Deux poids, deux mesures dans l'évaluation des conflits africains. Où en est notre politique en Syrie ?

Publié le 6 Septembre 2012

Où est notre politique en Syrie ?

Près de 3 millions de morts en dix ans, 200 000 personnes déplacées, des carnages à répétition provoqués par une rébellion soutenue par un État voisin, devant une communauté internationale impuissante.

Nous ne sommes pas en Syrie mais en République démocratique du Congo (l’ex-Zaïre ou Congo belge), un pays gigantesque (2,3 millions de kilomètres carrés), riche en matières premières, sauvagement dépecé par des bandes armées du Rwanda voisin. Qui s’est ému de ces massacres à grande échelle ? Les victimes congolaises n’ont pas la chance des opposants syriens. L’indifférence de nos médias et de notre intelligentsia à leur égard est quasi totale : pas de reportages sympathisants comme ceux offerts à l’insurrection syrienne, pas de tribunes martiales d’intellectuels en mal de baroud.

Les tueries barbares de Rutshuru, Masisi, Bukumbirire n’intéressent pas autant que celles d’Alep ou de Daraya, où l’Observatoire syrien des droits de l’homme (OSDH) vient de dénombrer, ce 26 août, 320 civils exécutés, pour un total de 25 000 morts dans le pays depuis le début de la crise syrienne, en 2011 ! Précision utile : cet OSDH fournisseur de bilans est sous le contrôle de l’opposition, financée par le Qatar. Les massacreurs du Kivu et leur commanditaire rwandais, le président Paul Kagamé, bénéficient toujours d’une étrange complaisance alors que les méthodes du satrape tutsi, à qui la protection américaine semble garantir un droit de prédation régionale, n’ont rien à envier à celles de l’autocrate alaouite Bachar al-Assad.

Le traitement si dissemblable de ces deux dossiers démontre les limites de l’indignation ambiante, quand elle est si sélective ; l’intérêt national qui guide les puissances régionales, dont les objectifs restent bien différents des nôtres ; enfin l’hypocrisie des responsables, qui fondent une politique extérieure sur le seul critère des droits de l’homme sans en prévoir le coût ou les conséquences. L’intervention en Libye ne semble pas avoir servi de leçon à ceux qui sonnent aujourd’hui du clairon pour Alep, dans une guerre qui servirait d’autres intérêts que les nôtres. L’émotion, au rythme des médias ou des sondages, est utilisée pour masquer l’absence de politique étrangère, n’en déplaise à François Hollande qui semble vouloir hausser le ton. Elle peut donner bonne conscience et une apparence de légitimité aux décisions prises. Après la Libye et l’Afghanistan, en résonance avec la situation préoccupante en Afrique (notamment au Sahel), le dossier syrien doit susciter une réflexion sérieuse sur les vraies priorités géopolitiques de notre pays et sur les moyens à leur consacrer. Indépendante, souveraine et rayonnante, la France le mérite – si elle veut encore faire preuve d’ambition pendant cette présidence dite “normale”…  

Frédéric Pons                        

Photo © Patrick Iafrate

Rédigé par Gérard Brazon

Publié dans #Le Nazislamisme

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LMarie-claire Muller 06/09/2012 19:49







Des guerres du Moyen Orient à la guerre mondiale











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Lambert Christian - mercredi 05 septembre 2012

L’historien Max Gallo, dans le « Figaro » du 17 août, estime qu’une troisième guerre mondiale est tout à fait possible. Plusieurs facteurs le laissent
prévoir :

« Le Moyen-Orient, écrit-il, est l’épicentre de cette situation mondiale. Tout y est réuni pour qu’un conflit déborde le cadre régional. Des puissances nucléaires sont
en contact : Israël, le Pakistan, peut-être bientôt l’Iran. Les frontières sont contestées, l’eau disputée, les antagonismes religieux séculaires. Le pétrole est un enjeu majeur puisque,
là, sont les grandes réserves… »

Pratiquement, il est vrai qu’au Moyen-Orient se déroule une guerre de religion sans merci entre musulmans sunnites et chiites qui se massacrent avec une étonnante
sauvagerie. Le problème est que les grandes puissances s’en mêlent. La Russie et la Chine ont pris le parti des chiites, c’est-à-dire de l’Iran et de la Syrie alaouite de Bachar Al-Assad,
proche des chiites. 10 000 conseillers militaires de l’armée russe sont présents en Syrie, à qui la Russie apporte une profusion d’armes et de munitions, ainsi que des produits pétroliers
et des lignes de crédit pour contourner les sanctions imposées par les Occidentaux, sans oublier les gaz toxiques dont la Syrie est abondamment pourvue et dont Bachar Al-Assad n’hésiterait
pas à se servir en cas d’intervention militaire occidentale.

Les Occidentaux, de leur côté, soutiennent les sunnites. Obama, il y a quinze jours, a autorisé la CIA à agir contre le régime de Damas et donc contre les alliés russes dudit
régime. On mesure les risques que crée une telle confrontation. La France, pour sa part, appuie la rébellion syrienne. Bernard-Henri Lévy, notre ministre in partibus des Af­faires
étrangères, brandit verbalement l’étendard de la révolte. Les Arabes de la Péninsule arabique, et en premier lieu l’Arabie saoudite et le Qatar, apportent eux aussi, et de façon concrète,
une aide aux Syriens sunnites.

Par ailleurs, l’Iran, qui pourrait avoir fabriqué une ou plusieurs bombes atomiques dans les six mois qui viennent, déclare le plus clairement du monde qu’il faut anéantir
Israël, cette tumeur en Orient comme aurait dit Hitler, et exterminer tous les Hébreux – lesquels Hébreux qui, eux, ont déjà depuis longtemps tout un arsenal nucléaire, grâce
notamment à la France, riposteraient dans l’heure à une attaque iranienne en envoyant sur l’Iran deux ou trois bombes atomiques. On imagine le bilan !

En attendant, les Israéliens sont prêts à bombarder de façon « conventionnelle » les sites de production de la bombe iranienne, freinés seulement par les États-Unis, qui demandent
que l’opération ait lieu après l’élection présidentielle du 6 no­vembre. Il va sans dire qu’après un tel bombardement aérien, les Iraniens riposteraient par un tir de missiles,
interceptés ou non, sur Israël, puisqu’ils disposent maintenant de missiles à longue portée. Il est évident aussi qu’une aggravation de la situation provoquerait aussitôt la fermeture du
détroit d’Ormuz, coupant la route du pétrole vers l’Europe et l’Asie. Il en résulterait une gigantesque crise mondiale, économique et sociale, alors que l’actuelle et grave
crise de la dette n’est nullement réglée. On voit donc que le « théâtre » oriental, comme disent les militaires, est lourd de menaces.

Le président russe qui, donc, soutient avec efficacité l’alaouite Bachar Al-Assad s’est clairement expliqué. « L’Occident, a-t-il dit en substance, a une politique arabe et musulmane
au résultat dévastateur pour tous. En Irak, la situation est pire qu’au temps de Saddam Hussein. Les attentats et les désordres de toute nature y sont quotidiens. La direction du pays a été
en fait donnée aux chiites, ce qui ne fait que renforcer l’Iran.

S’agissant de la Libye, poursuit Vladimir Poutine, les Occidentaux, et en particulier la France de Sarkozy, nous ont embobinés dans une aventure qui a tourné au fiasco complet, créant de
surcroît une situation islamiste très dangereuse au Sahel francophone. L’Angleterre et la France n’ont dans ce conflit nullement respecté la résolution du conseil de sécurité. Ils l’ont
sur-interprétée. La Libye est désormais livrée à une anarchie meurtrière. Des combats ont lieu à proximité de Tripoli. Les populations du Sud, les Tou­bous, noirs
nilotiques, attaquent les Arabes du Nord. En Égypte, dirigée en fait par les Frères musulmans, c’est pratiquement, là aussi, le règne de l’anarchie, un peu comme en Tunisie où les
salafistes s’en prennent aux soufistes. C’est cela votre Union pour la Méditerranée ? Et vous voudriez que nous, les Russes, participions à vos erreurs ? La Russie est une nation chrétienne
qui refuse l’invasion de l’islam. Ni Tchétchènes, ni autres islamistes, nous n’en voulons pas en Russie, ni au Caucase, ni en Asie centrale… »

Et il est vrai que les régions musulmanes de Russie sont actuellement le théâtre d’un regain de tension.
En disant cela, le président russe n’a sans doute pas entièrement tort. Je rappelle, d’ailleurs, que c’est l’accord de la Russie qui a permis l’intervention occidentale contre Kadhafi. Sans
cet accord, le colonel libyen serait encore là (cf. ma chronique du n° 783). Mais Poutine n’a pas tout dit. Au Liban, où la guerre syrienne vient de s’étendre, le Hezbollah chiite domine. La Turquie, quant à elle, est aux
prises avec les Kurdes présents en Turquie, en Syrie, et en Irak.

Tel est aujourd’hui le bilan dans cette très sensible région du monde. Un bilan dû en grande partie à l’absence de jugement des Occidentaux et notamment, hélas, de la France de Sarkozy. Si
on en est satisfait, il faut que l’on m’explique pourquoi !

Enfin, on ne peut qu’observer dans ces conflits l’extrême barbarie des protagonistes. Les musulmans montrent là-bas ce qu’ils savent faire, avec l’approbation et l’appui
apportés aux rebelles syriens, non seulement par les Occidentaux, mais aussi par Al Qaïda. Tueries et tortures, c’est la civilisation locale.
En Europe, les musulmans seraient déjà près de 40 millions. Que l’on réfléchisse aux perspectives qui, de toute évidence et très logiquement, nous attendent, alors que les guerres dans
l’Orient musulman augmentent encore le nombre des réfugiés musulmans qui envahissent l’Europe…