Des Couacs dans un projet grandiloquent cofinancée par l'Etat et la Ville de Paris

Publié le 6 Novembre 2012

Des fausses notes dans le projet de Philharmonie de Paris

 

Écrit par Dominique MALECOT 
dmalecot@lesechos.fr

 

Le devis initial de la future salle de concerts parisienne cofinancée par l'Etat et par la Ville a plus que doublé. Sa construction est trop avancée pour faire marche arrière.

Le futur complexe géant sera implanté dans le quartier de la Villette. - Jean Nouvel / Arte Factory


Les dernières estimations du rapport que le sénateur UMP Yann Gaillard vient de rendre public font état de 386,5 millions d'euros (entretien compris pendant quinze ans), pour un devis initial de 173 millions d'euros. Malgré le doublement de la facture qui doit être acquittée à parité par l'Etat et la Ville de Paris - la région Ile-de-France compte bien limiter sa participation à son engagement initial de 20 millions d'euros -, le projet ne sera pas revu à la baisse.
Ce n'est encore qu'un vaste chantier d'où émergent de grosses structures en béton dans le quartier de la Villette, au nord-est de Paris. La Philharmonie de Paris, un complexe géant conçu par l'architecte Jean Nouvel autour d'une salle de concerts de 2.400 sièges, est censée hisser la capitale au niveau de Londres ou de Berlin dans le monde de la musique classique. Un pari. Les experts sont partagés, mais on commence à savoir ce qu'il en coûtera à la livraison prévue en septembre prochain, avec deux ans de retard.

Le ministère de la Culture, qui a annoncé l'arrêt, la suspension ou le report de plusieurs projets culturels, pour un peu plus de 1 milliard d'euros, épargne la Philharmonie, car il juge le chantier, confié à un groupement d'entreprises emmené par Bouygues associé à GDF Suez, trop avancé pour l'interrompre. D'autant qu'il en partage la finalité avec son prédécesseur, « à savoir la construction d'une salle de concerts symphonique au niveau des standards internationaux, écrit le sénateur. Selon les défenseurs du projet, l'absence de grand auditorium serait en effet préjudiciable au rayonnement culturel de la capitale, malgré une offre musicale classique déjà diversifiée ».

Pas une exception

Figurant parmi les chantiers culturels du Grand Paris et de la Mairie, la Philharmonie n'est pas une exception. La Cité de l'architecture a explosé son budget de 84 %, l'aile Sully du Louvre l'a fait de 48 %. Pis, les raisons du dérapage sont des plus classiques, ce qui signifie qu'elles étaient en partie prévisibles. Sous-évaluation des coûts au départ, évolutions législatives imposant des études supplémentaires, nouvelles normes de sécurité, ajustements du projet sont à l'origine des deux ans de retard. A la clef, par rapport au dernier devis de 2009, un surcoût de 110 millions d'euros, dont près de 8 millions de hausse des prix de construction, 5 millions pour de nouvelles normes de désenfumage ou encore 15 millions de modifications demandées par Jean Nouvel pour la qualité architecturale de l'ouvrage...

Et, pourtant, « l'ouverture du nouvel auditorium ne marquera pas la fin des interrogations sur ce projet d'ampleur. Certaines questions doivent, en effet, être posées dès maintenant. Elles tiennent en particulier à la reconfiguration de l'offre musicale à Paris ainsi qu'à la gouvernance et à l'équilibre économique de la Philharmonie de Paris en rythme de croisière », prévient Yann Gaillard.

Dominique Malécot

Rédigé par Gérard Brazon

Publié dans #Politique Française

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