De la crise financière au déclin industriel

Publié le 11 Février 2013

Réalisateur d'un film remarqué sur la crise de 2008, Charles Ferguson reprend et élargit son enquête.

Il y a deux ans, le film « Inside Job » de Charles Ferguson décrochait l'oscar du meilleur documentaire. Cette brillante plongée dans les rouages de la crise financière de 2009, appuyée sur de nombreux témoignages (George Soros, Nouriel Roubini, Christine Lagarde...), expliquait comment la dérégulation avait amené les banques américaines à prendre des risques inconsidérés, avec le soutien aveugle des agences de notation. Publié aux Etats-Unis juste avant l'élection présidentielle, « L'Amérique des prédateurs », qui vient d'être traduit en français, reprend en grande partie le ton engagé et les témoignages accablants du documentaire, mais il cherche également à élargir son propos. Pour Ferguson, les conflits d'intérêts, la suffisance et la corruption du secteur financier ont en effet marqué l'industrie américaine dans son ensemble, expliquant son lent déclin au cours des quarante dernières années.

L'origine de la crise : « Au début des années 1980, trois éléments apportèrent un changement, sous la pression des circonstances : les troubles des années 1970 déstabilisèrent les marchés financiers en incitant les banquiers à se tourner vers de nouvelles formes de rémunération, la révolution de la technologie de l'information rendit possible la fusion de marchés jusque-là distincts en accroissant considérablement la complexité et la rapidité des flux financiers, et pour couronner le tout, la dérégulation permit aux pensionnaires de l'asile d'en prendre les commandes. »

Le cynisme des banques : « A quoi songeaient donc les banquiers de Wall Street en achetant des milliards de dollars de produits financiers en principe ultra-sûrs mais en réalité empoisonnés ? A supposer que la plupart d'entre eux ne soient pas de parfaits crétins, soit des prêteurs diaboliquement rusés ont berné ces innocentes victimes, soit ils n'ont pas pris la peine, dans leur suffisance, d'examiner ce qu'ils achetaient et vendaient, soit ils avaient intérêt à tremper dans la magouille. »

La responsabilité des politiques : « En partie à cause de la mise hors circuit de la plupart de ses concurrents suite à la Seconde Guerre mondiale, et en partie du fait de la taille colossale de son marché intérieur, l'industrie américaine n'a pas dû affronter de rivaux dignes de ce nom [...] Les principales industries américaines se sont peu à peu métamorphosées en oligopoles (voire en monopoles) arrogants et rigides à l'inefficacité redoutable, dirigés par des gestionnaires pétris de suffisance. »

BENOÎT GEORGES

« L'Amérique des prédateurs ». Charles H. Ferguson, éditions JC Lattès, 474 pages, 22 euros.
Écrit par Benoit GEORGES 
Chef de service 
bgeorges@lesechos.fr 

Rédigé par Gérard Brazon

Publié dans #Economie-Finance-Industrie

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