Pierre Perret n'est plus en odeur de sainteté à gauche ?

Publié le 12 Mars 2011

Accusé de mensonge par le Nouvel Obs, Pierre Perret riposte

"A Pierre Perret avec des années de retard et mes cordialités, Paul Léautaud": la pièce à conviction.  

LEXPRESS.fr

La bataille judiciaire, prévue les 22 et 23 mars, entre le chanteur et Le Nouvel Observateur s'annonce saignante. De ses rencontres - réelles? - avec l'écrivain Paul Léautaud à son amitié - trahie? - avec Georges Brassens, c'est toute sa carrière qui va défiler à la barre. L'Express verse une pièce inédite au dossier.

 

A vrai dire, on n'y croyait plus. Depuis près de quarante ans, Pierre Perret jurait que Paul Léautaud lui avait dédicacé l'un de ses ouvrages. La scène se serait passée à l'occasion d'une visite du chanteur à l'ermite de Fontenay-aux-Roses, dans son capharnaüm envahi de chats. Mais on n'avait jamais vu la chose. Ni dans son petit livre, Adieu monsieur Léautaud (Julliard), paru en 1972, où il relatait ses longues conversations avec l'écrivain. Ni après un article au vitriol du Nouvel Observateur, en janvier 2009, qui accusait pourtant sans détour: "Perret n'a jamais rencontré Léautaud." Le chanteur avait hurlé au complot, poursuivi l'hebdomadaire en justice - le procès va se tenir les 22 et 23 mars prochains. Mais toujours pas la moindre dédicace à l'horizon. 

Aussi, lorsque l'on croise l'artiste, fin février, entre deux galas à Dinan et Saint-Chamond, n'a-t-on qu'une question à la bouche: et cette fameuse dédicace? Pour toute réponse, le chantre desJolies Colonies de vacances, 76 ans, bon pied bon oeil, s'installe à la table de l'un de ses avocats, ouvre sa sacoche, en extrait un objet protégé par un plastique, enlève délicatement l'élastique qui l'entoure et sort un exemplaire des fameux Entretiens avec Robert Mallet, de Paul Léautaud, parus chez Gallimard, en 1951. 

Accusé de mensonge par le Nouvel Obs, Pierre Perret riposte

Pierre Perret, le 12 novembre 2003, au Casino de Paris.  

AFP/PIERRE-FRANCK COLOMBIER

On ouvre et on découvre ceci, tracé à l'encre noire un peu passée: "A Pierre Perret, avec des années de retard et mes cordialités. P. Léautaud. Le jeudi 26 août 1954" (voir document ci-dessus). Tout "léautaldien" reconnaîtra la petite écriture régulière de l'Alceste de Fontenay-aux-Roses. "Il me l'a faite chez lui, à la plume d'oie. Regardez, il m'a même corrigé, à la main, une phrase fautive, à la page 351", commente Perret. 

Une "preuve ADN"

Dans une affaire criminelle, on parlerait presque de "preuve ADN". Pierre Perret le sait bien qui, avec la méticulosité d'un médecin légiste, remballe délicatement la pièce à conviction dans ses habits de plastique. Car, devant la 17e chambre correctionnelle du tribunal de grande instance de Paris, au soir d'un demi-siècle de music-hall, face à la journaliste Sophie Delassein, qui l'a traité de "menteur" et d'"imposteur", c'est son honneur qu'il va jouer. Lui qui avait résisté aux fans déchaînés des Rolling Stones, dont il avait assuré la première partie, à l'Olympia, en 1964, semble ébranlé. Ce qui donne, en Perret dans le texte: "En cinquante piges, je n'avais jamais pris un tel seau d'immondices sur la cafetière." 

Au coeur des débats, donc, les relations entre l'auteur du Zizi et Paul Léautaud. C'est la scène originelle, maintes fois racontée, de la carrière du petit saxophoniste de Castelsarrasin monté à Paris à 18 ans pour effectuer son service militaire. "Je l'admirais éperdument et, un peu inconscient, j'ai décidé, moi, jouvenceau inconnu, d'aller taper à sa porte, raconte donc une nouvelle fois Perret. Il m'a reçu en bougonnant, m'a d'abord claqué la porte au nez, puis m'a rattrapé dans les escaliers. Nous avons parlé tout l'après-midi, au milieu de ses chats, dans sa maison poussiéreuse. Il y avait aussi Guenette, sa guenon. Il m'a conseillé de lire Voltaire, Diderot, Stendhal. J'étais émerveillé. Après cette première rencontre, je suis retourné le voir plusieurs fois." 

Accusé de mensonge par le Nouvel Obs, Pierre Perret riposte

Paul Léautaud venant de se voir refuser l'entrée d'une réception à l'Académie Française à Paris le 4 juin 1953, en raison de son laisser-aller vestimentaire.  

AFP

Mais pourquoi cette fascination pour Léautaud (1872-1956), qu'on ne lit plus guère aujourd'hui (et on a grand tort, Le Petit Ami et Passe-Temps étant des merveilles de liberté de ton...)?  

Pour comprendre, il faut revenir au début des années 1950: à une époque où la télévision était quasiment inexistante, l'écrivain aux chats a littéralement tenu la France en haleine, en 1951, lors de ses entretiens radiophoniques avec Robert Mallet. Ses piques, son rire irrésistible - "Ohohohohoh!", ses coups de canne - "Tonk! Tonk! Tonk!" - ont fait de ce styliste déguisé en clochard une véritable star. 

"Se prévaloir de relations avec Léautaud a donné à Pierre Perret une aura littéraire, tant auprès du public que de Georges Brassens, dont il s'est rapproché à cette époque, assure Sophie Delassein, bien décidée à en découdre avec l'auteur de Mon p'tit loup, avant d'ajouter: mais s'il l'a vraiment rencontré, comment se fait-il que son nom ne soit jamais mentionné dans le Journal littéraire de Léautaud?" 

Je n'étais qu'un jeune inconnu pour lui, pourquoi m'aurait-il mentionné? 

Bonne question. Ce Journalest un monument de 19 volumes, 6000 pages savoureuses plongeant dans la vie littéraire du XXe siècle - on y croise Apollinaire, Valéry et Gide - où affleure la solitude d'un homme qui préfère les chats aux enfants, la bougie à l'électricité et, plus que tout, son indépendance d'esprit aux conventions. Mais, en effet, pas la moindre trace de "Perret (Pierre)" dans l'index. "Je n'étais qu'un jeune inconnu pour lui, pourquoi m'aurait-il mentionné?" avance l'auteur de La Cage aux oiseaux

"Vous savez, je suis allé voir assez souvent Léautaud à Fontenay entre 1951 et 1953, j'y ai croisé sa grande amie, Marie Dormoy, j'en ai tiré des articles, il m'a envoyé quelques lettres, mais mon nom n'est pas cité non plus dans son Journal, observe Christian Millau, qui fut un redoutable chroniqueur littéraire, avant de fonder le Gault&Millau, et devrait témoigner au procès à la demande de Perret. J'apportais des bananes à Guenette. Un jour, j'avais même traîné Léautaud au cocktail de lancement d'un nouvel hebdomadaire, La Parisienne. On l'avait installé entre deux starlettes sexy, il était aux anges. Mais pas un mot de cela dans son Journal." 

Il est vrai que le Journal des années 1953 à 1956 - Léautaud s'éteint en février de cette année-là - période où Perret dit l'avoir fréquenté, demeure assez lacunaire. L'année 1953 ne compte que 38 entrées (une partie du manuscrit ayant été volée), l'année 1954 en totalise 52 et l'année 1955 à peine une centaine. 

Une grille rouillée ou un portail en bois?

Certains exégètes léautaldiens ont néanmoins pointé des invraisemblances dans les récits de Pierre Perret. Comment se fait-il que, dans ses souvenirs, le chanteur évoque la "grille recouverte de rouille" de la maison de Fontenay, fin août 1954, alors que celle-ci avait été remplacée par un portail en bois peu auparavant? "Mea culpa, je me suis embrouillé sur les dates, s'excuse aujourd'hui le chanteur. J'ai toujours dit que j'avais fait la connaissance de M. Léautaud avant mon incorporation à l'armée et me fondais sur la dédicace qu'il m'avait faite le 26 août 1954. Or, un article du Figaro a établi depuis que j'étais devenu soldat en novembre 1953." A cette date-là, en effet, l'antédiluvien portail en métal existait encore au 24, de la rue Guérard... 

Ce n'est pas tout: les magistrats vont aussi devoir jouer les médecins. Car il est un autre épisode fameux contesté par Le Nouvel Obs: la tournée des librairies du Quartier latin qu'auraient effectuée Léautaud et Perret un après-midi. "Un jour, je lui avais avoué avoir payé 400 francs de l'époque un volume des Contes de Voltaire, raconte le chanteur. Il a hurlé: 'Mais vous êtes fou! Vous n'y connaissez rien! La semaine prochaine, nous allons nous retrouver à la gare du Luxembourg et je vous aiderai à acheter des livres!' Ce jour-là, nous avons écumé une dizaine de librairies. Dans la rue, les gens se retournaient sur son passage, tant sa dégaine était particulière." 

Le réalisateur Pascal Thomas - Les Maris, les femmes, les amants- grand bibliophile léautaldien, a toujours manifesté son scepticisme à propos de cette promenade. "Impensable", a surenchéri Le Nouvel Obs, "l'écrivain, diminué, ne sortant plus guère" à cette époque. Une lecture attentive du Journal littérairesuggère pourtant le contraire: en 1953, sur les 38 jours où il prend des notes, Léautaud est allé neuf fois à Paris, souvent pour y écumer les librairies; en 1954, il s'y est rendu quatre fois sur 52 "entrées" du Journal, même si deux pertes d'équilibre le long des quais, cet été-là, le contraindront à espacer ses sorties; le 23 avril 1955, pourtant, il prend encore le bus pour Paris, rageant d'être appelé "Pépère" par le conducteur, ce qui ne l'empêche pas de s'acheter dix (!) éclairs au café. "Pour me régaler après chaque repas", confiera-t-il à son cher Journal... 

Mais posséder un livre dédicacé suffit-il à prouver que l'on a connu son auteur? 

On le voit, au milieu de ces chicanes autour de portails en bois et d'escapades parisiennes, la fameuse dédicace du 6 août 1954 pourrait peser lourd. "Mais posséder un livre dédicacé suffit-il à prouver que l'on a connu son auteur?" interroge Me Didier Leick, défenseur du Nouvel Observateur. Certes, peut-être pas. Mais Léautaud n'était pas homme à perdre son temps à des séances de dédicaces dans un Salon du livre de province... Après tout, peut-être Pierre Perret a-t-il rencontré Léautaud une poignée de fois et a-t-il eu tendance à en rajouter pour embellir la légende? "Le Nouvel Observateur a écrit qu'il ne l'a jamais vu! tonne Me Szpiner, qui défend le chanteur, aux côtés de Mes Barberine Martinet de Douhet et Pierre Cristiani. Je suis curieux de savoir comment on prouve que deux personnes ne se sont jamais croisées il y a cinquante-cinq ans..." 

"Tout au long de sa vie, Pierre Perret a voulu se faire passer pour ce qu'il n'était pas, rétorque Sophie Delassein. Cela a fini par lasser dans le milieu de la chanson." Nous voilà dans la deuxième dimension de ce procès, qui pourrait bien se révéler saignante: à en croire Le Nouvel Obs, Pierre Perret serait un chanteur "amer" qui, derrière le joyeux drille du Plombier, "recyclerait sans vergogne" les textes des autres, citant notamment un vers du poète Garcia Lorca, qui se retrouvait, à peine modifié, dans sa chanson Blanche - un "emprunt" pour lequel le chanteur s'était déjà excusé dans un livre, en 1989. 

"Avec Léautaud, Brassens était ma seconde idole"

Et puis il y a le chapitre ultra-sensible des relations avec Georges Brassens. "Avec Léautaud, Brassens était ma seconde idole, soupire Perret. Je l'ai connu alors que j'avais 16 ans. J'ai passé beaucoup de temps avec lui et lui rendais souvent visite impasse Florimont. Mais c'est vrai, peu à peu, nos liens se sont distendus. J'ai eu l'impression diffuse que mon succès l'avait un peu défrisé. Et je l'ai dit. Cela n'a peut-être pas plu à tout le monde." AuNouvel Obs, on lève les yeux au ciel: "Brassens jaloux de Perret? Qui va croire cela?" 

C'est que le monde des icônes de la chanson française ne ressemble pas vraiment à l'un de ces bons vieux Grand Echiquier, où l'on se tape tous dans le dos en éclatant d'un grand rire. On découvre des jalousies maladives, des haines recuites et des rivalités de gardiens du temple: entre l'entourage de Brassens et Pierre Perret, les couteaux sont désormais tirés. "Maxime le Forestier et Guy Béart ont jeté de l'huile sur le feu", croit même savoir un initié. Pour le procès, Le Nouvel Obspromet des témoins surprises, qui pourraient, selon l'hedomadaire, à leur tour "défriser" l'auteur de Lily. On le voit, l'ambiance promet d'être loin, très loin, des Copains d'abord... 

"Je suis curieux de voir qui seront ces fameux témoins", s'interroge Pierre Perret. On en connaît au moins un qui ne viendra pas à la barre, à coup sûr. Mais on ne jurerait pas que, du fond de sa tombe, à deux pas de Fontenay-aux-Roses, alors que juges et avocats s'étriperont autour d'une vieille grille rouillée, il ne partira pas de l'un de ses irrésistibles gloussements: "Ohohohohoh!"

Rédigé par Gérard Brazon

Publié dans #Point de vue

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MASCARA83 13/03/2011 08:19



Bonjour à toutes et tous,


Voilà 2 parti de "faux-culs" qui n'ont plus rien à offrir car en 30 ans ils ont vidé les caisses du peuple Français ! Alors, pour détourner les projecteurs de la montée de Marine Le Pen, ils
s'attaquent à notre sympathique chanteur. Lorsque Pierre PERRET à sorti entre autre + chansons à succès, notamment: ouvrez la cage aux oiseaux et que dans bcp de familles les enfants se sont
régalés de le faire, aucun parent n'a intenté un procès à notre GRAND CHANTEUR, rigolot!  Pourtant, ils avaient perdu des "plumes" car certains de leurs volatils étaient rares et chers...


Un proverbe Espagnol dit que: lorsque le diable n'a rien à foutre, avec sa queue il chasse les mouches!!!!  et c'est ce à quoi, nous assistons de + en plus dans notre pays!  quelle
honte.......... et courage à Pierre PERRET  !!!


Mascara83



island girl 12/03/2011 12:44



Pierre Perret plus en odeur de sainteté à gauche!


sainteté! Pierre Perret??hi! hi!


Je suis sure qu'il s'en bat l'oeil...car "gauche" est aujourd'hui synonyme de faux culs.



Christian 12/03/2011 11:54



Bonjour Gérard et bonjour à toutes et tous.


Quelle misére de voir que l'on ose s'attaquer à Pierre Perret...... ces journaleux feraient mieux de s'attaquer aux rapeurs qui vomissent leurs haines sur des bruits saccadés qui ne sont que de
la bouillie débile !!!!!


Pour la personne qui a des problémes de vision à la lecture sur ce site la solution est simple utiliser FIREFOX comme navigateur et maintenir la touche CTRL et cliquer sur le + du clavier ce qui
permet de grossir les lettres et de ce fait facilite la lecture. Pour revenir à la lecture simple la même touche CTRL et le signe - voilà.


Encore merci Gérard je n'écris pas souvent mais je lis tous tes articles et je les relaie partout et notre cercle grandit de jour en jour.


Amitiés du Vigilant du Nord de MA FRANCE


 



DEBAERE JEAN CLAUDE 12/03/2011 11:21



Bonjour,


Je suis un fidèle lecteur de vos articles et ceux que vous publiez sur votre blog.


J'y adhère, je suis convaincu que plus on informe, plus on avance.


J'ai souvent beaucoup de difficultés à lire car le lettrage est parfois peu contrasté, parfois trop petit, parfois la page est mordue sur la marge etc...


Alors de grace, pouvez vous amèliorer celà pour les gens comme moi qui ont des problèmes de vision.


Merci et bien à vous.