Écosse : l’enjeu du scrutin. Par Christophe Servan

Publié le 9 Septembre 2014

L-Ecosse1

Pour Bd Voltaire

Pour la première fois depuis l’annonce du référendum sur l’indépendance de l’Écosse, les indépendantistes sont en tête sur les partisans du Non. De peu — 51 % contre 49 % — mais c’est suffisant pour affoler la classe politique en Angleterre. Les traders de la City ne s’y sont d’ailleurs pas trompés et le sterling, véritable star des marchés au cours du premier semestre, est en pleine dégringolade depuis trois semaines. Pensez-donc : il y a à peine deux mois, les partisans du Oui accusaient un retard de 20 points. Le scrutin devant se tenir le 18 septembre prochain, le suspense est à son comble, car – même si la victoire du Oui n’entraînerait pas ipso facto l’indépendance — l’enjeu est de taille.

Politique, naturellement, puisque l’Écosse n’est plus un État souverain depuis 1603 lorsque Jacques VI d’Ecosse coiffa les deux couronnes britanniques sous le nom de Jacques Ier. Économique aussi, parce que le fameux pétrole de la mer du Nord est quasi intégralement situé à l’intérieur de ce que devrait être la zone économique exclusive (200 milles marins) d’un État souverain écossais. Même si les réserves sont en voie d’épuisement (ce que les Écossais minimisent), à plus de 100 dollars le baril, les six millions d’Écossais peuvent à juste titre entrevoir – à l’instar de leurs voisins norvégiens — un avenir doré.

Certes, on ne sait pas encore quelle monnaie une Écosse indépendante pourrait adopter — la sienne, le sterling ou même l’euro —, ces trois options étant sur la table. Le choix dépendra beaucoup de la négociation sur l’affectation entre les deux nouveaux États de la dette publique de l’actuel Royaume-Uni. On ne sait pas plus quelle serait sa politique de défense, OTAN ou pas OTAN. Monnaie, dette, défense : ces trois domaines promettent d’âpres négociations d’ici le 24 mars 2016, date limite au-delà de laquelle le Oui éventuel deviendrait caduc, une hypothèse que personne n’imagine sérieusement. À noter que la victoire du Non ne signifierait pas pour autant le maintien du statu quo puisque au minimum les prérogatives du Parlement d’Holyrood se verraient renforcées.

Ce scrutin sur l’indépendance de l’Écosse sera bien évidemment suivi avec intérêt dans le reste de l’Europe et particulièrement en Irlande du Nord, où la victoire du Oui pourrait être le prétexte aux revendications séparatistes avec le risque d’une nouvelle guerre civile – et aussi en Catalogne. À noter toutefois que la tenue d’un référendum sur l’autodétermination de la province catalane, consultation déjà jugée illégale par le gouvernement de Madrid et initialement prévue le 9 novembre prochain, a pris du plomb dans l’aile depuis la révélation d’un immense scandale mettant en cause le leader historique de la Catalogne Jordi Pujol.

Mais au-delà des séparatismes régionaux, c’est bien toute la construction européenne qui – par un étrange effet dominos – pourrait être bouleversée si le Oui devait l’emporter. En effet, la victoire du Oui devrait logiquement entraîner le report des élections britanniques prévues en 2015 ou au minimum l’exclusion des électeurs écossais dont le vote n’aurait plus de raison d’être. Une issue qui renforcerait considérablement les chances de l’UKIP de Nigel Farage de l’emporter, si l’on s’en tient aux dernières européennes où l’Écosse fut son plus faible pourvoyeur de voix. Une victoire de l’UKIP en 2015 (ou en 2016) déboucherait automatiquement sur un référendum à propos de l’appartenance de « l’Angleterre » à l’Union européenne, une consultation qui pourrait bien se tenir en pleine campagne… pour la présidentielle française.

Rédigé par Gérard Brazon

Publié dans #Politique étrangère

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Epicure 09/09/2014 21:11


Comme Zorba le Grec à l'anéantissement du produit de semaines de travail, je rigole et dis: Quelle Superbe Catastrophe !

berlaine 09/09/2014 19:04


Bien que notre république soit devenue ce que chacun sait, elle conserve cerains garde-fous notamment en matière de changements fondamentaux et sttructurels constitutionnels ... ! On ne peut
retenir comme bénéfice acquis, le prétendu vote à 51% pour l'indépendance de l'Écosse ... Les conséquences sont d'une autre ampleur qu'un tel petit 1% qui ferait basculer les 100% dans l'aveture
.! C'est trop sérieux pour retenir cela .!