Drogues: réalités et propagandes – par Xavier RAUFER

Publié le 27 Juin 2012

Publié par legaulois.info

 

“Il y a idéologie, disait jadis le philosophe marxiste Louis Althusser, quand les réponses précèdent les questions.” La formule vient droit à l’esprit quand on lit de récents articles consacrés aux stupéfiants, notamment celui publié par Le Monde du 1er juin, titré “Drogues : la consommation des jeunes à la hausse”.

Car vraiment, cette “hausse” est-elle un fait établi ? Un motif réel d’alarme ? Non : plutôt, le fort idéologique manifeste du lobby du travail social, doublé d’une volonté de démolir les acquis passés en matière de lutte contre les drogues et la toxicomanie.

La “réponse qui précède” est celle-ci : il faut dépénaliser, puis légaliser l’usage du cannabis. Les sondages réalisés depuis 2010 montrent que la population y est hostile, sauf les “bourgeois-bohêmes” (bobos) des centres-ville – mais qu’importe : l’extrême gauche et les travailleurs sociaux du secteur y sont favorables : donc, il le faut.

Mais d’abord : de quoi parle la propagande précitée ? Même si on lit “drogues” dans le titre, c’est en fait tout autre chose qui augmente – indéniablement – chez les jeunes : l’usage de “substances psychoactives”.

Or celles-ci sont de deux ordres : légales (alcool, tabac, café, thé… chocolat disent même certains) ; ou illicites (héroïne, cocaïne, cannabis, drogues chimiques, etc.), tous les États et instances internationales ayant interdit depuis un siècle la fabrication, le commerce et l’usage de ces poisons socialement dangereux.

Notons d’abord qu’initiée dans l’aire scandinave, l’enquête ESPAD motivant l’article en cause souffre de deux sérieux biais :

- Fort moralisme protestant, (l’étude s’intitule “European school survey project on alcohol and other drugs”, ce qui indique son orientation).

- Considération exclusive des risques sanitaires et oubli absolu de tout aspect criminel. L’héroïne et l’armagnac, la cocaïne et la Kronenbourg, le cannabis hyperpuissant nommé skunk et la Gauloise, tous dans le même sac : c’est vrai pour la santé, mais absurde en matière de sécurité.

Rappelons ici que le marché mondial annuel des stupéfiants – aux mains du seul crime organisé – est estimé par l’ONU à quelque 320 milliards de dollars ; que des “narco-guerres” ont provoqué 50 000 homicides entre Mexique et Amérique centrale ces cinq dernières années. Enfin, les superpuissances mondiales de la drogue (mafias, cartels, etc.) sont aujourd’hui si dangereuses qu’elles inquiètent désormais bien plus les états-majors des grandes puissances qu’un terrorisme jihadi à l’agonie.

Bien sûr, rien d’équivalent pour les substances psychoactives licites, tabac et alcool : là, le problème (grave, répétons-le) n’est que d’ordre médical. Mais dans ces écrits idéologiques, il y a pire que l’oubli du crime : on y pratique aussi la dissimulation intéressée des récentes évolutions planétaires, dans les trafics et l’usage des stupéfiants. Nous distinguerons ici les narcotiques “traditionnels” (cannabis, héroïne, cocaïne), des nouvelles drogues de synthèse. Depuis environ 2008, l’usage des stupéfiants “classiques” stagne ou baisse dans nombre des grands pays développés – surtout là où naguère, on en consommait le plus. Une nouvelle énorme, car dans ces pays, l’augmentation était continue depuis un demi-siècle !

Cela, l’Office européen des drogues et de la toxicomanie (OEDT), l’ONU-Drogue et Crime, le signalent dans tous leurs rapports depuis 2010 :

- OEDT 2011 : cocaïne, baisse de la consommation “dans l’année passée” en Espagne, Italie, Danemark, Grande-Bretagne – la première annoncée par l’OEDT depuis sa création, en 1995 ! Idem (ONUDC) aux États-Unis, en Australie et au Canada, où l’on signale “une stabilisation ou un déclin”. Usage de la cocaïne aux États-Unis (National Survey on Drug Use and Health) : moins 37 % de 2006 à 2010, et stagnation pour l’ecstasy et les amphétamines (drogues chimiques).

- Grande-Bretagne (National Health Service), 16/24 ans ayant consommé une fois ou plus des drogues illicites : moins 30 % de 2006 à 2010.

- Belgique : usage de cocaïne dans le “monde de la nuit” (boîtes, etc.) : 17 % de l’échantillon en 2001, 13 % en 2009.

Tel est le contexte international du narcotrafic, bien sûr déterminant – la mondialisation du crime et des trafics étant aveuglante (sauf peut-être pour certains autistes-idéologues…). On constate en revanche une inégale augmentation de l’usage de drogues de synthèse (chimiques), encore mal comprise et mal évaluée – avec un souci spécial en Europe de l’Est, où elle paraît massive. Ajoutons à cela un usage croissant de médicaments licites (antidouleurs, anxiolytiques), dans un but d’intoxication.

La France et le cannabis, maintenant : son usage croît-il comme le titre Le Monde ? Pas vraiment :

- Il y a stagnation chez les collégiens de 15-16 ans, où l’usage (le mois précédent l’enquête) est analogue à celui de 2003, après une baisse mal expliquée de 2003 à 2007.

- En revanche une enquête (Escapad) chez les 17 ans, faite en 2011 sur un échantillon de 32 249 ados, montre une diminution des “fumeurs réguliers” : 12,3 % de l’échantillon en 2002, 6,5 % en 2011. Cette étude Escapad/17 ans signale aussi un recul du nombre des ados ayant consommé “une fois” cannabis, cocaïne, ecstasy ou amphétamines. Progrès, en revanche de l’usage en France de ces drogues chez les toxicomanes adultes, ce dès 25 ans.

Dans un but idéologique – pousser à la légalisation du cannabis -, voici ce que dissimule l’article précité. Informe-t-on ainsi le public ? Non bien sûr. Mais de tels camouflages ont des conséquences plus graves encore. Car même la seule stagnation, même chez les seuls jeunes, du trafic mondial de l’héroïne, de la cocaïne et du cannabis, ne manquera assurément pas de provoquer une massive et globale réorientation criminelle vers d’autres trafics et industries illicites. 

Négliger cette réorientation par pure idéologie, c’est aveugler les acteurs de la sécurité globale : ignorant les trafics nouveaux, ils prépareront de ce fait la guerre d’hier et non celle de demain.

Rédigé par Gérard Brazon

Publié dans #Faits Divers- Sociétés

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