De la grande dépression à la grande récession. Par Michel Santi

Publié le 1 Juillet 2012

Quel dommage que les politiques ne soient pas un peu historiens ! Et qu’il est regrettable pour nous tous qu’ils ne se retournent pas vers l’année 1931 – tragique entre toutes – afin d’en tirer des parallèles et de précieux enseignements pour aujourd’hui… Que Madame Merkel retourne sur les bancs de l’école et qu’elle réapprenne comment une crise bancaire européenne déclenchée en 1931 fit basculer son pays – et l’Europe – dans l’horreur dès 1933 !

 

 Par Michel Santi

Ce fut en effet la faillite de la très importante banque autrichienne, Österiechishe Kredit Anstalt, surexposée envers l’Europe de l’Est et l’Europe Centrale accompagnée d’une instabilité financière générale en Europe menaçant une implosion monétaire du fait des réparations allemandes impayées. Jusqu’à ce que les Etats-Unis interviennent dans le sens des restructurations des dettes d’une Allemagne qui s’accrochait à l’étalon or, pourtant une des raisons principales de la Grande Dépression. C’est du reste les pays ayant abandonné les premiers l’étalon or (Grande Bretagne suivie des pays Scandinaves) qui se tirèrent les premiers de cette effroyable crise. La remontée inopinée des taux d’intérêts américains en 1928 donna certes le signal de départ de cette crise. Pour autant, la calamité mondiale déflationniste conjuguée à une contraction de toutes les économies prirent leurs racines dans l’étalon or et ce notamment du fait de l’attitude … de la France, présentée par nombre de spécialistes comme principale responsable de l’intensification de la Grande Dépression !

 

C’est effectivement l’augmentation substantielle par la France de ses réserves d’or – de 7 à 27% entre 1927 et 1932 ! – qui, induisant une raréfaction de ce métal, devait indiscutablement contribuer à installer une spirale déflationniste gigantesque sur l’ensemble des nations développées de l’époque. La déflation ayant été le signe distinctif de la Grande Dépression, elle aurait pu être évitée si les banques centrales de l’époque (et en tout premier lieu la française) avaient maintenu leurs ratios aurifères de 1928… Quel dommage que les politiques ne soient pas un peu historiens car la conjoncture des années 1930 ressemble – là aussi – étrangement à notre période actuelle si ce n’est que c’était à l’époque l’Allemagne qui était dans la situation de l’Europe périphérique d’aujourd’hui ! Entièrement dépendante des fonds étrangers, elle avait été laminée par les réparations irréalistes stipulées au Traité de Versailles, subissait une hyper inflation dès le début des années 20 dans un contexte général de banques nationales grossièrement sous capitalisées. C’est donc une austérité violente et sans précédent qu’elle dut mettre en place à la faveur de l’assèchement de ses financements internationaux, d’où un taux de chômage qui devait dépasser un temps 35% de sa population.

 

La France – qui à l’époque était l’Allemagne d’aujourd’hui – allait bien : elle affichait une des économies les plus prospères et les plus solides du monde de l’époque, naviguait dans ces eaux troubles en maintenant un taux de chômage à un seul chiffre et des excédents comptables enviables. En mesure de se muer en locomotive financière du reste de l’Europe de cette période de la fin des années 1920 et du tout début des années 1930, la France préféra néanmoins se murer dans une posture égoïste et renfermée en refusant d’adopter une politique économique et monétaire conciliante et expansionniste, optant plutôt pour ignorer les déboires de ses voisins. L’effondrement financier de l’Europe doit beaucoup à ce nombrilisme français de l’époque. Comme les nations périphériques européennes peuvent aujourd’hui, avec raison, blâmer l’intransigeance allemande de l’extrémité intolérable où elles sont parvenues. Du reste, la France ne put se soustraire à cette crise qui devait rudement la contaminer dès 1932. Comment ne pas reconnaître que la France de ces années là est l’Allemagne d’aujourd’hui qui s’empêtre dans des faux pas et qui se complait dans des erreurs dont elle finira par lourdement payer – elle aussi – le prix ?

 

Car s’il est un pays qui, entre tous, est soucieux de retenir les enseignements du passé, ce pays est bien l’Allemagne. Alors, pourquoi accorde-t-il tant d’importance à l’hyper inflation de 1923 quand il devrait plutôt se monter profondément soucieux d’éviter l’année 1933, année qui vit l’extinction de sa démocratie ? Que Madame Merkel retourne sur les bancs de l’école et qu’elle réapprenne comment une crise bancaire européenne déclenchée en 1931 fit basculer son pays – et l’Europe – dans l’horreur dès 1933 !

Rédigé par Gérard Brazon

Publié dans #Europe liberticide

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Djemaa 01/07/2012 20:49


Bonne semaine qui s'annonce chaude ! Pascal. (bravo pour votre courage littéraire !)

Marie-claire Muller 01/07/2012 20:49







mercredi 16 mai 2012, par Leonidas


Reconnaître
que l’on s’est trompé est sans doute l’un des exercices les plus pénibles pour un être humain. Nous en avons eu une excellente illustration en novembre 1989. Après la chute du mur de Berlin
nombreux furent les communistes français qui se réfugièrent dans le déni. Le "paradis" socialiste qui venait de s’effondrer ne pouvait pas être l’horreur tragique racontée par les témoins à
la liberté de parole soudainement retrouvée


Si le communisme avait été un échec cela ne pouvait s’expliquer seulement par le fait qu’on n’avait pas correctement appliqué le communisme. CQFD. Cette réaction était pathétique mais
terriblement humaine. Comment admettre que le combat d’une vie n’était qu’un immense gâchis au service d’une idéologie totalitaire et absurde ?


Vingt-deux ans plus tard nous nous retrouvons face au même déni, au même aveuglement. Devant l’échec de l’euro ses partisans ne font que parodier les anciens militants communistes : "Si
l’Euro est un échec c’est parce qu’il n’y a pas assez d’Europe fédérale". Nous fonçons dans le mur ? Rassurez-vous, nous avons la solution. Accélérons ! Plutôt que de reconnaître
leurs erreurs les partisans de l’euro en viennent jusqu’à renier les valeurs démocratiques de l’Europe afin de sauver l’idéologie fédéraliste. Quitte à construire des usines à gaz que plus
personne ne contrôle. Quitte à mettre des pays et des peuples "sous tutelles". Ils vont même jusqu’à quémander l’aide financière de la Chine, une dictature communiste hybride. Peu leur
importe au final le sacrifice de nos valeurs morales, de nos libertés et de nos souverainetés nationales qui résultera de ce marché de dupes. Car il faut sauver l’euro, fruit d’une idéologie
fédéraliste et mondialiste. Tout plutôt que de devoir se retourner devant les opinions publiques européennes et de prononcer ces quatre mots : "Nous nous sommes trompés".


Cette volonté d’imposer un bonheur technocratique et financier uniforme frappe actuellement la Hongrie. Le nouveau gouvernement hongrois a modifié la Constitution du pays car il dispose de la
majorité des deux tiers au parlement. Conséquence directe du choix démocratique des électeurs. Selon ses détracteurs, le nouveau texte limiterait les pouvoirs de la Cour constitutionnel,
menacerait le pluralisme des médias, supprimerait l’indépendance de la justice. Voilà pour les arguments subjectifs. Pour les arguments objectifs ce texte transforme la "République de
Hongrie" en... "Hongrie". Scandaleux. Seul le mariage entre homme et femme est accepté. Comme en France. Scandaleux. L’embryon est reconnu comme être humain dès les premiers jours. Plus
discutable. Le Florint, la monnaie nationale, est inscrit dans la Constitution, compliquant tout passage à l’euro. Les chanceux... Et ultime affront aux gardiens fanatiques du dogme de
l’idéologie ultralibérale, la banque centrale hongroise perdrait son indépendance. Celle-ci serait placée dans un rapport hiérarchique avec le gouvernement. SCANDALE !!! Du coup
Bruxelles menace de ne pas accorder le crédit dont a besoin la Hongrie pour se refinancer (en raison de taux élevés la Hongrie ne peut plus se refinancer sur les marchés). Chantage, qui a dit
chantage ?


Et pour bien signifier que désormais le choix des électeurs importe moins que les décisions des technocrates bruxellois, la Commission européenne a décidé d’examiner dans le détail l’ensemble
des nouveaux textes constitutionnels pour voir s’ils sont conformes au droit européen. Ces bureaucrates vont bien nous trouver quelque chose... Et pour enfoncer le clou et démontrer à ces
Hongrois récalcitrants qui détient le véritable pouvoir, Budapest pourrait se voir sanctionner pour... déficits excessifs. Il est vrai que tous les autres pays européens baignent dans des
excédents budgétaires n’est-il pas ?!!! Mais il n’est pas anodin que la résistance à ce nouveau "meilleur des mondes" trouve son origine chez nos amis magyars. Les Hongrois furent déjà
les premiers à résister au paradis communiste en 1956. Si la répression fut féroce la résistance ne s’éteignit jamais. On sait comment cela s’est terminé. Il est donc logique qu’ils soient
les premiers à s’opposer au paradis technocratique européen qui entraîne tous les peuples du continent vers les abîmes.


Autre exemple de la dictature technocratique qui s’impose progressivement sur notre continent, la valse des gouvernements italiens et grecs à l’automne dernier. Quoiqu’on puisse penser de
l’Italien Silvio Berlusconi et du Grec Georges Papandréou, ils étaient arrivés au pouvoir suite à une campagne et des élections démocratiques. Les peuples italiens et grecs avaient voté en
toute connaissance de cause pour des hommes, des partis et des programmes. Or les marchés ont eu successivement la peau de ces deux dirigeants. Il est facile de voir dans cette double chute
une sanction légitime envers des politiciens catastrophiques. On est donc tenté de s’écrier : "Bravo les marchés". Cependant, j’estime que ce qui s’est passé marque un tournant très
dangereux pour les démocraties européennes. C’est une véritable révolution post-démocratique qui s’est déroulée sous nos yeux. Silvio Berlusconi et Georges Papandréou furent remplacés par
Mario Monti, ancien commissaire européen, "International Advisor" de la banque américaine Goldman Sachs en 2005 et par Lucas Papademos, ex-vice président de la Banque Centrale Européenne et
ancien conseiller économique à la Federal Reserve Bank de Boston (USA). Tous les deux sont des technocrates. Tous deux sont des amis de l’oligarchie financière qui domine le monde. Ni l’un,
ni l’autre n’ont été élus directement par les peuples italiens et grecs pour occuper le poste de Premier ministre. Ils n’ont pas reçu l’adoubement populaire et démocratique pour pouvoir
appliquer leur programme. Ils n’avaient donc aucune légitimité démocratique. Mais l’un et l’autre plaisaient aux marchés. Ce qui en ces temps de crise de la dette est bien l’essentiel. On est
cependant en droit de s’interroger si cette révolution oligarchique ne va pas finir par engendrer dans toute l’Europe une véritable contre révolution patriotique.


Car rien ne les arrête ! Lorsque le peuple vote mal et bien la solution est à la fois simple et radicale. Soit on le menace de le faire revoter jusqu’à ce que les partis estampillés
compatibles avec les normes européistes obtiennent la majorité. Soit on tente de corrompre des politiciens afin qu’ils trahissent leurs électeurs dans le but de créer des alliances
artificielles permettant de maintenir la ligne officielle. C’est ce qui vient d’arriver aux Grecs. Et encore ont-ils échappé au pire. Le très démocrate socialiste Michel Rocard qui vient de
faire le paon devant les bourreaux du peuple iranien a proposé d’imposer une dictature militaire aux Grecs afin de sauver l’euro. Et ce n’est même pas une blague. Ils ne reculeront devant
rien. Le berceau de la civilisation démocratique européenne est en train de devenir le laboratoire de notre asservissement commun. Pour la nomenklatura européenne il est inadmissible qu’un
peuple puisse se rebeller et voter en faveur des partis qui refusent l’avilissement et la dictature financière.


Car les Grecs n’ont pas la chance des Islandais. Ils appartiennent à la prison dorée qu’est devenue l’Union européenne. Dans l’île des vikings, les Islandais ont refusé de payer la d