Demain la guerre ? Réponse à Max Gallo

Publié le 23 Août 2012

Point de vue

Par Alain-Gérard Slama

 

En juillet 1983, Max Gallo, qui était alors secrétaire d'État du gouvernement Mauroy - son directeur de cabinet s'appelait François Hollande - avait publié dans Le Monde un article titré «Le silence des intellectuels» qui avait passablement secoué les socialistes au pouvoir. On s'en souvient encore. Le 17 août dernier, il vient de donner dans les colonnes du Figaro un court texte, intitulé «Cette guerre mondiale qui nous guette», où il prend date avec la même gravité.

Historien et romancier d'une fécondité impressionnante, Max Gallo ne se prend pas pour Cassandre. Il est rare qu'il intervienne avec une telle solennité. Mais il rappelle des réalités dont on espère que, dans nos futurs manuels d'histoire, elles ne rempliront pas un épais chapitre consacré à «la montée des périls».

Cette montée vient de loin. Elle n'a cessé, à la manière d'un tsunami, de se renforcer de vagues successives depuis que le monde a cru, en 1989, s'arracher enfin à la terreur nucléaire. Le terrorisme qui franchit les frontières, la multiplication des pôles de puissance, la radicalisation des conflits religieux et identitaires, non seulement entre civilisations, mais également à l'intérieur des nations, comme le redoutait Huntington, le creusement des inégalités entre peuples et au sein des peuples, l'amplification de mouvements démographiques de moins en moins maîtrisables, l'aggravation de nouveaux facteurs de conflit liés à la raréfaction des ressources énergétiques et écologiques, enfin la menace, d'une charge émotionnelle immense, qui grandit au Moyen-Orient - le tout sur fond de crise économique, financière et sociale: devant un tel «emboîtement» de situations aussi peu saisissables, que les organisations internationales n'ont jamais été capables de maîtriser, c'est bien le moins que Max Gallo appelle à la «vigilance» et à «prendre comme une hypothèse raisonnée le risque de guerre».

Il n'est pas aisé d'apporter à un tel constat - que son auteur se défend de présenter comme inéluctable - une note qui évite de réveiller la mémoire des «guerres en chaîne» de Raymond Aron. Mais la conscience des dangers est déjà une première étape dans la recherche des moyens de les éviter. Et quand on considère par exemple les enquêtes d'opinion sur les problèmes de défense, en particulier européenne, on s'aperçoit avec surprise que, s'ils apparaissent inintelligibles au plus grand nombre, il existe une conscience aiguë de leur urgence, et que c'est, apparemment, le volontarisme des décideurs qui fonde la légitimité des décisions: il est probable que, sur le plan symbolique au moins, le retrait anticipé des forces françaises d'Afghanistan n'a pas été une bonne décision. Quant à l'Europe, elle a sa carte à jouer, à condition qu'on n'inverse pas les facteurs: il n'y a rien à attendre de la démocratisation d'institutions fédérales si chaque nation n'a pas d'abord consacré tous ses efforts à renforcer, voire à rétablir la légitimité démocratique de son propre État. (Ce qui en France n'est plus à démontrer depuis les dernières élections.ICI. Ndlr Gérard Brazon)

De même, on ne viendra pas à bout du «syndrome de Huntington», autrement dit du choc des identitarismes ethniques, religieux et communautaires, si l'on ne comprend pas que la généralisation de la civilisation matérielle est la principale cause des phénomènes réactifs de repli de chaque entité culturelle sur elle-même. Les valeurs universelles qui ont tant de prix pour l'Occident ne peuvent être imposées de l'extérieur ; une pareille conversion ne peut provenir que de l'intérieur de chaque nation, et sur le long terme: les désillusions du «printemps arabe» l'ont cruellement vérifié.

En Syrie, dans une situation de guerre civile, si une obligation de protéger doit être exercée au nom des droits de l'homme, elle aura besoin, pour s'assurer du respect de ces droits, de garantir les libertés de ceux qu'elle a protégés: de la responsabilité de protéger au devoir d'ingérence, et du devoir d'ingérence au droit d'ingérence, le lien est inévitable.(Nous savons désormais qu'au nom de la "protection" les occidentaux en Lybie ont laissé les radicaux imposer une dictature religieuse. Ce qui fait que cette "protection" fût pire que la dictature de Kadhafi. Si toutefois nous partons du postulat que c'est bien de "protection des civils" et non d'imposition de dictatures religieuses voulues par les "pétro-dollars" qu'il s'agissait. Ndlr Gérard Brazon)

Il implique la garantie d'une instance internationale, que l'Europe n'a pas su arracher. Enfin, la recherche du compromis, quand elle inspirée par la peur du conflit, engendre la violence.(Voir Munich en 1938) À l'intérieur comme à l'extérieur, les démocraties doivent maintenir sans complexes leurs principes. En ce qui concerne la France et ses valeurs républicaines d'égalité devant la loi, d'unité du territoire et de laïcité, ce n'est pas seulement à la vigilance qu'il faut appeler, mais à la résistance.

agslama@lefigaro.fr

Rédigé par Gérard Brazon

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DURADUBOL 23/08/2012 16:21


Venant du timoré AGS...plus q u'intéressant ! La der des der,  la troisième a commencé le 11 septembre 2001. Elle fait suite de celle des 11 et 12 septembre 1683 à ...Vienne !!! Qui a dit
que l'Homme nu ne se reservirait jamais le même plat ?