Du devoir d’exemplarité par Chantal Del sol de Valeurs Actuelles

Publié le 12 Juin 2011

Chantal Delsol

On se demande si nos gouvernants ont encore conscience de devoir donner l’exemple. L’idée même de "donner l’exemple" est une notion ringarde.

C’est indigne de l’individualisme ambiant. La publicité souffle à tout propos que chacun doit "être soi-même", ce qui ne signifie pas grand-chose, sinon une démagogie de bazar.
On a honte, ou plutôt on devrait avoir honte d’imiter un autre. Inversement un personnage en vue a bien peur qu’on le prenne pour modèle : quel frein ce serait à sa liberté ! qu’on le laisse plutôt mener sa vie privée comme il l’entend, sans le juger surtout.
L’exemplarité remet en question l’égalité : injure ! L’effacement de ce que les Romains appelaient les exempla marque le délitement des liens entre les hommes et surtout un esprit d’égalité si excessif qu’il prend chacun pour son propre modèle. Rien de plus fallacieux. Si l’admiration est repoussée ou pour ainsi dire interdite, elle resurgira sous d’autres aspects. Quand on se sera convaincu que le gouvernant sans probité n’a rien d’admirable, on admirera les biceps du footballeur. L’enfant le premier a besoin d’imiter des figures enviables d’adultes. Mais nous autres adultes cherchons aussi des figures traçant l’image de ce que nous voudrions être.
Nous ne pouvons tout inventer. Nous ne sommes pas autosuffisants, ni en ce qui concerne les références ni d’ailleurs en rien d’autre. Et tout ce qui s’étale en public sert, même malgré soi, de repère. Les starlettes anorexiques ont engendré des générations de jeunes filles anorexiques. Un personnage connu qui manque de respect à ses semblables suscitera d’abord cette idée qu’il s’agit là d’audace, de franchise, de lucidité, ou tout autre chose que le manque de respect. C’est-à-dire que son seul comportement peut renverser les critères. Ceux qui sont en vue sont admirés pour leur réussite, leur autorité, leur manière de vivre. Leur conduite tout naturellement vient avec. S’ils commettent un délit, il arrive bien souvent que le délit en sorte moins grave. Autrement dit, ceux qui possèdent l’autorité ont aussi du pouvoir sur la définition du bien et du mal. Pouvoir très grave. On a tort de juger la chose frivole, de prétendre que le personnage d’autorité a bien le droit d’être libre, et qu’il suffit de ne pas le regarder. Qu’il le veuille ou non, il n’est pas libre, parce qu’il est regardé, donc forcément plus ou moins imité. Et si les foules applaudissent un satyre de chambre d’hôtel, si les bulletins de vote se rejoignent sur son nom, si les assemblées internationales l’écoutent avec admiration, alors un jeune citoyen ne va-t-il pas en inférer, d’un raisonnement certes linéaire mais courant, qu’il n’y a donc aucun mal à être un satyre de chambre d’hôtel, voire, que cela permet de réussir… Voilà pourquoi on a raison de penser que le gouvernant se doit d’être irréprochable.
Cela signifierait qu’une fonction importante appelle une responsabilité du même acabit. Mais plus encore que la responsabilité du travail fourni, en termes de prise en charge des conséquences. Une responsabilité du comportement personnel, sans rapport avec la fonction elle-même, juste en fonction de la visibilité. Devoir ainsi répondre de ses actes est insupportable à notre contemporain qui, lorsqu’il est en vue, veut bien en profiter pour donner des leçons de morale à ceux qui l’écoutent mais pas pour se conduire correctement devant les mêmes qui le regardent. Il entend plutôt profiter de sa fonction et de tous les avantages annexes. C’est pourquoi d’ailleurs il s’accroche au pouvoir comme un morpion.
Le jour où l’on verra des politiques laisser volontairement leur charge, ce sera bon signe : cela voudra dire que les responsabilités leur pèsent davantage que les droits ne leur rapportent. Nous n’en sommes pas là. Tout au contraire, nous avons trop de gouvernants qui utilisent avec excès, comme des enfants lâchés dans le palais de dame Tartine, les avantages offerts par le pouvoir – point n’est besoin de faire un dessin ni de citer des cas concrets, que tout le monde a en tête.
Quand le citoyen méprise le gouvernant, l’un et l’autre se placent déjà en situation de dictature. Car la démocratie ne tient que sur le respect réciproque des gouvernés et des gouvernants. Seules les dictatures n’ont pas besoin de ce respect, puisqu’elles gouvernent par la force. Aussi le vote ne doit-il pas chercher seulement la compétence mais aussi la probité.
Paru dans Valeurs actuelles, 19 mai 2011

 

 

Rédigé par Gérard Brazon

Publié dans #Politique Française

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L'En Saignant. 12/06/2011 12:39



CONCLUSION: Ces VALEURS ne sont plus ACTUELLES .... Hélas ...!