Point de vue sur une éducation nationale - par Bonapartine

Publié le 16 Février 2011

                Dans la partie I de cette série d’article sur l’école française, Bonapartine nous parlait de l’incapacité de l’école républicaine française à apprendre correctement à lire, écrire et  compter à nos élèves. Aujourd’hui, Bonapartine se penche sur les disciplines dites d’éveil à l’école primaire. Qu’en retiennent nos enfants ? Quel est le niveau de culture général moyen de nos élèves en fin de C.M.2 ? (Chapitre A) Comment remédier aux constats inquiétants également dressés dans ce domaine ? (Chapitre B)

Que retiennent nos élèves de C.M.2 des enseignements reçus dans les disciplines dites "d’éveil" ? par Bonapartine.

Partie II / Chapitre A  

         Interrogeons-nous à présent sur le niveau de culture générale de nos élèves de fin de C.M.2.

Ce que je remarque désormais depuis quelques années, dans le cadre de mes interventions d’enseignement à domicile, c’est la dégradation significative du niveau de culture générale de nos élèves. Incontestablement, aujourd’hui, l’école de la République n’arme plus nos élèves d’une culture générale solide. Ce qui pénalise, rappelons-le chaque fois que nécessaire, avant tout et principalement les enfants issus des milieux sociaux les plus modestes. Et quand il arrive que nos élèves aient préservé ce que l’on pourrait appeler "des notions", celles-ci s’apparentent, en réalité, à de vagues souvenirs qui conduisent l’enfant à vous déclarer, par exemple, au sujet de Louis XIV, comme j’ai eu l’occasion de le vérifier l’année dernière : "Ah oui, çà me dit quelque chose". S’ils savent, dans la majorité des cas, associer Louis XIV au Château de Versailles, ils ne sont pour autant pas en mesure de vous préciser que Versailles se situe à quelques kilomètres seulement de Paris ou, plus simplement, ils sont désarmés à l’idée de devoir répondre à quelques questions simples : pourquoi dit-on de Louis XIV était un monarque absolu ? Quels étaient les principaux ordres de la société sous Louis XIV ? Ils ne s’en souviennent pas et/ou l’ignorent. Dans ces conditions, il ne faut donc plus s’étonner que nos élèves ne saisissent pas la portée considérable des bouleversements survenus lors de la Révolution française, notamment avec l’Abolition des privilèges (le 04 août 1789) et la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen (le 26 août 1789). Alors, quant à la Révocation de l’Edit de Nantes, autant vous dire que plus aucun élève de C.M.2, à quelques très rares exceptions près rencontrées non pas en grande banlieue mais au cours de mes vacances passées dans le Périgord Noir (Hautefort, Montignac, Le Bugue, Les Eyzies, Beynac, Sarlat, Castelnaud, Domme) où certains instituteurs semblent encore considérer que l’enseignement de l’Histoire de France mérite qu’on lui rende ses lettres de noblesse et non pas qu’on le considère comme une discipline anecdotique, n’est plus en mesure de vous dire, d’une simple phrase, que Louis XIV interdit dès lors aux Protestants de pratiquer leur religion.

           Pourtant et ce n’est pas le moins paradoxal, je rappelle ce que prévoient pour l’année scolaire 2010-2011, les Programmes officiels et objectifs à atteindre en Histoire et en fin de cycle 3 (C.M.2),  arrêtés par le ministre de l’Education nationale Luc Chatel, sachant que le programme susvisé est à étudier sur la période de trois ans que dure le cycle 3 (C.E.2, C.M.1, C.M.2) : 

        L’étude des questions suivantes permet aux élèves d’identifier et de caractériser simplement les grandes périodes qui seront étudiées au collège. Elle s’effectue dans l’ordre chronologique par l’usage du récit et l’observation de quelques documents patrimoniaux. Il ne s’agit donc, en aucune façon, de traiter dans tous leurs aspects les thèmes du programme, mais seulement de s’assurer que les élèves connaîtront les personnages ou les évènements représentatifs de chacune de ces périodes. Les évènements et les personnages indiqués ci-dessous constituent une liste de repères indispensables que le maître pourra compléter en fonction de ses choix pédagogiques. Jalons de l’histoire nationale, ils forment la base d’une culture commune. Ces repères s’articuleront avec ceux de l’histoire des arts.

   -  La Préhistoire 

Les premières traces de vie humaine, la maîtrise du fer et les débuts de l’agriculture, l’apparition de l’art.

L’homme de Tautavel il y a près de 500 000 ans ; Lascaux il y a 17 000 ans.

   - L’Antiquité 

Les Gaulois, la romanisation de la Gaule et la christianisation du monde gallo-romain.

Jules César et Vercingétorix ; 52 avant notre ère : Alésia.

 -   Le Moyen-Âge

Après les invasions, la naissance et le développement du royaume de France.

• Les relations entre seigneurs et paysans, le rôle de l’Eglise.

• Conflits et échanges en Méditerranée : les croisades, la découverte d’une autre civilisation, l’Islam

• La guerre de Cent Ans.

496 : baptême de Clovis ; 800 : couronnement de Charlemagne ; 987 : Hugues Capet, roi de France ; Saint Louis ; Jeanne d’Arc. 

- Les Temps Modernes 

Le temps des découvertes et des premiers empires coloniaux, la traite des Noirs et l’esclavage.

• La Renaissance : les arts, quelques découvertes scientifiques, catholiques et protestants.

• Louis XIV, un monarque absolu

• Les Lumières.

Gutenberg ; 1492 : Christophe Colomb en Amérique ; François Ier, Copernic, Galilée ; Henri IV et l’édit de Nantes ; Richelieu ; Louis XIV, Voltaire, Rousseau.

- La Révolution française

• La Révolution française et le Premier Empire : l’aspiration à la liberté, la Terreur, les grandes réformes de Napoléon Bonaparte.

• La France dans une Europe en expansion industrielle et urbaine : le temps du travail en usine, des progrès techniques, des colonies et de l’émigration.

• L’installation de la démocratie et de la République.

Louis XVI ; 14 juillet 1789 ; prise de la Bastille ; 26 août 1789 : Déclaration des droits de l’homme et du citoyen ; 21 septembre 1792 : proclamation de la République ; 1804 : Napoléon Ier, empereur des Français ; 1848 : suffrage universel masculin et abolition de l’esclavage ; 1882 : Jules Ferry et l’école gratuite, laïque et obligatoire ; Pasteur ; Marie Curie ; 1905 : loi de séparation des Eglises et de l’Etat.

  - Le XXe siècle et notre époque

La violence du XXe siècle : 

les deux conflits mondiaux ;

l’extermination des Juifs et des Tziganes par les nazis : un crime contre l’humanité 

La révolution scientifique et technologique, la société de consommation.

 • La Vème République ;

 • La construction européenne.

1916 : bataille de Verdun ; Clemenceau ; 11 novembre 1918 : armistice de la Grande Guerre ; 18 juin 1940 : appel du général de Gaulle ; Jean Moulin ; 8 mai 1945 : fin de la Seconde Guerre mondiale en Europe ; 1945 : droit de vote des femmes en France ; 1957 : traité de Rome ; 1958 : Charles de Gaulle et la fondation de la Ve République ; 1989 : chute du mur de Berlin ; 2002 : l’euro, monnaie européenne. »

[Qu’apprend-on à l’école élémentaire ? Préface de Luc Chatel / 2010- 2011 ; Les programmes officiels/ Pages n°76 à 79.] 

             Officiellement, en 2010, concernant l’enseignement de l’Histoire de France, il s’agissait "seulement de s’assurer que les élèves connaîtront les personnages ou les évènements représentatifs de chacune de ces périodes". Or, même si je n’interviens pas cette année auprès d’élèves de primaire mais essentiellement auprès d’élèves de 3ème dans le cadre de leur préparation aux épreuves du Brevet des Collèges ainsi qu’auprès de lycéens, je peux vous garantir que, depuis 10 ans, pas un seul enfant scolarisé en classe de C.M.2 n’a été en mesure de me parler, en quelques mots simples, de personnages clefs de l’Histoire de France tels que Vercingétorix, Clovis, Hugues Capet, Saint Louis, Jeanne d’Arc,      François Ier, Napoléon Bonaparte, Clemenceau, Jean Moulin, Charles de Gaulle. Pas un enfant n’a été davantage en mesure de retracer un, deux ou trois évènements marquants des époques que ces personnages ont représentées, faute le plus souvent d’être capables de situer à quelle époque ces personnages ont existé.

Et en reconsultant mes carnets de notes écrites personnelles, je m’aperçois que sur la période des sept dernières années, j’ai hélas également parfois rencontré des enfants et/ou adolescents, inscrits  le plus souvent certes en école publique mais également parfois en école privée, pour qui, en C.M.1 ou en C.M.2, la seule mention des noms de       "Clovis, Hugues Capet, François Ier, Henri IV, Copernic, Gutenberg, Jules Ferry, Marie-Curie, Clemenceau, Jean Moulin, Charles de Gaulle", n’évoquait absolument rien ! Une seule constante revient : le nom de "Charlemagne" n’est jamais inconnu des enfants mais ils ne sont pas pour autant en mesure de vous dire à quelle époque il a vécu. Et dans la suite logique de cet état de fait, personne ne sera donc surpris de constater que le mot "carolingien" n’évoque rien dans l’esprit des enfants. 

On pourrait penser que les exemples précédents qui mettent en lumière l’appauvrissement d’une culture générale de base, voire l’inculture notoire observée chez nos élèves, demeurent des exemples marginaux. Ce que dément, hélas, la réalité des faits. Ayez, chacun de vous, par exemple à l’occasion de chaque 11 novembre, la curiosité, comme je m’y emploie depuis des années, de poser la question suivante à notre jeunesse âgée de 10 à 18 ans : "Que commémore-t-on le 11 novembre ?" Vous verrez combien leur absence de réponses et davantage encore leurs réponses, quand ils en apportent, sont tristement édifiantes !

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           Le constat ainsi dressé est encore plus terrifiant dès qu’il s’agit de vérifier les connaissances de nos élèves, en fin de cycle III, en géographie.

                Aucun d’entre eux  n’est sérieusement en mesure de vous dire quels sont les grands types de paysages, de citer quelques régions et leurs particularités,  de situer sur une carte vierge quelques grandes villes du pays dans lequel l’immense majorité d’entre eux sont pourtant tous nés : la France. En revanche, ils savent vous dire que Paris est la capitale de la France, vous indiquer les bons coins de leur quartier où l’on peut manger au Mac’Donald ou au Quick ainsi que le numéro du bus à prendre pour s’y rendre, rien de plus ! Nous sommes en présence d’une jeune génération qui, même lorsque l’un des membres de sa famille est frappé par le chômage – ce qui est le cas dans de nombreuses familles françaises depuis environ trois ans - n’en demeure pas moins intoxiquée par la culture de la consommation désormais poussée à outrance et où chacun souhaite obtenir vite ce qu’il veut s’approprier et, si possible, en fournissant le moins d’effort possible.    

                  Dans cette société de consommation, le mot "culture" a été tellement galvaudé qu’il ne signifie plus rien. La culture française en particulier, européenne en général ont laissé place, dans l’esprit de nos enfants, à une "culture capitaliste" où seul le fric commande tout et où les repères éthiques semblent ne plus avoir aucun sens. En d’autres termes, les maux dont souffre notre école, maux que nous retrouverons de manière aigüe au niveau du collège et  sans doute à un moindre niveau au lycée français, sont d’abord ceux de l’effondrement général du modèle culturel occidental avant d’être ceux d’un effondrement qui se voudrait spécifique au modèle laïque français. Du moins,  telle est ma conviction. J’aurai, du reste, l’occasion de revenir sur ce sujet et de montrer comment, me semble-t-il, les revendications expansionnistes des partisans d’un islam radical à l’échelle planétaire, sont, à mon sens,  nées aussi de la prise de conscience par toute une partie du monde arabo-musulman que l’Occident en général et l’Europe en particulier étaient entrés depuis cinquante ans environ dans un cycle de perte de ses repères. De perte de tous ses repères, qu’ils soient d’ordre historique, spirituel ou religieux, philosophique, laïque et humaniste. A titre d’exemple, regardez autour de vous, écoutez les gens autour de vous : qui parle encore de nos valeurs judéo-chrétiennes ? Qui parle encore des discours fondateurs des philosophes du Siècle des Lumières, des principes républicains affirmés par la Révolution française de 1789 ? Qui, dans la France de 2011, parle encore des grandes lois de la Troisième République ? Qui parle encore des grandes avancées sociales du Front Populaire ? De celles de la Quatrième République ?

              Là-dessus, un phénomène très grave s’est greffé et s’observe de façon aigüe : chacun de nous peut aisément constater qu’une police de la pensée s’est insidieusement insérée dans tous les interstices du moindre débat public. Désormais, il est interdit de prononcer certains mots sans risquer de se voir qualifier de "néo-nazis", "fachos", "pétainistes" et autres noms d’oiseaux tous moins glorieux les uns que les autres.

                    Prenez l’exemple du mot "identité" qui a fait couler tellement d’encre depuis bientôt un an. Qu’est-ce que l’identité française si ce n’est d’abord et prioritairement apprendre à tous les enfants de France à connaître l’Histoire de France qui est aussi une histoire européenne ? Pourquoi la République française a-t-elle sciemment occulté depuis une quarantaine d’années cette partie de son héritage, laissant ainsi aux seules mains du Front National un quasi droit de propriété sur l’emploi du mot "identité" ?

           Malheureusement, une nation qui ne connaît plus de son passé, voire ne se préoccupe pas de le regarder en face est une nation sans avenir. Une nation vouée à l’échec parce qu’elle refuse, consciemment ou inconsciemment, de s’inscrire dans une perspective d’avenir : c’est bien connu, on ne construit jamais son avenir sur un amas de cendres que l’on choisirait de disperser au gré du vent pour faire table rase du passé, en laissant sottement croire à sa jeunesse qu’on pourrait d’un coup de baguette magique avancer sans s’être au préalable retourné sur le passé de la nation dont chacun de nous est une part de l’héritage, que l’on soit Français "de souche" ou d’immigration récente, né en France ou pas ! Et d’une certaine manière, c’est, à mon grand regret, ce que nous révèle, en 2011, le degré préoccupant d’ignorance de nos élèves français car l’école de la République n’apprend plus à ses enfants à observer, à aimer et à respecter les fondations de son patrimoine commun.

Bonapartine.

 

 

Rédigé par Gérard Brazon

Publié dans #Bonapartine

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island girl 18/02/2011 00:08



L'école publique est envahie par les immigrés de tous poils,ceux qui ont les moyens évitent d'y mettre leurs enfants...