Economie/Finance: Grandeur et dégringolade - Par Nancy Verdier

Publié le 13 Septembre 2011

Par Nancy Verdier

Ce matin 12 septembre 2011, les marchées boursiers s’effondrent (moins 4,7% pour le Cac 40 qui passe largement sous la barre des 3000 points) et les valeurs bancaires françaises en particulier et européennes chutent encore davantage.

Que se passe-t-il ? La Bourse réagit en  repli parce qu’elle n’a plus confiance. Le signal est sévère. La Grèce vient d’annoncer qu’elle n’arrivera ni  à combler sa dette ni  à honorer tous les prêts qui viennent de lui être accordés par les Européens. Le mois prochain, la Grèce n’aura plus un sou en caisse.  Des mouvements sociaux encore plus graves et douloureux que ceux de l’été dernier sont à prévoir.
D’autant que l’une des solutions annoncée par le 1er ministre grec consiste en l’augmentation de la taxation sur le patrimoine immobilier. Dans un pays où 70% de la population est propriétaire de ses biens (terres, terrains à bâtir et bâtiments construits), la classe moyenne s’affiche durement touchée. Cela fait des mois, que l’on murmure que la Grèce est en faillite. Les centaines de milliards débloqués n’y feront rien. Aujourd’hui il est clairement admis, que ce pays pourrait sortir « virtuellement » de la zone Euro….dont il est déjà sorti en pratique

L’Allemagne (de l’ouest) qui avait connu l’expérience de sa réunification avec l’Allemagne de l’Est, avait bien compris les difficultés d’intégration de zones dont le poids et la compétence industriels ne sont pas uniformes. Dès la mise en place de l’Euro comme monnaie commune dans les années 90 et sa mise en circulation en 2001, l’Allemagne et la Hollande avaient  fait le pari d’une croissance soutenue fondée sur la fabrication en interne et l’exportation de bien industriels. L’avantage étant que les clients se trouvaient en zone Euro et que le maintien de PME-PMI dans ces deux pays permettrait des embauches de jeunes européens, sans avoir à délocaliser. Ce fut le cas.

 Mais l’Europe s’était agrandie  entre temps d’une dizaine d’états – certes intéressants au plan culturel et fournissant une main-d’œuvre à bon compte – mais sans potentiel industriel immédiat. Dès lors, elle était déjà coupée en deux.

En France avec les socialistes et les présidences de cohabitation (Mitterrand, Aubry, Jospin, Chirac) on avait fait  le pari inverse. Celui d’accroître la consommation intérieure non  par la création de biens en interne et la remise au travail des chômeurs de longue durée et des jeunes diplômés ou de jeunes en difficulté (la France n’a cessé de délocaliser mais par l’augmentation des dépenses d’Etat (creusement de la dette, déficits budgétaires), l’assistanat et les 35 heures... 

Tandis que les grands groupes français produisaient à l’extérieur du pays, la France développait des activités de services sans valeur ajoutée, sans offres à l’export, le tout conjugué à une  immigration qui poursuivant sa percée sans frein,  nous poussait inexorablement vers davantage de dépenses sociales…et des rentrées toujours point….La balance commerciale française est en déficit permanent depuis dix ans et plus.

Une solution ? Plus d’Europe nous dit-on… C'est-à-dire une « Europe fédérale », un pot commun de dettes et de compensations des uns vers les autres… le puits sans fond, la descente aux enfers également. 

Et l’Allemagne n’est pas prête à dire oui à cette solution. Récemment, la démission de Jürgen Stark, qui occupait l'un des postes les plus importants au sein du directoire de la BCE (depuis le 1er juin 2006), a fait éclater au grand jour les dissensions au sein de l'institution sur la gestion de la crise de la dette. Son mandat ne devait s'achever que le 31 mai 2014.

Mais depuis plusieurs semaines, ce docteur en économie prônant l’orthodoxie en matière financière, ne cachait pas son malaise sur le programme de rachat d'obligations publiques mis en œuvre par l'institution monétaire de Francfort  afin de soulager les pays les plus fragiles de la zone euro – la Grèce plus précisément.

La BCE, qui avait adopté ce programme d'achat de dettes à contrecœur en mai 2010 pour porter secours à ce pays, avait  accepté de jouer une nouvelle fois les pompiers pour l'Italie et l'Espagne, face à l'incapacité des responsables politiques européens à calmer les marchés.

Mais au sein de l’institution financière européenne, la partie allemande n'a jamais accepté cette mesure qui, selon elle, menace l'indépendance et les finances de la BCE, d’où la démission de Stark. 

Angela Merkel  aura  poursuivi ses tergiversations jusqu’au bout,  appelant  ses concitoyens à faire preuve de patience vis-à-vis de la Grèce : "Ce que l'on n'a pas fait pendant des années ne peut être rattrapé en une nuit", avait- elle dit, rappelant combien il fut difficile de reconstruire l'ex-RDA après la réunification allemande.

Mais rappelant parallèlement, au gouvernement grec de ne pas fléchir dans ses efforts de réformes: "La Grèce sait que le versement de crédits dépend du fait qu'elle remplisse ses obligations".

La situation de l’Europe aujourd’hui est inextricable. 


Si la Grèce sort de l’Euro, cet aveu d’échec fera sortir immédiatement de la zone Euro, le Portugal et l’Espagne déjà en sursis. 
Comme notre situation n’est pas meilleure que celle de l’Italie, il y a fort à parier que nous sortirions aussi de cette zone. Explosion de la zone euro. Certes. Et division de l’Europe en deux zones : la zone « allemande » avec l’Allemagne, l’Autriche et la Hollande qui tiendront le choc. La « zone « méditerranéenne » avec la France, l’Italie, le Portugal et l’Espagne.

Et les banques françaises ??? On parle déjà de les nationaliser partiellement….Ce qui veut dire que c’est le français moyen qui supportera les dettes des grandes institutions bancaires…Les nationalisations des banques ?? On en a fait l’expérience sous Mitterrand et elles nous ont déjà coûté très cher….car nationalisation et honnête gestion ne vont pas nécessairement de pair….

Et les hommes politiques dans tout cela ? Les grands économistes, les grands cerveaux ? Sarkozy et son équipe ? Et les socialistes ? Vont-ils se remettre en cause et remettre en cause une politique européenne qu’ils tiennent à bout de bras depuis des années ?
Comment vont-ils se repositionner à la veille d’une élection présidentielle qui s’annonce comme un tournant dans notre destin ?

Vont-ils perdre l’habitude de mentir ? Vont-ils enfin parler « vrai » et devenir aussi réalistes que Marine le Pen… Difficile pour des illusionnistes.

Pour conclure, je vous invite à lire – si ce n’est déjà fait -  l’excellent billet du 9 septembre d’Ivan Rioufol qui nous invite à la vigilance.

Nancy Verdier


Rédigé par Gérard Brazon

Publié dans #Economie-Finance-Industrie

Commenter cet article