Démocratie française: le référendum d'initiative populaire confisqué.

Publié le 3 Janvier 2011

           Si vous aviez eu quelques doutes sur ma vision de la démocratie française, le texte suivant que j'approuve totalement va vous les retirer.

         Dans un précédent article je vous disais combien l'Europe avait un déficit de démocratie. La France également et c'est bien plus grave. Surtout pour un pays qui se veut le pays des "Droits de l'Homme et du Citoyen". Le personnel politique français de droite comme de gauche nous dit combien la démocratie est dangereuse lorsqu'elle n'est pas "contrôlée". Donc, hors de question de laisser le peuple décider pour lui même, ce serait une folie. Alors contrôlons ce peuple qui a fait tant de révolutions. Contrôlons ce peuple qui a par trop souvent l'habitude de se manifester. C'est d'ailleurs bien la seule chose qui lui reste désormais. Manifester dans la rue puisqu'il est privé d'expression populaire. 

Le peuple de France n'a droit qu'à une élection importante tous les cinq ans. Celle du Président. La mère des élections. Celles des législatives en suivant les Présidentielles confirme la première. De toutes les façons, c'est 85% des directives européennes qui constituent l'essentiel des textes adoptés par le parlement. En clair, ce n'est que 25% de  textes franco-français que votent nos députés nationaux.

          Hors les élections Présidentielles et les législatives, les français n'ont aucun autre moyen de s'exprimer. Encore moins de modifier quoi que ce soit dans une application de programmes politiques qui ne leur conviendraient plus. Ou simplement émettre un avis de souverain. Une fois le Président élu, il fait ce qu'il veut et nous l'ont prouvé plusieurs fois. Ils font même parfois le contraire d'une manière savante certes mais le font. Les députés sont encadrés par leur groupe et malheur à celui qui souhaiterai se mettre en roue libre, voter en son âme et conscience. Le député élu n'est plus le député du peuple mais celui du parti politique auquel il appartient.

         Pourtant, c'est le peuple qui est souverain mais cette souveraineté est encadrée, surveillée, contrôlée.  Emettre un avis sur un point ou un autre comme l'Europe par exemple est impossible. C'est le coeur du déficit de la démocratie.

          Alors certains me diront que les Partis politiques, les députés, les  sénateurs sont nos représentants. Ils peuvent continuer à le croire. Ce n'est pas interdit! C'est même plutôt conseillé, encouragé. Il n'en reste pas moins que la démocratie d'origine populaire n'est pas la tasse de thé de nos responsables politiques. Voici un article qui vous explique pourquoi le référendum d'origine populaire à la Suisse ne verra jamais le jour en France.

Gérard Brazon

 

            Il ne faut jamais abuser des bonnes choses. Des choses tabous encore moins. Et s’il y a bien un tabou entre tous de nos jours, c’est la démocratie parlementaire. Le nec plus ultra de la gouvernance, la seule autorisée. Médiatiquement, en tous cas. Malheur à ceux qui provoquent ses sourcillieux garde-chourmes.
            La récente adoption par le Conseil des ministres français du projet de loi définissant la mise en œuvre d’un « référendum d’initiative populaire » entend le faire comprendre à tous.
            Nos voisins helvètes peuvent directement proposer un texte de loi (initiative législative au niveau cantonal) ou une modification de la constitution (initiative constitutionnelle, au niveau fédéral et cantonal). Le texte est ensuite soumis à une votation populaire qui l’acceptera ou non. 100 000 signatures sont suffisantes pour que le référendum soit organisé et 50 000 électeurs pour faire adopter la loi.

« Il suffit qu’un parlementaire dépose une proposition de loi. Que celle-ci soit soutenue par au moins un cinquième des parlementaires, puis contrôlée par le Conseil constitutionnel. Avec le feu vert des Sages, et dans un délai de trois mois, s’ouvre alors la collecte des signatures de citoyens inscrits sur les listes électorales qui peuvent approuver le texte par voie électronique. Si la proposition de loi franchit la barre des 4,5 millions de soutiens, elle retourne au Parlement et sera débattu par chacune des deux assemblées dans les douze mois. À défaut, le président de la République soumet le texte au référendum dans un délai de quatre mois » (22 décembre 2010).

          

            Réclamé par nombre de partis politiques français – du Front national au Parti socialiste passant par Europe Écologie-les Verts – le principe même ne pouvait finir que par être accepté. De là à ce qu’il soit appliqué, on comprend tout de suite que ce n’est guère dans les intentions de ceux qui nous gouvernent. Il s’agit donc simplement d’une nouvelle et énième loi qui ne sera probablement pas – sinon exceptionnellement – utilisée.
                 Elle permettra toutefois de calmer les esprits les plus vindicatifs sur le sujet, de «faire croire que», de ne pas réveiller les passions et pour ceux qui s’aventureraient à faire remarquer que ce projet de loi est plus proche du « foutage de gueule citoyen » que de véritable démocratie directe, gageons qu’on leur explique que les aménagements de cette loi sont une « exception française », donc forcément parée de toutes les vertues républicaines.
             D’ailleurs, le député Vert François de Rugy, rapporteur d’une proposition de loi organique prévoyant d’appliquer le référendum d’initiative populaire, n’hésite pas à définir lui-même les limites politiquement correctes qu’il est inimaginable de franchir… Lorsqu’on lui fait remarquer que grâce au référendum d’initiative populaire, la Suisse a récemment voté le renvoi automatique des criminels étrangers, il précise aussitôt :

« Les opposants à cet outil nous disent ainsi que c’est dangereux, démagogique, populiste. Nous, nous avions proposé qu’une procédure, avant d’être lancée, soit validée par le Conseil constitutionnel. Ce contrôle de constitutionnalité, au préalable, est un garde-fou et garantira contre les manipulations et les dérives ou, pour prendre un exemple, contre une tentative de faire voter sur le rétablissement de la peine de mort. Et on parle de 4 millions et demi de signatures : pour tout parti ou groupe parlementaire, il faudra une large alliance et des partenaires dans la société civile. »

        Comment peut-on être un démocrate et s'opposer à l'expression populaire? Cela restera un mystère pour moi. A moins de considérer le peuple comme un ramassis de gamins immatures!

            Si les guêpes sont connues pour ne pas être « folles », nos élus auto-proclamés défenseurs d’une conception très particulière de la démocratie ne le sont pas non plus. Demander l’avis du peuple, oui, à condition qu’il soit le leur. Pour ne pas risquer de « déconvenues démocratiques », exercer un strict contrôle de ce qui doit être ou ne pas être voté, est le «minimum citoyen» indispensable. C’est-à-dire que rien ne puisse échapper un tant soi peu aux professionnels de la politique.

« La volonté du peuple ne doit pas être confisquée par quelques dizaines de Ponce Pilate…», affirmait Charles De Gaulle. Par 577 députés, est-ce vraiment préférable ?  

 

Philippe Randa


© Philippe Randa est écrivain et éditeur (www.dualpha.com). Ses chroniques sont libres de reproduction à la seule condition que soit indiquée leurs origines, c’est-à-dire le site www.philipperanda.com.




 

Rédigé par Gérard Brazon

Publié dans #Politique Française

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island girl 03/01/2011 18:27



Puisque les français n'ont voix au chapitre que tous les 5 ans ,il faudra songer à nos plus donner nos voix aux castrateurs actuels!en...2012..