marie-Antoinette font une partie de trictrac. Ils entendent une rumeur enfler. Des tambours battent. Bientôt le cortège est sous leur fenêtre. Des hurlements. Que se passe-t-il ? Un garde municipal, qui découvre le spectacle hideux, referme aussitôt les fenêtres et les rideaux pour épargner le couple royal. L'agitation s'accroît dans la rue. On prend peur.

Plusieurs officiers accourent dans la pièce en demandant au roi de se montrer à la fenêtre pour calmer la foule. Louis XVI exige de savoir ce qui se passe. Un jeune officier répond : "Eh bien, Monsieur, puisque vous voulez le savoir, c'est la tête de madame de Lamballe qu'on veut vous montrer." Ces mots glacent d'horreur la reine, qui s'évanouit. Ses enfants fondent en larmes. Dehors, les cris se font plus menaçants. On injurie la reine. Les gardes municipaux empêchent l'horrible cortège de pénétrer dans la prison du Temple en plaquant un ruban tricolore sur la porte d'entrée. Colère des tueurs. Finalement, on négocie. Les assassins de la princesse sont autorisés à faire le tour de la tour du Temple, où loge la famille du roi.

 

La balade n'est pas achevée. Madame de Lamballe va maintenant se promener sous les fenêtres du Palais-Royal pour faire un petit coucou au duc d'Orléans, son beau-frère, qui déjeune. Il en perd l'appétit. Direction les Halles, où un boucher s'empare du coeur, le hache et offre à la foule de le manger. Les chiens se régalent. Enfin, la tête et même le corps que les barbares traînaient avec eux sont jetés sur un tas de cadavres devant le Châtelet. Un proche de la famille de Lamballe, qui avait suivi les assassins toute la journée, parvient à récupérer la tête pour la remettre à monsieur le duc de Penthièvre, beau-père de la princesse de Lamballe, qui la fait enterrer à Vernon.


Rédigé par Gérard Brazon

Publié dans #Point de vue

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Polux 10/09/2013 22:54


Epicure a raison lorsqu'il dit que n'importe quel individu peut-être transformé en brute épaisse selon les circonstances, et après les nazis n'oublions pas que nous avons eu
l'épuration où les rancoeurs ont donné lieu à des scènes dans lesquelles la populace s'en donnait à coeur joie en infligeant des punitions  qui n'étaient pas toujours méritées !


" Les crimes collectifs n'engagent personne ! " ( Napoléon )


Sauf que, maintenant, il y a la vidéo...!

Epicure 10/09/2013 15:44


Le peuple n'a pas d'excuses: on ne combat pas le mal en le faisant à son tour Tel Quel, aussi.....


La loi humaniste pourvoit au jugement et à la sanction. Pas les pulsions psychotiques cannibaliques du "Peuple".


Que ce "Peuple" là aille sa faire foutre.

Pivoine 10/09/2013 13:23


C'est vrai que Ravaillac ne méritait pas ça, d'autant qu'il était un peu attardé, et qu'il n'avait pas vraiment voulu tuer le roi, puisqu'il a utilisé la lame du couteau qui était la moins
tranchante.


Mais c'est justement à cause de cette exécution cruelle, et inique de la part de la Royauté, que le peuple, au fil des décennies, est devenu cruel à son tour.


Comme en Roumanie, où le couple Ceaucescu s'était comporté de manière odieuse envers le peuple. Le jour venu, le peuple le lui a bien rendu !

Epicure 09/09/2013 23:12


Les Grands Pervers sont potentielles légions et seules le parrapet de la Loi les empêche d'agir: il suffit d'une perversion de l'Etat pour enclencher ces horreurs. Ainsi, les Nazis ou les
Bolchéviques  "libérèrent" les "pulsions de ces masses affreuses  "pour le bien de la Nation, du Peuple ou de la Race...


Je vous lève en deux jours plusieurs Régiments de tels salopards  dans une seule ville moyenne,  si l'ordre et la "permission" en sont donnés...!


Ainsi du Régiment 101 de Police Mobile  De Campagne Einsatztruppe constitué d'ouvriers de pharmaciens de menuisiers boulangers avocats commerçants et autres menu fretin du tout-venant de la
ville de Hanovre.....

mika 09/09/2013 21:36


Et l'exécution de Ravaillac....Coupable, certes mais quand même !


Le matin du 27 mai 1610, le parlement de Paris rendit sa sentence. L’arrêt déclarait Ravaillac « atteint et convaincu du crime de leze-Majesté, divine & humaine au premier chef,
pour le très-méchant, très-abominable et très-détestable parricide commis en la personne du feu Roi Henry IV […] ». Pour cela il était condamné à faire amende honorable devant
Notre-Dame et devait ensuit subir le sort des régicides en place de Grève à Paris.


Après avoir subi une dernière séance de torture au cours de laquelle il s’évanouit de douleur, Ravaillac fut extrait de la conciergerie vers 3 heures de l’après-midi pour être mis sur un
tombereau et amené à Notre-Dame. À sa grande surprise, à peine était-il sorti de la prison qu’il fut couvert d’insultes par la foule déchaînée : « méchant, parricide, traître,
meurtrier », tous cherchaient à le frapper et à l’injurier. Lui qui croyait avoir agi selon la volonté de dieu était intimement convaincu qu’une majorité des Français était de son côté. Le
trajet qui le mena de la Conciergerie à la place de Grève fut son chemin de croix. Couvert de hurlements et d’insultes, personne ne l’entendit faire amende honorable devant Notre-Dame, tout comme
personne n’avait entendu la lecture publique de l’arrêt du parlement le condamnant. Sur le trajet vers la place de Grève, l’ire publique redoubla. Avant de monter sur l’échafaud, on lui redemanda
de dire toute la vérité. Il réitéra sa version. Le supplice pouvait alors débuter.


L’arrêt du parlement fut exécuté à la lettre. Il prévoyait qu’il soit « tenaillé aux mamelles, bras, cuisses & gras des jambes, sa main
droite tenant le couteau duquel il a commis ledit parricide, ard et brulée du feu de soufre ; & sur les endroits où il sera tenaillé, jeté du plomb fondu, de l’huile bouillante, de la
poix-résine bouillante, de la cire & soufre fondus ensemble : ce fait son corps tiré et démembré à quatre chevaux, ses membres et corps consumés au feu, & réduits en cendres jetées
au vent […] ». Ce qu’il ne pouvait pas prévoir fut le déchaînement de violence qui accompagna et succéda au supplice. Sous les insultes et les quolibets, les docteurs de la Sorbonne
censés réciter des prières pour l’âme du condamné en furent empêchés. Alors que Ravaillac était écartelé, certaines personnes tirèrent les cordes pour aider les chevaux. On remplaça même l’un
d’eux qui fatiguait, jusqu’à ce que la cuisse du condamné ne se rompe. On fit de nouveau tirer les chevaux et au bout de plus de deux heures de torture, Ravaillac rendit l’âme. À cet instant la
foule fondit sur le malheureux et éparpilla ses restes. Selon Nicolas Pasquier, une femme mordit même dans sa chair, comble de l’horreur et symptôme du degré de haine concentré sur sa personne.
Le bourreau, censé recueillir ses restes pour les faire brûler et disperser ses cendres, ne retrouva rien…


Enfin, comme le prévoyait son arrêt de condamnation, les biens de Ravaillac furent confisqués et la maison où il était né fut démolie, avec interdiction
de reconstruire au même endroit. Son père et sa mère durent quitter le royaume sous « peine d’être pendus et étranglés » et le nom de Ravaillac fut interdit dans le royaume.