Education Nationale: Point de vue de Bonapartine. Evaluations CM2.

Publié le 25 Février 2011

             La semaine dernière, Bonapartine analysait les données de l’étude menée par le Haut Conseil de l’Education et rendue publique en 2007 sur le niveau scolaire de nos élèves en fin de C.M.2.

           Aujourd’hui, Bonapartine vous propose de découvrir les résultats rendus également publics, cette fois-ci par le ministère de l’Education nationale, des évaluations effectuées en janvier 2010 dans toutes les classes de C.M.2 en France métropolitaine et d’Outre-Mer.

           Vous constaterez que notre école forme, hélas, effectivement, dès la fin de l’école primaire, de 20% à 30% de futurs illettrés ! Et nos élèves affichent des résultats tout aussi inquiétants encore dans le domaine des acquis mathématiques . Cela peut vous paraîre difficile de lire ce gene d'article mais je vous conseil tout de même d'en faire l'effort car, c'est non seulement des chiffres officiels que ne vous donneront pas Laurence Ferrari sur TF1 (comme pour la natalité d'ailleurs) ni même Pujadas. Ils vous permettront de ne pas être dupe du discours lénifiant de l'école français la meilleure du monde!  Et maintenant, place à Bonapartine prof de son état.

Gérard Brazon

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Livre.gifCycle Education Nationale Partie A. 

Comment lire les évaluations proposées par l’Education nationale à tous les élèves scolarisés en C.M.2 ?

 Les évaluations nationales effectuées en C.M.2, en janvier 2010, portaient sur les disciplines suivantes : le Français et les Mathématiques. Pour ma part, je souhaiterais que nous évaluions, ne serait-ce qu’une seule fois, le niveau de culture générale atteint par tous les élèves de C.M.2 scolarisés dans les écoles publiques et privées françaises, en Histoire-Géographie et en Sciences. Mais c’est là un avis personnel qui n’engage que moi et mériterait d’ouvrir un second débat. Je ferme donc de suite cette parenthèse. 

1- Résultats des évaluations de Français, effectuées en C.M.2, en Métropole et dans les DOM TOM, en janvier 2010 :

 

Sur les 60 questions posées en Français, l’évaluation se répartissait ainsi :

 

Le pourcentage d’élèves qui ont obtenu plus de 40 bonnes réponses sur 60 questions. Ces élèves sont classés parmi les élèves ayant "des acquis très solides."

 

Le pourcentage d’élèves qui ont obtenu entre 29 et 39 bonnes réponses sur 60 questions. Ces élèves sont considérés par l’Education nationale comme ayant "de bons acquis qui seront développés dans les mois à venir". Pour autant, je note simplement que ceux d’entre eux qui ont obtenu seulement 29 bonnes réponses sur 60 questions, ont néanmoins obtenu moins de 50% de bonnes réponses dans le  meilleur des cas ! Est-ce que le fait de se situer parfois juste en-dessous des 50% de bonnes réponses signifie "avoir de bons acquis", auquel cas cela voudrait dire que l’Education nationale n’est tout de même pas très regardante sur le niveau d’exigence quant aux résultats de nos élèves ? Il aurait, du reste, été intéressant de connaître le pourcentage d’élèves qui ne dépasse pas le seuil des 29 réponses qui sont le minimum requis pour appartenir à la catégorie des élèves qui "ont de bons acquis". Ce que se garde bien de détailler le site de l’Education nationale !

 

Le pourcentage d’élèves qui ont obtenu entre 17 et 28 bonnes réponses sur 60. Ces élèves sont classés parmi les élèves ayant "des acquis encore fragiles", sans que l’on sache toutefois combien de temps ces acquis risquent de rester "fragiles" … Ce qui signifie, une fois encore, que les meilleurs d’entre eux qui ont obtenu 28 bonnes réponses ont néanmoins obtenu moins de 50% de bonnes réponses dans le  meilleur des cas !

 

Le pourcentage d’élèves qui ont obtenu moins de 17 bonnes réponses sur 60 questions. Le Ministère de l’Education nationale écrit sur son site : "Leurs acquis ne sont pas suffisants, ils bénéficieront d’une aide spécifique". Ce qui signifie que, dans le meilleur des cas, à savoir pour les élèves qui se situent dans ce que j’appelle "la tranche supérieure des réponses exactes" que l’on fixerait ici à 15 réponses exactes sur 60 questions, ces élèves n’ont néanmoins qu’un quart des acquis requis ! Or, le site du Ministère de l’Education nationale qui a rendu publics les résultats des évaluations 2010 de C.M.2, ne précise pas quelle est, parmi les élèves qui donnent moins de 17 bonnes réponses sur 60, la proportion de ceux qui n’ont apporté que 10 ou moins de 10 bonnes réponses …

 

A titre de repère, il faut savoir que les moyennes nationales des résultats obtenus en Français sont, en janvier 2010, les suivantes :

 

43% d’élèves ont obtenu plus de 40 bonnes réponses sur 60 questions.

30% d’élèves ont obtenu entre 29 et 39 bonnes réponses sur 60 questions.

20% d’élèves ont obtenu entre 17 et 28 bonnes réponses sur 60 questions.

7% d’élèves ont obtenu moins de 17 bonnes réponses sur 60 questions.

 

Donc, de prime abord, pas de souci conformément à l’éternel satisfecit dans lequel se complaît la France depuis quelques années : nous semblons avoir, en effet, pas moins, en apparence, de 73% d’élèves qui auraient atteint le niveau requis ou, du moins, l’approcheraient de très près pour la proportion d’élèves qui auraient obtenu 29 bonnes réponses sur 60 questions.

Pour autant, nous laissons, si j’ose dire "sur le carreau", pas moins de 27% - moyenne nationale - d’élèves dont on considère, avec beaucoup trop d’autosatisfaction à mon sens, qu’ils seraient simplement munis "d’acquis fragiles" ou avec des acquis que l’Education nationale n’ose même plus qualifier d’insuffisants mais qu’elle définit comme n’étant "pas suffisants". Au demeurant, le fait que l’Education nationale tente d’ atténuer, à ce point, le fait que notre système scolaire laisse parvenir presque un tiers de nos élèves, en fin de cycle III, avec un niveau de difficultés si élevé, en dit long aussi sur le malaise que créent ces résultats au sein de la maison Education nationale. Car au fond, personne n’est dupe : lorsque 7% d’élèves ont moins de 17 bonnes réponses sur 60 questions posées, vous et moi savons parfaitement que nous sommes là en présence de résultats véritablement catastrophiques et non pas d’acquis qui se contenteraient d’être seulement "pas suffisants".

Une fois cette vérité rétablie, si la France s’accommode du fait que l’avenir d’un peu moins de 10% de ses élèves, en fin de C.M.2, est déjà gravement compromis, alors là, voyez-vous, il faut se dire que ce pays est soit inconscient et dans ce cas il est malade, soit il est irresponsable et dans ce cas sa démarche est criminelle. Mais, dans tous les cas, il se prépare un avenir peu reluisant ! Certains vont sans doute voir là, de ma part, un pessimisme exacerbé. N’en croyez rien ! A titre d’exemple, je me réfère à l’excellent discours de Nicolas Dupont-Aignant prononcé à l’occasion de la Convention nationale sur l’éducation, le 05.02.2011, et qui débute son intervention en ces termes on ne peut plus réalistes :

« Chers amies, chers compagnons,

L’intervention de Luc Ferry – et il nous a dressé un tableau tout aussi brillant que dramatique de la progression de l’illettrisme en France - et les excellentes contributions des auteurs et praticiens qui ont accepté notre invitation aujourd’hui, suffisent - à elles seules - à nous faire comprendre que la situation est grave… »

http://www.debout-la-republique.fr/Discours-de-Nicolas-Dupont-Aignan,1277.html

Peu de temps avant lui, Natacha Polony avait débuté son intervention par cette phrase : « Les pessimistes sont des optimistes bien informés. » Ce que je crois également.

2- Résultats des évaluations de Mathématiques, effectuées en C.M.2, en Métropole et dans les DOM TOM, en janvier 2010 :

 

A titre de repère, il faut savoir que les moyennes nationales des résultats obtenus en Mathématiques en janvier 2010, sont les suivantes :

 

35% des élèves ont plus de 24 bonnes réponses sur 40 questions.

32% des élèves ont entre 16 et 23 bonnes réponses sur 40 questions.

20% des élèves ont entre 10 et 15 bonnes réponses sur 40 questions.

13% des élèves ont moins de 10 bonnes réponses sur 40 questions.

 

Sur les 40 questions posées en mathématiques, l’évaluation se présentait ainsi :

 

Le pourcentage d’élèves qui ont obtenu plus de 24 bonnes réponses sur 40 questions. Leurs acquis sont considérés comme étant "très solides" par la Maison Education nationale.

 

Le pourcentage d’élèves qui ont obtenu entre 16 et 23 bonnes réponses sur 40 questions. Leurs acquis sont estimés comme étant" de bons acquis qui seront développés dans les mois à venir". C’est simple à comprendre avec l’Education nationale : à l’heure actuelle, cette institution est devenue l’institution qui a probablement la plus grande capacité à se projeter "dans les mois à venir", sans que l’on sache exactement combien de mois va durer la période ainsi évoquée.

 

Le pourcentage d’élèves qui ont obtenu entre 10 et 15 bonnes réponses sur 40 questions. Pour le Ministère de l’Education nationale, les acquis de ces élèves "sont encore fragiles", ajoutant ensuite qu’ "ils seront à consolider dans les mois à venir".

 

Le pourcentage d’élèves qui ont moins de 10 bonnes réponses sur 40 questions. Le Ministère de l’Education nationale indique sur son site : "Leurs acquis ne sont pas suffisants. Ils bénéficieront d’une aide spécifique." Mais de qui se moque donc le Ministère de l’Education nationale ? Des Français ? Assurément. Pourquoi ? Pour la simple raison que lorsque l’on, à l’échelon national, 13% d’élèves qui ont obtenu moins de 10 bonnes réponses sur 40 question initialement posées, cela signifie que nous avons, en France, 13% d’élèves qui n’ont pas atteint le quart des compétences requises en fin de C.M.2. Qui peut encore prétendre que les acquis de ces enfants sont seulement "pas suffisants" ?

 

Bonapartine

Rédigé par Gérard Brazon

Publié dans #Bonapartine

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