Délinquance: Le déracinement? Une cause des violences ou une excuse?

Publié le 27 Septembre 2010

        En réponse à un article sur la délinquance et les origines, une amie antillaise Danielle Belhamou m'a fait parvenir ce texte que je trouve intéressant à lire. Je ne suis pas sûr que le sujet soit le même, du moins par son intensité et la haine du français qui existe de la part non pas d'immigrants de fraîche date mais d'enfants nés en France. La délinquance française est particulièrement forte et ciblée mais cet éclairage n'est pas inutile.

Le déracinement provoquant probablement des réactions violentes. Mais...  si le déracinement de jeunes juifs français pose certainement des problèmes en Israël, il n'en résulte pas pour autant des incendies de voitures par milliers, des attaques et provocations permanentes, des appels aux meurtres par des "chanteurs" ni des tirs sur des policiers.

Gérard Brazon

 

La violence chez les jeunes immigrants (de France) en Israël

par le Doceur Israël Feldman

 

           Les psychiatres, psychologues et sociologues savent bien que toute migration représente un changement important pour l’être humain, changement brusque et décisif dans le cours d’un processus de vie plus ou moins maîtrisé jusque là, qui peut engendrer de la pathologie, voire de la violence.
Faire son "Alyah" (montée à Jérusalem), suppose accepter une « castration symbolique », à commencer par celle du langage.
Tous les "Olim hadashim" (immigrants en Israël) vivent cette castration, car ils sont privés subitement de leurs repères culturaux et linguistiques.
Pourtant, lorsqu'ils l'acceptent, ils parviennent à s'adapter en Israël (à s'autonomiser), ils guérissent alors peu à peu de l'errance pathogène loin de la maison paternelle (du « pays de nos pères »), et s'émancipent par rapport au monde matrifocal de la Diaspora. Ils vivent ce que Gérard HADDAD appellent une « psychose inversée » dans sa préface de la traduction du livre autobiographique d’Eliezer Ben Yehuda « Le rêve traversé ».
Néanmoins, si un espace potentiel n’est pas créé, le nouvel immigrant va se trouver par contre, dans la situation de l’enfant qui souffre de privation affective, et il risque de vivre une rupture grave, voire pathologique, qui peut l’amener à des comportements déviants (lui et surtout ses descendants).
La migration expose ainsi l’individu à passer par des états de désorganisation psychique, et l’âge d’arrivée en Israël est important. Les enfants, les adolescents, contrairement aux idées reçues, souffrent aussi lors de l’Alyah, bien que l’apprentissage de la langue hébraïque soit plus facile pour eux. Ils souffrent de voir leurs parents déstabilisés, parfois déçus, de devoir les aider comme s’ils étaient devenus impotents (au niveau de la langue), de sentir leur dépression.

L’Alyah des Juifs de France.

J’ai déjà eu l’occasion d’écrire sur ce que j’ai appelé « L’Alyah Boeing ».
Il s’agit de l’Alyah des Juifs de France, en provenance donc d’un pays « riche » (financièrement, mais aussi culturellement), avec la possibilité de faire de nombreux allers et retours entre Israël et la France.
C’est « l’Alyah Boeing », car tous les Juifs de France ne parviennent pas à s’installer définitivement en Israël, rapidement.
Les pères passent beaucoup de temps à faire des allers et retours entre l’Hexagone et Israël.
Leur famille est installée en Israël, mais eux sont en France, ce qui ravive le conflit oedipien chez les fils qui restent avec leurs mères. En effet, ces derniers, privés de l'autorité paternelle, vivent une culpabilité intense d'avoir leur mère pour eux, à la place du père. A l'école ils, sont confrontés à l'agression des autres enfants qui les jalousent (à cause de leur "beaux vêtements", de leur sophistication), à laquelle ils s'adaptent en devenant eux-mêmes très agressifs, parfois envers leurs mères, lorsqu'ils reviennent à la maison. Ils se réfugient alors dans le Net (voir infra) ou sortent fréquenter des bandes de délinquants du quartier.
Tant que l’Alyah de France est restée très restreinte, il n’y a pas eu de réaction paranoïde de la part des Israéliens à son égard (contrairement à ce qui s’est passé avec les « russes », c’est-à-dire tous ceux en provenance de l'ex-URSS). Mais, cette Alyah s’amplifie, même s’il y a eu un ralentissement depuis la venue du président Sarkozy au pouvoir, et la presse, le gouvernement s’en font l’écho, car la France est devenue, par sa politique ambiguë vis-à-vis d’Israël, le pays occidental le plus antisémite aux yeux de la population israélienne.
L’Olé de France commence donc lui aussi à vivre avec douleur des réactions de xénophobie, d’hostilité à son égard.
Il se sent réifié, jalousé (il est vécu comme « riche »). Des sentiments d’envie, de rivalité se manifestent contre lui.
De plus, des divorces peuvent advenir, suite à la séparation des époux (à cause de l’Alyah Boeing), et les enfants en souffrent doublement, ayant déjà du mal à s’intégrer, comme tous les olim.

Montée de la délinquance en Israël

Israël est un pays où l'on constate, malheureusement, une nette augmentation des agressions (sexuelles et autres) répertoriées par la police et les tribunaux.
La progression est constante, et s'est accentuée depuis 1998, avec une régression légère en 2000 et en 2005, grâce à la lutte contre le crime organisé.
Néanmoins, la violence chez les mineurs et jeunes adultes a progressé de manière drastique.
En voici les raisons:
- L'influence de la TV, et surtout des nouveaux média (Internet), joue un rôle très important dans le phénomène d'agressions (dont sexuelles), en favorisant l'exaspération du désir immédiat chez les jeunes. Le "Sixième Congrès de la Fédération Européenne de Sexologie" devait se tenir d'ailleurs en Israël en juin 2002 à cause du très haut degré d’informatique dans le pays (il a eu lieu en fait à Chypre à cause de l'Intifada "Al Aksa"), et le thème en a été: "Sexuality in a Real and Virtu@l Environment ».
De fait, pour ce qui est des enfants et des jeunes, ils sont démobilisés par les images violentes qu'ils voient, par rapport aux valeurs morales: ils vivent dans l'angoisse, la peur, la colère et la honte. Ils sont très tendus et ne parviennent plus à se concentrer notamment dans le travail scolaire. Le monde adulte les déroute, car ils ont du mal à séparer le virtuel du réel! Ils sont désorganisés psychiquement. Le niveau économique et social ne semble pas avoir d'influence: dans toutes les familles où l’internet est permis, les enfants ne parviennent pas à symboliser verbalement les images violentes qu'ils ont vues. Un jeune olé de France âgé de 16 ans me disait: "J'ai tout vu sur Internet et je ne peux plus m'endormir!" Il avait vu des films très violents, de terreur, de la pornographie, des exécutions capitales par égorgement, des photos d’accidents de la route avec vision des corps déchiquetés, des sites terroristes, de sectes, des jeux d'une morbidité extrême, etc.). C'était la première fois qu'il pouvait se confier à ce sujet, car ses parents étaient loin de se douter de ce qu'il voyait sur le Net, et ses copains et copines étaient aussi perturbés que lui, donc incapables d'exprimer leur émotions violentes par des mots, d'où agressivité entre eux; en fait ils étaient "prisonniers" de ce qu'ils avaient vu de violent par manque d' "habiletés métacognitives", selon l’expression de Jacques PIERRE (1).
En d’autres termes, il leur manquait la possibilité de mettre du sens dans ce qui a été vu d'agressif. Bien sûr, certains jeunes y parviennent plus ou moins; cela dépend de leur âge, de leur personnalité, de leur équilibre psychique de base. D'autres, déjà perturbés par des évènements intra ou extra familiaux, vivent une véritable chute aux enfers.
Exemple : un garçon de 15 ans, dont le père avait pratiqué des allers et retours, vers et en provenance de la France, puis avait été tué dans un attentat, un an avant notre intervention. Sa mère avait demandé un traitement « psy » pour lui, car son fils ne sortait plus de sa chambre que la nuit, et s'habillait en cuir noir, avec des "piercings" sur tout le corps (y compris aux seins, et au sexe). Son aspect était très impressionnant: crâne rasé totalement, piercings très nombreux, vêtu de cuir noir avec des chaussures rangers également noires, il était très pâle, et maigre. Lorsqu’on a pu gagner sa confiance, il a raconté qu'il passait parfois 9h par jour sur le Net, et qu'il était rentré dans une secte satanique via le Web! La nuit, il lui arrivait de rejoindre des copains de cette secte dans la ville, pour pratiquer des cérémonies occultes. Nous avons pu l'aider en lui montrant que sa recherche de "Satan" était en fait la recherche d'un père invincible, qui lui ne mourrait pas en victime, comme son papa…
-les drogues, l'alcool (introduite en masse en Israël depuis l'immigration "russe") favorisent les passages à l'acte violents (sexuels ou autres), au cours des soirées des jeunes,
-Le processus migratoire (Alyah) favorise la désorganisation psychique, et la montée de la violence chez les jeunes francophones, surtout de sexe mâle, les parents étant rendus déficients par la migration (non maîtrise de la langue, chômage, dépression réactionnelle, disputes dans le couple parental), comme indiqué plus haut.

Conclusion

Pour toutes les raisons décrites précédemment, le jeune immigrant de France est en risque de tomber dans la délinquance, car cette Alyah est très différente de ce qu’ont connu les Israéliens jusqu’à présent (les autres immigrants venaient de pays en détresses financière et politique), et elle les déroute. Ils ont du mal à saisir qu’il puisse exister une autre problématique que matérielle ! La réponse des pouvoirs publics est donc encore mal adaptée à cette montée de la délinquance chez les jeunes en provenance de France.
Il leur faut accepter que ces allers et retours de l’immigrant de France entraîne, comme conséquence, la montée de la violence chez les jeunes restés en Israël avec leurs mères, et que tous les efforts doivent être faits afin que les immigrants de France puissent trouver un emploi à la hauteur de leurs possibilités et/ou que leurs diplômes soient reconnus en Israël, sans tracasseries ou obstacles de la part des organisations professionnelles ou des ministères..
Bien sûr le jeune immigrant devient lui aussi israélien, mais, à la différence des « russes » et des autres, en provenance des autres communautés juives, il provoque de la jalousie à cause de ses possibilités matérielles.
Tout ceci entraîne une montée de la violence chez ces jeunes en provenance de France. Il faut donc que cesse cette coupure violente entre les générations, à cause de l’Alyah Boeing, et que les anciens, les pères, reprennent leur place de conseillers indispensables, comme dit le proverbe africain:
"(…) Les rois africains se sont toujours fait entourer d'un "Conseil de vieux"(2).
Autrement ils auront précipité leurs enfants dans une espèce de « fosse » sur le plan psychologique, dont ils auront du mal à remonter dans ce siècle, où la violence du Web, les égouts du monde, est omniprésente !

Il faut donc tout faire pour venir en aide à ces jeunes pour qu’ils ne vivent pas ce qu’avait écrit le roi David dans son Psaume n° 22 :
-« Tu me fais retourner à la poussière de la mort. Des hordes de chiens m’environnent, la meute des méchants m’assaille ! » (Versets 16 et 17).

Bibliographie

(1) PIERRE Jacques, Education aux média et fonction critique, Paris, L'Harmattan, 1996.
(2) Conte des sages d'Afrique, p. 59, Editions du Seuil, 2004, 180 p.

 

 

Rédigé par Gérard Brazon

Publié dans #Politique Française

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