Doriot, doriotistes, doriotisme : réponse au secrétaire général à vie de la Libre Pensée. Par Alain Rubin

Publié le 16 Novembre 2011

par Alain Rubin - de Riposte Laïque 

De petits délicats, tout dans la nuance, quand ils raisonnent et résonnent, reprennent l’élégant argument du secrétaire général à vie de ce qui fut, il y a déjà longtemps, la «Libre Pensée». Vous savez, c’était cet extraordinaire et puissant argument : « la Riposte Laïque, ce sont trois connards derrière un ordinateur (…) ils suivent le chemin de Doriot »
L’auteur de cette inoubliable et historique parole étant un être délicat, et aussi un grand modeste, - c’est d’ailleurs une de ses principales qualités -, je ne le nommerai pas. J’espère qu’il me saura gré d’avoir respecté son amour incommensurable pour l’action désintéressée et anonyme.

En haut, Jacques Doriot. En bas, Christian Eyschen, secrétaire général de la Libre Pensée…

Pour revenir à Doriot, -le « grand Jacques », l’homme du Bureau politique du PCF que le noyau dirigeant du comintern (Staline) envisageaient de mettre à la place de « Maurice » (Maurice Thorez), c’était un gaillard énergique, un puissant agitateur à la gouaille des faubourgs ouvriers.
Il émergera, avec son rôle de premier plan, avec l’action des Jeunesses communistes contre la guerre du Maroc (guerre du Rif), soutenant activement le mouvement armé mené par Abdelkrim. Ce dernier avait soulevé les tribus rifaines, afin de conquérir l’indépendance et l’unité du Maroc.
Quand le fascisme n’était plus seulement le régime gouvernemental de l’Italie du Duce, mais aussi un danger réel pour le mouvement ouvrier et pour les formations de la démocratie bourgeoise dans différents pays, Doriot s’opposa ouvertement à la politique stalinienne dite de la « troisième période » qui refusait l’unité d’action des partis ouvriers face au péril.
Cette « ligne générale », imposée par le centre moscovite aux différents PC, mettait alors un signe égal entre les formations attachées à la démocratie bourgeoise et les partis et groupes maniant le manche de pioche et le révolver contre les grévistes et les organisations ouvrières et aussi contre les organisations de la démocratie bourgeoise.
A l’opposé, Trotski s’emploiera à montrer qu’il fallait chaque fois distinguer entre le fascisme et la démocratie bourgeoise. Il expliquera longuement, qu’il fallait aussi savoir distinguer entre le «bonapartisme» et le fascisme.
Ce qui constituait l’essence, le résumé du fascisme, se ramenant au fait que celui-ci ne se déduisait pas de tel ou tel slogan traditionnel ou nouveau, xénophobe ou même raciste, mais de ce qu’il était un instrument de domestication voire d’extermination du mouvement ouvrier indépendant de l’Etat.
Le fascisme n’était pas un gouvernement policier, mais Etat totalitaire, une forme politique ne supportant aucune organisation ou association, politique, caritative, religieuse, syndicale, qui ne soit pas domestiquée par son appareil d’Etat, et, en quelque sorte, militarisée par celui-ci. Le Chef, le guide, le Duce, le Führer, étant l’étiquette déclinée, pour un contenu de même nature.

Les partis communistes officiels, dont la stratégie procédait de l’appareil central moscovite, refusaient alors de voir la différence entre la liberté d’organisation et la militarisation des syndicats devenant l’appendice « ouvrier » du chef. Ils poussaient ce refus de voir la différence en affublant toutes les formations, autres qu’eux, de la caractérisation injurieuse, de « fasciste ». Tout le monde se trouvait être devenu « fasciste »… les réformistes, les social-démocrates de toutes nuances étaient déclarés être des « sociaux-fascistes ».
Les plus « fascistes », et les plus redoutables parmi les « sociaux-fascistes », étant les hommes et les femmes, les groupes et partis, se réclamant du marxisme mais refusant de prendre leurs ordres à Moscou, du côté de chez le géorgien.

Le mérite politique réel de Doriot fut, précisément, d’être un des rares, parmi les hauts cadres du comintern, à s’opposer ouvertement, au quotidien, à cette politique qui livra la classe ouvrière et tout le peuple allemand à la dictature hitlérienne, qui prépara le pacte germano soviétique dont est directement sorti l’attaque et le dépeçage de la Pologne, c’est-à-dire le second conflit mondial.
On l’a oublié aujourd’hui : la seconde guerre mondiale à eu deux parrains l’exterminateur Hitler et le satrape despotique absolu du Kremlin

Le rayon de Saint Denis du PCF, (nom donné aux directions départementales communistes à cette époque. Note de Gérard Brazon) rayon prolétarien s’il en était, suivi Doriot dans sa quasi totalité, avec ses cadres et sa base ouvrière locale. Paul Marion fut un de ceux là. Il accompagna jusqu’au bout l’aventure doriotiste.

Pendant toute une période, le grand Jacques (Il était surnommait ainsi parce qu'il était grand pour les hommes de cette époque. Note de GB) essaya de mettre en route une active politique visant à promouvoir le « front unique ouvrier », entre les ouvriers des deux partis structurant le mouvement ouvrier ainsi qu’entre les adhérents de base et les organisations des deux CGT (la CGT majoritaire « réformiste » et la CGT-U qui avait quitté la CGT pour mettre en œuvre les orientations et les décisions de l’internationale syndicale rouge-Profintern).
Les amis de Trotski suivirent tout cela avec attention et intérêt. Saint-Denis était devenu comme une petite « Mecque » des courants, des groupes et des individus qui cherchaient à faire prévaloir le Front unique contre la politique de division fanatique du stalinisme, qualifiant de « fascistes » ou « sociaux-fascistes », les sociaux-démocrates de toutes nuances et les syndicalistes non inféodés à l’appareil stalinisé.
Rapidement, la "Mecque" du front unique contre la politique de division criminelle évolua. Doriot fut approché, il accepta ces relations nouvelles avec des hommes d’un secteur du patronat qui cherchait une espèce de « duce » français.
Le groupe Doriot et le rayon de Saint-Denis devinrent le PPF, le parti populaire français.

Ouvrons ici une parenthèse. Même si des nationalistes ou des truands algériens se retrouveront dans les rangs du nazisme armé, notamment dans la gestapo françaises de Bonny-Lafond, si d’autres devinrent Waffen SS ou membre de la « légion nord-africaine, et qu’il y eut peut-être des relations liées au PPF qui favorisèrent cela, en sus de l’influence des émissaires du mufti Husseini, cela n’avait rien à voir avec la politique de Messali Hadj. Cela ne fut pas le résultat de l’activité du PPA. Le parti du peuple algérien n’ayant rien de commun avec le fascisme et le nazisme.
Au contraire, Messali soutenu par l’immense majorité des cadres du PPA refusera les travaux d’approche qui voulaient en faire une figure du combat contre un impérialisme (le français), au profit d’un autre, - celui auquel s’était rattaché le nationalisme irako-syro-palestinien derrière le mufti Husseini -, l’impérialisme hitlérien.
Si l’évolution rapide de Doriot le mena vers des conceptions qui, en fin de compte, ne constituaient pas une véritable rupture avec la réalité quotidienne de la dictature de Staline, le nationalisme algérien de Messali poursuivait, avec des contradictions, sur un autre chemin, celui de la démocratie politique constituant une nation algérienne souveraine.

En évoluant vers le césarisme, puis vers le soutient actif à l’aventure national-socialiste, Doriot ne réalisait pas une rupture à 100% avec ce qu’était la « construction socialistes dans un seul pays ». Il se débarrassait seulement du double langage staliniste. Il disait seulement sa vérité. Il dira sa vérité totalitaire, policière, fasciste, comme après 1991, la majorité de la bureaucratie « soviétique », -en privatisant au moyen des « vouchers », lui permettant de déposséder la classe ouvrière et la société-, dira la vérité du prétendu socialisme réel, la réalité spoliatrice du prétendu socialisme en un seul pays.

N’étant pas surtout pas un doctrinaire, Doriot mit la main à la pâte. Il fut un des premiers à être des volontaires français contre le bolchevisme. La LVF devint son terrain d’action, dans le combat armé contre l’armée rouge et les partisans. Mais toujours incontrôlable, il fut tué par un tir d’avion. Certains ont dit que l’avion ennemi n’était, en réalité, qu’un canon d’une arme allemande réalisant ce qu’on appelle aujourd’hui un contrat de ses alliés et chefs, le trouvant encombrant.
Pour conclure, nous dirons que le gugusse, -qui se fait plaisir en se raclant la gorge en guise de discours, en traitant la « riposte laïque» d’être « trois connards de doriotistes derrière un ordinateur-, outre une finesse d’esprit exceptionnelle et un tact qui resteront dans l’histoire, comme le préfet Poubelle y est lui aussi entré, illustre une ignorance crasse ainsi qu’un rare mépris pour les faits.
Ce faisant, l’homme esquisse lui aussi une rupture : partant du mouvement qui sortira difficilement de la troisième internationale pour se diriger vers le mouvement pour la Quatrième internationale et la Quatrième internationale, en voulant se fonder sur le libre débat et le programme de la démocratie ouvrière, il remonte… il remonte en sens inverse et veut faire retourner le mouvement ouvrier et démocratique vers ce qui fut cette école sans égale, toute de violence et de calomnies ; cette école politique que Trotski qualifia de cadavre empuantissant toute la société, et de syphilis du mouvement ouvrier.
Il est évident que les trois connards persisteront à défendre, contre vents et marées la démocratie politique, le syndicalisme ouvrier libre des partis et indépendant de l’Etat et des employeurs, les conquêtes sociales, et le principe républicain qui affirme : que s’il « n’est pas de devoir sans droit, il n’y a pas non plus de Droit sans Devoir ! » Doriotisme, le principe républicain?
Si c’est être « doriotiste », alors tout le mouvement ouvrier, celui des pionniers était des doriotistes avant que Doriot existe, des « doriotistes » qui s’ignoraient… on voit à quelles absurdités mène une forme de fanatisme grotesque.
Alain Rubin

Rédigé par Gérard Brazon

Publié dans #Histoire de France

Commenter cet article

de beauregard 16/11/2011 20:15



Je ne m'étendrais pas sur votre prose, mais simplement, je vous demande si vous respectez la mentalité française car c'est "la mise au point" la plus importante à prendre en considération.


Si vous êtes d'accord, je peux vous aider, il suffit de m'en informer.


Cordialement,


EVELYNE A. GOSSE