Dimitri Casali : "Réapprenons à nos enfants à aimer la France" !

Publié le 24 Décembre 2010

              Un dernier article pour la journée afin de ne pas importuner votre réveillon de Noël en famille. La famille justement qui est l'essence de notre société, le socle de nos modes de vie. La famille qui comme l'histoire sont nos racines. Pas de racines, pas d'histoire, pas de famille commune. La famille est constitutif de notre nation, de notre pays depuis plus de mille ans. C'est à travers notre histoire, sa connaissance, son interprétation qui vit la nation. Tout comme la famille à travers les photos de nos ancêtres, leurs histoires, leurs peines, leurs joies et leurs morts.  Il n' y a plus de famille sans ses liens comme il n' y aura plus de nations sans l'histoire de celles-ci. C'est bien le but que poursuivent les éradicateurs de faits historiques marquants comme 732 pour la bataille de Poitiers qui vont fait oublier aux français des collèges les racines du pays dans lequel ils vivent. Faire des incultes historiques pour mieux en faire des européens-bruxellus malléables, corvéables et manipulables à souhait. Faire oublier l'esprit d'une nation pour construire l'européen nouveau comme d'autres dictatures ont déjà essayé de le faire Dimitri Casali est un historien amoureux de l'histoire. Il souffre comme nous souffrons tous de cette volonté d'éradication de nos racines. Ecoutons ce qu'il a à nous dire.

Gérard Brazon

 

par Bonapartine de Riposte Laïque

            Dimitri Casali a été professeur d’Histoire-géographie pendant de longues années, dont cinq passées dans un collège situé en zone d’éducation prioritaire. Historien spécialiste de la Révolution et de l’Empire devenu directeur éditorial, il est l’auteur de nombreux ouvrages parmi lesquels : "Ces immigrés qui ont fait la France" (Dimitri Casali et Liesel Schiffer, éd. Aubanel), "Napoléon Bonaparte" préfacé par Jean Tulard (éd. Larousse), "Napoléon par les peintres" en collaboration avec David Chanteranne (éd. Seuil). Il a également écrit de nombreux ouvrages destinés à la jeunesse, en particulier "Louis XIV, le destin d’un roi" (livre avec un DVD, éd. Fleurus) ou "Notre pays la France" (avec Walter Bruyère, éd. La Martinière Jeunesse).

Passionné d’Histoire (Napoléon) et de Rock (Les Beatles), Dimitri Casali a eu l’idée de réunir ses deux passions dans un nouveau concept "Historock". Concept qui propose des albums retraçant, en musique, l’Histoire des Hommes, des origines de l’Humanité au XXème siècle. Dans la présente interview, Dimitri Casali nous parle de la réforme des programmes scolaires en Histoire et nous explique en quoi cette réforme constitue, selon lui, une véritable "déconstruction de notre histoire". 

 Riposte Laïque 

          Suite à l’éviction, délibérément voulue par le ministère de l’Education nationale, de l’étude de certains personnages clefs de l’Histoire de France tels que Clovis, François Ier, Henri IV, Louis XIV ou encore Napoléon Ier, une pétition a été lancée sur le Net, suivie ensuite d’un collectif "Notre histoire forge notre avenir". En portant haut et fort ce mouvement comme vous le faites depuis plusieurs mois, quel signal d’alarme souhaitez-vous adresser à l’opinion publique française ?

Dimitri Casali :

               Il faut que les Français se mobilisent s’ils ne veulent pas perdre leur Histoire. Et un peuple qui n’a pas d’Histoire est un peuple perdu. Depuis trente ans, nous avons négligé l’enseignement de cette discipline et cette négligence est la conséquence directe de la crise morale très grave que vit la nation.

Face à la mondialisation, aux mouvements de populations, à la diversité des origines de nos élèves, il est logique que les nouveaux programmes s’ouvrent aux autres civilisations de notre monde. Mais cette ouverture devrait surtout avoir lieu au lycée et non pas au collège pour des enfants de 11-12ans qui ne connaissent déjà rien à leur propre histoire. 10 % du temps consacré à l’enseignement de l’Histoire en 6ème est réservé aux civilisations indienne des Gupta ou chinoise des Han alors que, dans le même temps, les Mérovingiens disparaissent totalement du programme ! 10 % du temps consacré à ce même enseignement, en 5ème (soit autant que pour la séquence consacrée à l’Occident féodal des XI-XVème siècles), est réservé aux empires africains médiévaux du Monomotapa ou Songhaï.

L’intention est louable, évidemment. Mais force est de constater que cette ouverture se fait, concrètement, aux dépens de périodes majeures de notre histoire et avec elle, de personnages incontournables. Exit Clovis et Charles Martel ! Quant au règne de Louis XIV, il est relégué tout à la fin d’un programme considérable, beaucoup trop lourd et s’étendant sur plus de 1000 ans d’histoire mondiale. De fait, le règne du plus célèbre de nos rois a donc de fortes chances de n’être jamais enseigné aux jeunes élèves de douze ans. D’une part, il sera évoqué tout à la fin du mois de juin quand il n’y a plus personne dans les classes et, d’autre part, on sait bien que les professeurs n’arrivent à enseigner que 70% du programme (80% pour les meilleurs profs), ce qui signifie que la plupart des élèves n’entendront jamais parler de Louis XIV…

Pourquoi faire l’impasse sur un personnage central de notre histoire et qui a eu un rôle fondamental dans le cours de l’Histoire de notre pays, de l’Europe et même du monde ? Molière, mais aussi Turenne, Vauban, Jean Bart, Colbert, La Fontaine, Corneille, Racine, Pascal, La Bruyère, Boileau, Bossuet, Fénelon, Lully, Le Nôtre, Mansart : ces noms qui ont tant contribué au rayonnement de la France sont donc appelés à disparaître de la mémoire collective dans quelques décennies, engloutis à jamais dans les oubliettes de l’Histoire. Tous ces grands noms ne sont, en effet, pas mentionnés dans les derniers manuels de 5ème (Hachette Education et Hatier).

 

Riposte Laïque

       En déconstruisant ainsi minutieusement l’enseignement de notre Histoire de France et donc la connaissance de notre mémoire collective, avec ses zones d’ombre et de lumière, ses failles et ses forces, ne craignez-vous pas que le ministère de l’Education nationale ait porté, en vérité, un très mauvais coup au puissant vecteur d’intégration qu’a représenté pour des générations entières d’enfants d’immigrés cet enseignement en France ?

Dimitri Casali :

         Il faut présenter aux élèves la complexité de ces hommes, inscrits dans leur époque, sans anachronisme ni mythologie. C’est justement l’étude de leur vie, de leurs actions, de leurs œuvres, de leurs façons de concevoir le monde qui les débarrassera des clichés, des stéréotypes et des images d’Épinal. L’histoire est toujours la meilleure réponse au mythe. « L’histoire est l’institutrice de la vie » écrivait Cicéron, elle est l’une des meilleures façons de former à la citoyenneté. Les auteurs des nouveaux programmes semblent oublier que c’est d’abord et avant tout l’enseignement de l’Histoire qui nous inculque le civisme, le respect des lois, le rôle d’un État, l’inscription dans une durée et dans une histoire collective, mais aussi des valeurs morales comme le goût de l’effort, de la solidarité, le sens de la dette et des générations. Notre culture est la base de notre vivre-ensemble.

Cette culture est fondée sur la connaissance de l’Histoire de notre pays, celui où nous vivons et travaillons, quelle que soit notre origine géographique. La bonne connaissance de l’histoire hexagonale est une garantie d’intégration car elle est un moyen d’accéder aux modes de compréhension de notre société. L’histoire de nos grands hommes a facilité l’assimilation des populations immigrées depuis plus deux siècles, et ce avec succès. C’est avant tout grâce au rayonnement culturel et historique de la France, grâce au pouvoir d’attraction et de fascination que, de Mazarin à Romain Gary en passant par Gambetta, Félix Eboué, le bachaga Boualam et Gaston Monnerville, tous ces hommes ont passionnément aimé la France. Ils ont même accepté de se sacrifier pour leur nouveau pays. Et comme aimait le rappeler Romain Gary (Roman Kacew de son vrai nom) : « Je n’ai pas une goutte de sang français mais la France coule dans mes veines… »

C’est tout cela que l’intelligentsia intellectuelle parisienne n’a pas compris : l’Histoire de notre pays a réussi à faciliter l’assimilation des populations immigrées depuis plus deux siècles avec succès.

Riposte Laïque

          A force de brader tout ce qui fait le ciment de notre identité, la classe politique et certaines élites françaises n’auraient-elles pas finalement contribué à faire le lit du Front National en lui permettant d’être le seul à s’approprier aisément, depuis des décennies, le thème de l’identité nationale ?

 Dimitri Casali :

 Déjà, depuis une trentaine d’années, nos élites ont fait le jeu des extrémismes comme si elles voulaient creuser un fossé sans cesse plus profond entre elles et le peuple français. Nous avons laissé le Front National s’emparer des symboles de la France, du drapeau tricolore jusqu’à Jeanne d’Arc. Il est devenu impossible d’arborer nos trois couleurs sans être soupçonné de sympathies extrémistes de même qu’il est impossible de mettre un drapeau français sur les couvertures de livres. Les maisons d’édition, trop craintives, refusent alors que dans tous les pays du monde, le drapeau national est déployé à la moindre occasion et sans aucune honte.

Un exemple récent, au Grand Journal de Canal +, Edwy Plenel s’en est pris à la Marseillaise en rabâchant de stupides contrevérités historiques. Et sur le plateau, tout le monde se mit à se gausser de notre hymne national en débitant des bêtises alors que dans le monde entier, notre hymne est connu pour être un chant de liberté et de libération. C’est dommage car ces émissions mal préparées assènent des contre-vérités historiques. Il n’y a pourtant rien de nauséabond dans le texte de la Marseillaise !

On a capitulé sur les valeurs de la France éternelle alors qu’il existe un modèle d’intégration basé sur l’Histoire, le Siècle des Lumières, la Déclaration des Droits de l’Homme. Comme le rappelait Marc Bloch : « Un Français ne peut pas comprendre son histoire s’il ne vibre pas à la fois à l’évocation du Sacre de Reims et à la Fête de la Fédération de 1790 ». Et effet, pour moi, l’Histoire de France est un bloc et il faut être capable d’éprouver de l’émotion à l’évocation des Rois de France et de la Révolution.

 Riposte Laïque 

        Que reprochez-vous aux méthodes pédagogiques actuellement prônées par le ministère de l’Education nationale pour enseigner l’Histoire de France ? Que préconisez-vous pour remédier au massacre institutionnalisé des programmes et de l’enseignement de l’Histoire en France ?

Dimitri Casali :

             Il fallait essayer de faire intéresser des élèves qui avaient une répulsion de l’enseignement de l’Histoire. Je me suis rendu compte que quand on leur racontait l’Histoire avec enthousiasme et que l’on replaçait l’Homme au cœur de l’Histoire, on parvenait à faire naître en eux le goût de l’Histoire.

Or, l’enseignement de l’Histoire est désormais devenu celui d’une Histoire zapping. Une Histoire sans dates, réduite à des flashs. On parle, par exemple, d’août 1789 et non du 4 août 1789… Une Histoire désincarnée, déshumanisée où toute étude sérieuse de grands personnages est assimilée à une rétrograde culture de la personnalité. C’est une Histoire sans récit où l’élève s’improvise historien. Une Histoire thématique, d’inspiration universitaire.

Aujourd’hui, beaucoup de journalistes ou d’historiens oublient la première leçon de tout étudiant en première année d’histoire : toujours se replacer dans le contexte de l’époque qui n’a rien à voir avec nos représentations mentales d’aujourd’hui. Nos contemporains ont du mal à comprendre les représentations mentales de leurs ancêtres et donc ils ne peuvent pas comprendre les valeurs qui les animaient. Je pense, par exemple, aux soldats de la Grande Armée de Napoléon Ier : leur confiance et leur fierté d’appartenir à la Grande nation et de mourir pour leur pays semble bien risible de nos jours et pourtant….

Comment en est-on arrivé là ? Les manuels scolaires d’aujourd’hui sont tenus de suivre à la lettre les instructions de l’Education nationale. Depuis des années maintenant, ils ne cessent de s’alléger. Et si la médiocrité générale des manuels n’était que l’expression d’une crise plus profonde de l’éducation ? Face à la multiplication des sources d’informations et à la concurrence du multimédia, les éditeurs scolaires français sont perdus et font preuve d’un manque évident d’imagination et de créativité. Résultat : on n’y comprend rien tant les pages regorgent d’éléments visuels, avec toutes ces couleurs, des documents et des textes encadrés. Censée guider l’élève vers l’essentiel, la diversité graphique des manuels noie l’important dans l’accessoire et impose à l’œil des allers et retours continuels qui gênent le cheminement de la pensée au lieu de le favoriser. II devient exceptionnel de rencontrer un récit construit et articulé, propice à une simple lecture suivie. On peut s’inquiéter des effets de cette culture zapping : comment l’élève peut-il ainsi structurer son savoir ? Enfin une dernière critique : le jargon. Les auteurs professeurs d’aujourd’hui sont friands de logorrhées et autre sabir de pédagogue fumeux…

Riposte Laïque 

Quels sont désormais vos projets d’avenir ?

Dimitri Casali : 

            Aujourd’hui, mes efforts se concentrent sur des projets historiques pour le plus large public : téléfilms, multimédias, concerts de musique, notamment mon Opéra rock sur Napoléon. Un second Opéra rock sur toute l’Histoire de France est en cours de préparation. J’ai créé un nouveau concept Historock (www.historock.com) pour donner le goût de l’Histoire par la musique rock et nous sommes amplement encouragés dans notre démarche au vu de l’accueil chaleureux qu’elle rencontre chez les publics qui assistent à nos concerts. Dans les semaines et mois à venir, mon groupe et moi partirons en Belgique, en Allemagne, Londres donner des concerts et un énorme concert est prévu aux pieds des Invalides pour le 28 juin 2011… Enfin je prépare aussi plusieurs émissions d’histoire pour la télévision. Vive l’Histoire !

Propos recueillis par Bonapartine 

 

Rédigé par Gérard Brazon

Publié dans #Point de vue

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island girl 24/12/2010 18:27



Joueux Noel et merci pour vos écrits toujours interessants.



Bell 24/12/2010 17:15


Un grand bravo a vous Gérard Brazon. C'est tout les jour un grand moment de lire les écrits d'un des meilleur conseiller du maire de ma commune. Bonne continuation a vous. Ps: attention les blog
gênants pour le pouvoir et la pensée totalitaire sont en ce moment victime d'attaque informatique ( regardez fdsouche et defrancisation ).


Bonapartine 24/12/2010 13:16



Excellente introduction ! Merci à Gérard qui sait pourtant combien je ne verse pas habituellement dans le registre du compliment facile et futile, d'avoir mis, en l'espace de quelques lignes,
autant en valeur cette interview de Dimitri Casali. Et merci donc de rendre ainsi sincèrement hommage au combat légitime de Dimitri Casali, en ces temps troublés où ils deviennent rares ceux qui
se hasardent encore à défendre la culture française. Excellentes fêtes de fin d'année à tous ! Bonapartine.