Egypte : trop d’islamisme tue l’islamisme

Publié le 27 Mai 2012

Point de vue de Stefano B.C. (Rome) - MediArabeInfo (MAI)

Le candidat des Frères musulmans, talonné par Ahmed Chafiq, fait les frais des idées extrémistes de la Confrérie

Selon les chiffres disponibles - et qui ne devraient pas changer fondamentalement - les Egyptiens ont voté lors du premier tour des présidentielles égyptiennes à 24,9% pour Mohamed Morsi, candidat des Frères musulmans, et à 24,5% pour Ahmed Chafiq, considéré comme le père de l’industrie militaire égyptienne.

Les deux finalistes sont au coude à coude, avec des scores serrés. Morsi a obtenu 5.446.460 voix, contre 5.338.285 voix pour Chafiq. Le candidat nationaliste nassérien Hamdine Sebahi a obtenu 4.616.937 voix (21,1%) et l’islamiste indépendant Abdelmonem Aboul Foutouf a obtenu 3.889.195 voix (17,8%) et Amr Moussa, ancien secrétaire général de la Ligue arabe, a convaincu 2.471.559 personnes, obtenant 11,3% des voix.

Avant l’officialisation des résultats, Issam Al-Aryane, membre de la direction des Frères musulmans, a mis en garde - et proféré des menaces à peine voilées - contre la défaite du candidat Morsi. Auquel cas, il a prévu une relance de la révolution. Ces déclarations suscitent quelques réflexions légitimes :

- Issam Al-Aryane semble tout ignorer des règles de la démocratie que les révolutionnaires ont tout sacrifié pour l’arracher durant plus d’un an de leur mouvement.

- Issam Al-Aryane confirme les craintes que suscitent les islamistes dans l’opinion publique égyptienne et internationale. Car, il admet indirectement que la démocratie est approuvée uniquement quand elle lui est favorable.

- Issam Al-Aryane n’accepte pas l’idée, à maintes fois répétée, qui affirme que les Frères musulmans et les extrémistes en général ne représentent par la majorité des Egyptiens. Les résultats le prouvent. Ils constituent tout au mieux un tiers de la population.

- Issam Al-Aryane qualifie Ahmed Chafiq de symbole de l’ancien régime (les médias occidentaux semblent lui avoir donné l’idée avec un battage indescriptible dans ce sens). Il semble oublier que Chafiq est un homme serein qui n’a jamais fait partie du cercle de Moubarak. Issu de la promotion de l’Ecole militaire de 1961, pilote de chasse, Chafiq avait suivi une formation d’état-major à l’école interarmes de Paris. Détenteur d’un doctorat en philosophie, il fut attaché militaire à Rome entre 1984 et 1986. En 1991, il est devenu chef d’état-major de l’armée de l’air, puis commandant de l’armée de l’air, en 1996. Ministre de l’Aviation en 2002, c’est Chafiq qui a sauvé la compagnie EgyptAir et développé les aéroports au service du tourisme, principal pilier de l’économie nationale. Il est également considéré comme le père du programme d’industrialisation militaire de l’armée égyptienne. Pour toutes ces raisons, Chafiq est intègre. Il est l’antipode de l’affairiste Moubarak.

Au lieu de menacer, Issam Al-Aryane aurait mieux fait de s’interroger pourquoi les Egyptiens n’ont pas massivement voté pour Morsi ? Les Frères musulmans devraient comprendre que la jeunesse révolutionnaire égyptienne n’a pas renversé la dictature de Moubarak pour la remplacer par celle des islamistes. Il aurait été plus intelligent pour Al-Aryane de constater que les premières préoccupations des députés islamistes, toutes tendances confondues, sont loin d’intéresser l’opinion et de susciter son adhésion. Les Egyptiens, et plus particulièrement les jeunes, rejettent au contraire les interdictions imposées par le Parlement. Ils regrettent la fin du cinéma, l’interdiction de la musique, l’imposition du voile, la fin de la mixité, l’incrimination de la Saint Valentin, la fermeture des musées et le retrait des statues. Les Egyptiens, fiers de leur pays plusieurs fois millénaire (Misr Oum Al-Dunya), refusent la marginalisation de leur pays et leur suicide intellectuel.

Par dessus tout, les Egyptiens refusent que des islamistes illuminés, parvenus au Parlement lors d’un malheureux accident de parcours, puissent remplacer l’Egypte, un musée à ciel ouvert, par un « bordel voilé » inspiré des fatwas de l’imam marocain Zamzami, qui autorise les femmes de se masturber avec une carotte, et qui accorde aux hommes le privilège de coucher avec leur femme après leur décès (accouplement d’adieu). Les jeunes égyptiens s’interrogent comment la masturbation intellectuel des islamistes a pu aboutir à de telles idées ? Ils l’ont fait savoir en votant pour Ahmed Chafiq.

Logiquement, en additionnant les voix obtenues par Ahmed Chafiq, Haamdine Sebahi et Amr Moussa, l’intégrité de Chafiq devrait l’emporter sur l’intégrisme de Morsi. Une telle issue est normale, car trop d’islamisme tue l’islamisme. En élisant Chafiq, les Egyptiens auront corrigé leur erreur qui a permis aux illuminés de présider à leur destinée, l’espace de quelques mois.

Stefano B. C.

Rédigé par Gérard Brazon

Publié dans #Le Nazislamisme

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jpb 27/05/2012 16:03


rien à foutre,