Depardieu (and Co) en « perdition »? par Lucien SA Oulahbib

Publié le 8 Janvier 2013

Avec le terme d'"épave", celui de "perdition" fleurit à propos de Depardieu, ce sont les nouveaux éléments de langage de la "morale" néo-communiste d'aujourd'hui qui désignent et incitent à la vindicte parce qu'il a été édicté que payer non pas l'impôt mais "beaucoup d'impôts" est l'unique moyen de rédemption, le seul rachat digne de ce nom d'une âme damnée au "Capital", hormis le don certes, voire l'abandon de sa "fortune" ; mais il faut qu'il soit total car lorsque Buffett aux USA avait donné 80% de sa fortune à une fondation, les néo-coco américains ont de façon fourbe (cunning) souligné qu'il lui restait quand même "20%", c'est ce qui se dit d'ailleurs aussi pour les "75%" français (qui devait durer 2 ans mais le ministre du budget vient d'annoncer que sa nouvelle bouture, moins haute, durera cependant plus longtemps).

 

Sauf que l'économie n'a décidément rien à voir avec cette tournure moralisante, plutôt un nouveau théoligico-politique, qui assène que seul l'impôt "progressif" est source de "réparations des inégalités" (comme le dit Piketty) alors qu'il les aggrave au contraire, du moins du point de vue économique, or nous sommes ici, répétons-le, sur une assise métaphysique qui pose en apriori que la richesse "est" une perdition, et que l'Etat doit réparer "les" inégalités, même si économiquement c'est plutôt la liberté que la sujétion qui les a toujours réduites ;  mais rien à faire, et à nouveau, le tournant théologico-politique est pris – une osmose entre le communisme du Jeune Marx refusant la "division en deux" de la société (élite/peuple, il le reprochera à Feuerbach dans sa Troisième Thèse) et le communisme français et suisse issu du christianisme augustinien nourri de stoïcisme, de renoncement, de refus de l'intérêt, de suspicion envers la propriété chez Rousseau, St Just, Robespierre, Babeuf, Fourier… – visant à culpabiliser ceux qui épousent la puissance de vie, la liberté d'être, plutôt que de voir seulement la vie comme une parenthèse devant la mort cette maîtresse bien plus intéressante paraît-il (selon Sade - et ses x couleurs sang- puisque la mort ôte l'hôte qu'est la vie quand elle veut ; d'où la fascination des adeptes de la pulsion de mort de Freud à Shopenhauer - Onfray également qui s'appuie sur Deleuze dont j'ai montré la destruction à l'oeuvre) qui n'auront de cesse par exemple de plutôt voir en Christ le Crucifié, au lieu d'y voir le porteur de la Bonne Nouvelle : le péché originel a été pardonné, l'accès à la Cité de Dieu est possible dès aujourd'hui et non plus après la mort, précisément : plus besoin de la mort pour déceler la vérité alors que dans le discours mortifère d'aujourd'hui porté par les apôtres du renoncement postmoderne il s'agit de faire payer les supposés porteurs du mal : la vie ; un terme que Derrida refusait de prononcer par exemple (tout comme la liberté) parce que cela faisait élan vital, vitalisme ivre de la Bonne Nouvelle, puissance "cartésienne" paraît-il donc, qu'il faut faire imploser, c'est un "devoir" avant qu'elle n'explose encore en nazisme (puisque dans la vulgate néocommuniste ce dernier est un produit de la mise à la raison du monde etc) par exemple la Terre qu'il "faut sauver " coûte que coûte comme en l'an mille ; où l'on voit bien que l'on a de plus en plus affaire à un discours de secte, un délire, puisque le réel c'est seulement son discours, toute une perception faussée, celle-là même qui permettait d'envoyer à l'échafaud ou au goulag qu'il soit soviétique ou chinois.

Dans cette atmosphère putride, il est clair qu'un Depardieu, loin d'être en "perdition", refuse le devenir handicapé, devenir zombi proposé, cet avenir de mort-vivant où tout est programmé, assuré par l'Etat, du berceau à l'orientation sur la route et dans sa vie sexuelle supposée là-aussi "multi" (ce que sent bien la jeune génération qui fait des processions zombis et adore les films de vampires)

Depardieu assume la vie d'antan, de seigneur, celle-là même dont rêvait Nietzsche, et que Blanchot a voulu précisément détruire (pour la réserver à quelques-uns, Blanchot, maître de Foucault, Derrida, Deleuze, Blanchot, issu du courant maurrassien rappelle Sartre, tout cela je l'explique en long et en large dans Ethique et épistémologie du nihilisme).

Et lorsque l'on reproche à Depardieu son allégeance, réaliste, à Poutine l'on oublie la soumission des dénonciateurs aux actuels généraux "algériens", aux divers rois du Maroc, ceux d'Arabie Saoudite, (sans parler des anciens soutiens à Khomeiny, Mao etc) la porte parole actuelle du gouvernement devrait s'en souvenir au lieu d'admonestrer ceux qui considèrent que l'on ne choisit pas nécessairement sa sexualité comme l'on choisit son film, les choses sont bien plus complexes, mais comme cette secte veut faire de son délire non seulement une réalité mais la seule, il va de soi que cela ne peut aller que de mal en pis, du moins jusqu'à ce l'on sache que le roi est nu, malgré la "com" cherchant à démontrer le contraire.

Lucien SA Oulahbib 7/1/2013     

Rédigé par Gérard Brazon

Publié dans #Point de vue

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