Défiler ou se défiler le 24 mars ? Le point de la situation par Henri Dubreuil

Publié le 22 Mars 2013

Faut-il (se) défiler le 24 mars ?

Tribune libre d’Henri Dubreuil*

Faut-il (se) défiler le 24 mars ?Cette question suscitera probablement l’ire de certains pour qui il ne fait aucun doute quant à la nécessité de battre le pavé contre le mariage gay le 24 mars prochain. Pourtant, elle n’en demeure pas moins légitime.

Le mariage gay est désormais voté par l’Assemblée nationale et si un éventuel résultat négatif reste possible au Sénat, la navette parlementaire laissera le dernier mot aux députés. Les 700 000 pétitions pour la saisie du CESE sont déjà passées au stade du recyclage pour servir de papier frais à la République. Tout référendum est impossible tant il correspondrait à un suicide politique de la part d’un Hollande qui s’enfonce chaque jour un peu plus dans les sondages. Pire, reculer sur le mariage gay pour Hollande, c’est perdre l’appui de l’électorat bobo urbain, dernière catégorie avec les fonctionnaires à le soutenir.

Le train fou du mariage gay est donc bel et bien lancé à toute vapeur et rien ne peut l’arrêter. Évidemment, ce projet est le fruit d’un long processus et il serait naïf de croire qu’il est sorti du chapeau du gouvernement par un froid matin de janvier.

Les partisans du mariage gay ont patiemment tissé leur toile. Depuis une quarantaine d’années déjà, ils ont installé leurs lobbies et structuré leurs revendications. Ils ont investi massivement les champs culturel, intellectuel et médiatique. Ils ont diffusé en continu livres, pièces de théâtre ou films multipliant les personnages gays et banalisant le comportement homosexuel. Ils ont introduit dans tous les esprits leur vocabulaire et leurs références afin d’effacer toute hiérarchisation sociale des sexualités. Mais les puissants lobbies gays ne se sont pas arrêtés en si bon chemin.

Ils ont infiltré l’école sous couvert de lutte contre l’homophobie. Ils ont ainsi pu profiter de cette tribune pour sensibiliser chaque citoyen, dès le plus jeune âge, à leur cause. Ici encore, le succès est total et la lobotomisation des esprits est réussie. 76% et 70% des 18-24 ans sont favorables respectivement au mariage gay et à l’adoption par les couples homosexuels, soit des niveaux bien supérieurs à la moyenne nationale (sondage CSA décembre 2012).

Non encore rassasiés, ces lobbies ont rejoint en masse les partis politiques, ceux de gauche avant tout, mais sans omettre ceux de droite. Ils y ont martelé avec acharnement leurs attentes afin d’orienter les lois de la République dans leur sens. Et cette stratégie a également porté ses fruits.
Dès le premier septennat de Mitterrand, plusieurs lois « gays » ont été adoptées, notamment au titre de la lutte contre les discriminations. Au début des années 1990, un projet de contrat d’union civile voyait le jour. Le texte n’aboutit pas. En 1999, le PaCS était adopté et tous ses défenseurs juraient alors leurs grands dieux qu’ils ne demanderaient jamais le mariage. En 2004, le Vert Noël Mamère célébrait son faux mariage de Bègles. Dès 2007, le mariage gay figurait dans le programme du parti socialiste.

Et dans le camp d’en face ? Dans le camp de ceux qui défendaient l’intégrité de la famille ? Pas grand-chose… Les responsables religieux – Église de France en tête – sont restés désespérément muets face à toutes ces menaces grandissantes contre l’unique vraie définition du mariage. Peu de citoyens ont osé manifester une opinion contraire à la pensée médiatique et ils ne furent qu’entre 100 000 et 200 000 à défiler contre le PaCS. Certes, dans son rôle d’opposition, la droite avait fait bloc à l’Assemblée lors du vote de ce projet. Elle n’avait enregistré qu’une poignée de défection dans ses rangs. Certes, le Sénat, encore contrôlé par la droite, avait rejeté le texte. Mais un an de procédure et une majorité de gauche unie avaient eu raison de cette résistance.

Or, l’adoption du PaCS – outre la substitution progressive au mariage qu’il a engendré – a eu un effet dévastateur sur les consciences de droite. Les critiques acerbes de la sphère médiatique quant à la position jugée réactionnaire des élus UMP ont convaincu le parti alors majoritaire d’un assouplissement sur cette question.

« Gageons que si le syndrome Malik Oussekine est susceptible de faire tomber un ministre, le syndrome Marie-Thérèse n’aurait malheureusement pas le même pouvoir. »

Après la réélection de Chirac en 2002, l’UMP a ainsi souhaité se racheter une conduite. Elle a fait adopter une nouvelle loi contre les discriminations homosexuelles en 2004 avant d’améliorer le PaCS, notamment son régime fiscal, en 2005 et 2006. Durant les deux élections présidentielles de 2007 et 2012, Sarkozy fut régulièrement mis sous pression par GayLib – lobby gay de l’UMP – qui exigeait des engagements clairs pour la communauté homosexuelle (notamment un contrat d’union civile). En 2011, Luc Chatel, alors Ministre de l’Éducation, introduisait l’enseignement de la théorie du genre au lycée. Une brèche de plus était ouverte.

Elle fait désormais tristement échos à la pensée qui circule au sein d’une partie de la droite et qui considère le vote catholique comme acquis. Pour certains élus, en toute logique, il devient alors inutile de chercher à satisfaire à tout prix les attentes de cet électorat, mais plus agréable de s’inscrire dans l’ère du temps.Nathalie Kosciusko-Morizet en sait quelque chose, avec sa lâche abstention lors du vote sur le mariage pour tous.

Le sens de l’histoire avance donc inexorablement. Il ronge la pensée d’une majorité de l’opinion publique. Et ce que la gauche fait avec la complicité d’une droite dévoyée, personne n’ose le défaire. Un nouveau vote sur le PaCS à l’Assemblée permettrait de constater que ses opposants se sont volatilisés. Quant au mariage gay, ses partisans étaient encore minoritaires en 2000 (avec 48% des Français favorables au mariage gay selon un sondage BVA). En février 2013, un sondage IFOP donnait 66% des Français favorables à ce projet (47% seulement pour l’adoption). Aujourd’hui, ceux qui défendent la vraie famille s’opposent au mariage gay. Demain, ceux qui défendent la vraie famille lutteront contre la GPA. Après-demain, ceux qui défendent la vraie famille combattront le poly-amour.

Alors restons lucides. Ceux qui refusent le mariage gay ont perdu. Ils ont perdu d’avoir laissé le champ libre à leurs adversaires pendant près de 40 ans. Ils ont perdu d’avoir déserté les domaines culturel (médias, éducation et culture) et politique. Ils ont perdu le 6 mai 2012 quand François Hollande est devenu Président de la république.

Une, deux, voire trois manifestations pacifiques n’y changeront rien. Seules des actions bien plus énergiques pourraient éventuellement faire reculer ce Gouvernement. Mais ceux qui s’opposent au mariage pour tous n’y sont pas préparés. Parents d’enfants, propriétaires de leur résidence, professionnellement insérés, respectueux du droit, la très grande majorité d’entre eux a trop à perdre en sortant du cadre d’une manifestation pacifique (ce qui peut difficilement leur être reproché) ! Et gageons que si le syndrome Malik Oussekine est susceptible de faire tomber un ministre, le syndrome Marie-Thérèse n’aurait malheureusement pas le même pouvoir…

Pour autant, ceux qui défendent le respect du droit naturel et la sauvegarde d’une civilisation doivent démontrer qu’ils existent. Car c’est eux qui ont contraint un Sarkozy – sans grande conviction sur le sujet – à rejeter les demandes de GayLib en 2007 et 2012. C’est eux qui ont obligé un grand nombre de députés UMP a ferraillé contre le projet de loi du mariage pour tous discuté il y a quelques semaines au Palais Bourbon. C’est eux qui, demain, peuvent faire hésiter certains sénateurs de gauche – élus par des maires majoritairement hostiles au texte – et ralentir ainsi le processus législatif.

Cette preuve d’existence passe par la grande manifestation du 24 mars. Oui, il leur faudra défiler, mais sans illusion aucune quant à une inversion prochaine de ce sens de l’histoire si défavorable à leurs idées. Oui, il leur faudra défiler, mais tout en acceptant de poursuivre, au-delà de cette grande marche, les combats culturels et politiques. Engagement citoyen, dons associatifs ciblés ou promotion des valeurs chrétiennes et humanistes doivent être leur lot quotidien s’ils souhaitent un jour que leurs desseins triomphent dans l’opinion et que notre pays ne sombre pas totalement dans une nouvelle ère de barbares !

Mais qu’ils prennent garde. Ceux qui affichent résolument une telle posture sont inexorablement condamnés aux quolibets, aux attaques ou à la censure de l’intelligentsia et autres apparatchiks. Finalement, une probable raison supplémentaire pour manifester le 24 mars et se sentir moins seul !

*Henri Dubreuil est diplômé en économie et en finance.

Rédigé par Gérard Brazon

Publié dans #Faits Divers- Sociétés

Commenter cet article

isabelle 23/03/2013 01:28


Je pense que le défilé du 24 mars (à l'inverse du premier) va au-delà de la question du mariage gay et que pas mal de citoyens vont en profiter pour afficher leur mécontentement devant la façon
dont ce gouvernement les traite.


J'espère que le nombre de manifestants sera énorme.


Et qu'aucun débordement ne sera à déplorer parce qu'alors tout est fichu.

germain 22/03/2013 17:08


ce billet laisse à penser que le problème n'existe qu'en FRANCE. Pourtant, force est de constater que çà fait partie d'un ensemble visant à destructurer l'ensemble des populations du monde et en
particulier de l'Europe.... pour .... (deviner ) !