Elections américaines : dernière analyse des forces en présence. Par Sébastien Castellion

Publié le 6 Novembre 2012

Conformément à ce que j'avais annoncé dans ces colonnes il y a un mois, l'élection américaine qui se tiendra demain reste trop serrée pour que personne ne puisse annoncer un favori. Les sondages nationaux placent les intentions de vote en faveur des deux candidats exactement à égalité ; souvent même au dixième de point près. Si l’on cherche les facteurs qui pourraient faire la différence, la géographie électorale ferait plutôt pencher la balance en faveur d'Obama, alors que les signes de mobilisation respective des deux camps favorisent Romney.

 

Dans 39 des 50 Etats américains, le résultat ne fait aucun doute ; l'un des deux candidats est en tête avec une avance nettement supérieure à la marge d'erreur.

 

16 de ces Etats, ainsi que la capitale fédérale, Washington, voteront pour Obama et lui apporteront 201 grands électeurs (il en faut 270 pour gagner l'élection). 23 Etats voteront pour Romney et lui apporteront 191 grands électeurs.

 

Ces 39 Etats, pour lesquels le résultat est acquis d'avance, n'ont donc pas d'intérêt pour les deux campagnes. Les électeurs n'y entendent parler de l'élection qu'au moment des nouvelles du soir ou en lisant le journal. Les candidats n'y prononcent pas de discours et n'achètent pas de temps d'antenne pour y faire passer leur message.

 

Tout se jouera dans onze Etats où les résultats des sondages montrent soit une égalité, soit une différence inférieure à la marge d'erreur : Colorado, Floride, Iowa, New Hampshire, Michigan, Nevada, Caroline du Nord, Ohio, Pennsylvanie, Virginie, Wisconsin. Ces Etats éliront un total de 146 grands électeurs. Leurs habitants vivent une campagne très différente de celle des Etats "sûrs". Ils sont bombardés de publicités politiques ; les candidats leur rendent régulièrement visite ; ils ont inévitablement été plus fortement influencés par la campagne que les habitants des Etats déjà décidés.

 

Tous les "Etats charnière" ne sont d'ailleurs pas égaux. A moins d'une erreur majeure des sondages, répétée depuis plusieurs mois, il est plus que probable que le Michigan et le Nevada, soit 16 grands électeurs, choisiront Obama, et que la Caroline du Nord, soit 15 grands électeurs, choisira Romney. Cela laisse aux candidats 105 grands électeurs en compétition dans huit Etats. Romney doit en remporter 64 pour gagner, alors qu'Obama n'en a besoin que de 53. Obama part donc avec un léger avantage.

 

Les huit Etats décisifs se divisent en deux groupes auxquels correspondent, pour le président sortant, des tactiques électorales différentes : cinq Etats du Nord-Est ou du Middle West (Iowa, New Hampshire, Ohio, Pennsylvanie, Wisconsin) et trois Etats du Sud (Colorado, Floride et Virginie).

 

Dans le Sud, le président-candidat a perdu le vote des hommes diplômés de l'université - à l'exception cependant des plus hauts revenus dans certaines industries, comme l'informatique et la communication - ainsi que celui des blancs pauvres. Ses chances de succès reposent sur les jeunes, sur les femmes diplômées de l'université et sur les minorités ethniques.

 

Dans le Nord, en revanche, où les minorités ethniques ne représentent pas un pourcentage suffisant de la population pour faire la différence, Obama dépend - en plus des femmes des classes supérieures - du vote des ouvriers blancs, qui lui restent plus attachés que dans le reste du pays.

 

En clair, la coalition électorale d'Obama dans le Nord ressemble davantage à la coalition de gauche traditionnelle, que le parti Démocrate a su mobiliser des années 1930 aux années 1960, tandis que dans le Sud, elle ressemble davantage à la "nouvelle gauche" des années 1970 à 1990, faite de minorités ethniques, de femmes, de jeunes et de hauts revenus des industries nouvelles.

 

Les sondages des huit Etats se situent tous dans la marge d'erreur ; mais ils indiquent une direction qui, si elle est confirmée, serait plutôt, au total, favorable à l’actuel président.

 

Dans les Etats du Sud, la tactique d'Obama consiste à insister sur les questions de société - l'avortement, l'accès à la contraception, les droits des minorités - et de présenter Romney comme un danger pour le maintien de ces droits. Mais les sondages disponibles semblent montrer que cette tactique ne rencontre pas un grand succès : Romney se trouve légèrement en tête en Floride, tandis que les sondages du Colorado et de Virginie montrent une égalité presque parfaite.

 

Les électeurs avaient pu être effrayés avant les débats par l'image diabolique de Romney que présentait la campagne Obama, mais ils ont pu constater depuis, en l'observant directement, qu'il n'a rien d'un extrémiste ou d'un monstre. De plus, ils savent bien que le président n'a presque aucun pouvoir sur les sujets de société. Il sera donc très difficile, alors que ces électeurs ont perdu depuis longtemps l'enthousiasme quasi-religieux qui les avait fait voter Obama en 2008, de les mobiliser pour aller voter demain.

 

Dans les Etats du Nord, au contraire, la tactique de la campagne Obama semble avoir plus de succès. Elle consiste à présenter le candidat Démocrate comme le garant de l'emploi industriel, l'homme qui a injecté plusieurs milliards de dollars pour sauver l'industrie automobile. Le Républicain, lui, est présenté par la campagne Obama comme un capitaliste rapace, ancien patron d'un fonds d'investissement (Bain Capital) qui se spécialisait dans le redressement d'entreprises en difficulté ; un redressement qui ne pouvait évidemment pas se faire sans de nombreux licenciements.

 

Les sondages montrent que cette stratégie semble mieux réussir que celle employée dans le Sud. Dans les cinq Etats charnière du Nord, les sondages donnent l'avantage au président sortant.

 

Cet avantage est, certes, inférieur à la marge d'erreur ; personne ne s'étonnerait donc qu'au moins un de ces Etats finisse par basculer dans le camp Républicain. Mais le fait qu'il apparaisse dans tous les Etats en jeu dans la région reste le signe que le choix d'insister sur l'emploi industriel est un vrai succès tactique pour la campagne Obama.

 

Au total, la répartition géographique des votes est plutôt favorable au président sortant. Même si l'on envisage l'hypothèse que Romney emporte les trois Etats du Sud, il devra, pour gagner, conquérir en outre soit l'un des deux plus gros Etats du Nord (Pennsylvanie ou Ohio), soit le Wisconsin plus l'un des deux plus petits Etats (Iowa ou New Hampshire). Si Romney emporte la Floride, mais un seul des deux Etats du Sud où les sondages sont exactement au coude à coude (Colorado et Virginie), il ne peut pas gagner sans emporter à la fois l'un des deux gros Etats du Nord et, selon les hypothèses, un ou deux des trois plus petits.

 

Il y a même une configuration, parfaitement possible, dans laquelle les deux candidats auraient, au soir de l'élection, un nombre exactement égal de grands électeurs, soit 269 chacun.

 

Dans ce cas-là, personne ne gagnerait demain soir, et l'élection du président serait confiée à la Chambre des Représentants, avec une voix pour chaque délégation d'Etat, cependant que l'élection du vice-président serait de la responsabilité du Sénat. Comme les sondages indiquent clairement que la Chambre des Représentants conservera sa majorité Républicaine et le Sénat sa majorité Démocrate, Romney, dans cette hypothèse, deviendrait président et Paul Biden resterait vice-président !

 

 

L'hypothèse d'un match nul à l'élection présidentielle (les Etats en rouge votent Romney, les Etats en bleu votent Obama)

 

Cependant, si la géographie semble plutôt favoriser le président sortant, les indicateurs disponibles de l'enthousiasme respectif des deux camps donnent, au contraire, un léger avantage au Républicain.

 

Le Président Obama a bénéficié en 2008 de deux facteurs : un avantage de plus de dix points parmi les électeurs indépendants, et un taux de participation exceptionnel dans les catégories d'électeurs acquises aux Démocrates. Or, ces deux facteurs se sont détériorés cette année.

 

Les électeurs indépendants - ceux qui ne se définissent ni comme Démocrates, ni comme Républicains - se prononcent très majoritairement pour Romney. Selon les sondages, cet avantage va de 10 à 20 points au niveau national. Il est supérieur à la marge d'erreur dans tous les Etats charnière.

 

Pour surmonter cet effet, Obama devra obtenir un avantage de participation chez les électeurs Démocrates comparable à celui de 2008 (année où 39% des électeurs s’étant rendus aux urnes se déclaraient Démocrates, contre 32% qui se déclaraient Républicains et 27% indépendants). La plus grande partie des sondages publiés fait état d’une hypothèse de ce type, et donne aux Démocrates le même type d'avantage qu'il y a quatre ans (voire, dans un exemple amusant de sondage manifestement politisé, un avantage supérieur pour la plupart des sondages publiés par Marist).

 

Or, si une chose est certaine dans le paysage actuel, c'est que les Républicains iront aux urnes plus massivement en 2012 qu'en 2008. A l'époque, leur enthousiasme était refroidi par l'impopularité du président Bush, la maladresse du candidat McCain, l'image de centriste modéré que se donnait Obama et l'excitation que provoquait, même chez ses adversaires politiques, l'idée de voir enfin élu le premier président noir de l'histoire américaine.

 

Aucun de ces facteurs n'est valable cette année.

 

Les Républicains ne voient plus en Obama le symbole que représentait sa couleur de peau, mais la réalité de sa politique : celle d'un candidat de l'aile gauche du parti Démocrate. Ils voient un dirigeant qui conduit le pays à la ruine financière, l'affaiblit dans les relations internationales et n'a pas le moindre désir d'écouter les arguments des entreprises, qui - quand elles ne profitent pas de subventions diverses - souffrent gravement de sa politique économique.

 

Romney jouit d’une crédibilité indiscutable, en particulier sur les questions économiques qui sont au cœur des préoccupations des électeurs, et fait campagne comme un homme qui veut réellement gagner.

 

Les résultats sont là : alors que McCain parlait face à des estrades demi-vides, c'est cette année Obama qui a le plus de difficulté à attirer les foules. En revanche, les événements de campagne de Romney (qui ont tous lieu, par construction, dans les Etats charnière) attirent des foules gigantesques.

 

On voit mal comment Obama pourrait compenser l'augmentation presque certaine de la participation Républicaine. L'enthousiasme des jeunes devant la nouveauté est perdu. Le taux de chômage est supérieur à ce qu'il était il y a quatre ans. Même les noirs, pourtant massivement acquis au président, sont aussi la catégorie dont la situation économique s'est le plus dégradée pendant la présidence Obama ; une forte proportion d'entre eux ne se reconnaît pas dans les politiques proposées par le chef d’Etat pour s'assurer le vote urbain et huppé, comme la reconnaissance du mariage homosexuel.

 

Les Démocrates répondent à ces objections en estimant qu'au cours des quatre dernières années, une vague de fond s'est produite en leur faveur, au moins dans les Etats charnières du Nord. Les électeurs enthousiastes de 2008 ont été remplacés par des électeurs Démocrates plus mûrs et plus responsables : des électeurs qui n'affichent pas leur obamania comme jadis, mais veulent préserver le rôle de l'Etat dans l'économie et les acquis de l'assurance santé. Ces électeurs ne viennent peut-être pas écouter les discours de campagne, mais feront sérieusement leur devoir mardi.

 

Les Républicains comptent, pour leur part, sur une autre vague de fond. Ils estiment que l'on peut s'attendre à une participation exceptionnelle des électeurs dont les valeurs sont menacées par celles du président.

 

Les Américains attachés à la tradition d'initiative individuelle, à un Etat limité, au respect de la famille traditionnelle et des valeurs chrétiennes, se rendront massivement aux urnes mardi et surmonteront le désavantage géographique de leur candidat pour faire la différence.

 

En faisant ces analyses, chacun des deux partis table sur une hypothèse fondamentale relative à la nature du peuple américain - une hypothèse que les sondeurs sont totalement incapables d'infirmer ou de confirmer -. Les enquêtes d’opinion ne peuvent mesurer que les réponses des personnes interrogées au jour du sondage ; ils ne peuvent pas savoir qui se déplacera pour aller voter et qui restera chez lui.

 

Faute de pouvoir faire confiance aux sondages sur ce point, il ne nous reste plus qu'à observer le comportement des électeurs pour savoir si l'un des deux partis a raison lorsqu'il espère voir apparaître une vague de fond dans la population américaine. De toute manière, il ne reste plus bien longtemps avant que nous puissions nous en faire une idée précise.

 

 

Metula News

Agency © 

Rédigé par Gérard Brazon

Publié dans #Politique étrangère

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Marie-claire Muller 06/11/2012 16:14


Mitt Romney for President!


6 novembre 2012 | Classé dans: Election US 2012 | Posté par: Annika





Le peuple américain est un peuple déterminé, vous pouvez l’observer sur les photos ci-jointes. Les pancartes pro-Romney sont découpées, arrachées, ou détruites par des vandales. Mais peu importe,
on les rafistole avec du scotch, on les accroche à une hauteur inaccessible sur les palmiers, on les scelle sur des piliers de métal avec du ruban adhésif.





J’ai pris certaines de ces photos en faisant du ‘politicking’, du porte-à-porte politique. Les propriétaires m’ont informé que c’était leur troisième ou quatrième pancarte, les autres ayant été
détruites par des voyous pro-Obama. Les médias parlent de voitures rayées avec des clés, de propriétaires tabassés pour avoir eu l’audace d’afficher des pancartes pro-Romney. Cette atmosphère qui
règne en Amérique aujourd’hui est confirmée par les propos de Valerie Jarrett, une des conseillères principales de Barack Obama.





« Apres que l’on gagne cette élection, il sera temps de nous venger. Ceux qui ne sont pas avec nous sont donc contre nous. Qu’ils soient prévenus car on n’oubliera pas. Ceux qui nous aidé
seront récompensés, par contre ceux qui se sont opposés à nous auront ce qu’ils méritent. On va les faire souffrir (hell to pay), et l’on n’aura à s’inquiéter ni d’un congrès, ni des
(obligations) d’une réélection… » (“After we win this election, it’s our turn. Payback time. Everyone not with us is against us and they better be ready because we don’t forget. The ones who
helped us will be rewarded, the ones who opposed us will get what they deserve. There is going to be hell to pay. Congress won’t be a problem for us this time. No election to worry about
after this is over …”)





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Puis, pour nous rassurer un peu plus, Obama encouragea ses admirateurs « à se venger en votant ». Ce à quoi Romney répondit qu’il faut plutôt voter par amour, par amour pour sa patrie.
Nous revoilà face à deux visions de l’Amérique, celle de la Vengeance et celle de l’Amour.


Si j’avais quelque inquiétude que Romney puisse perdre, j’irai me fournir en cartouches et armes à feu. Mais je n’ai plus d’inquiétude. « Romney is it ».


Puis pour ceux qui ont des inquiétudes quant à une victoire (improbable) d’Obama, il y eut deux réunions ce weekend dans l’Ohio. Un pour Mitt Romney qui rassembla 30,000 personnes, et un pour
Barack Obama qui rassembla 2800 personnes. Faut-il en dire plus ?


Rush Limbaugh nous dit ce qui suit:



Romney attire des foules de 20 000, 25 000, 30 000, 15 000 personnes. L’enthousiasme que nous avions en 2010 est parmi nous. Les mêmes problèmes que nous avions à l’époque sont encore parmi
nous. Rien ne va mieux, et on voudrait nous faire croire que Romney et Obama sont à égalité ? Les instituts de sondage utilisent tous les chiffres selon les masses de 2008, et Dick Morris est
l’un des seuls à factoriser les chiffres de participation de 2010.



Autrement dit et d’après Rush, les sondages ont un fort parti-pris.


Mitt me rappelle la tortue dans la fable de La Fontaine. Mine de rien, clopin-clopant, il persévère face au lièvre qui non seulement perd haleine, mais devient amer, teigneux et vindicatif – l’on
ne peut s’empêcher d’en déduire que ce lièvre l’avait toujours été.


Quand je lis vos médias français, je découvre que les Républicains sont des monstres qui croquent les enfants des pauvres tout cru !


En vérité, ceux qui votent républicain, c’est moi (née européenne), ce sont les riches et les pauvres et la classe moyenne, ce sont mes enfants d’une vingtaine d’années (nés américains) et
pro-Ron Paul. C’est la Latina de 70 ans à qui je glissais un dépliant devant le bureau de vote l’autre jour, et qui s’exclama « ah oui alors bien-sûr que je vote à droite, on en a assez ». C’est
la petite jeune et ses copains qui la suivaient quelques minutes plus tard. C’est ma collègue de bureau, qui bien qu’elle ait voté pour Obama en 2008, vota aussi pour une représentante
Républicaine à la Chambre. C’est le noir chez qui j’ai frappé à la porte la semaine dernière, lors de ma séance de « politicking » dans mon quartier. C’est mon voisin américain sudiste et sa
femme, c’est le couple de Cubains-Américains que j’abordais le weekend dernier, ce sont mes amis roumains-américains et leurs enfants, le polonais-américain assis à coté de moi dans l’avion
l’autre jour (il m’a expliqué la tendance au fascisme qu’il décela dans le premier livre d’Obama).


C’est ça les Républicains. Ils ne sortent ni d’un format usiné par les médias, ni d’un moule.


Reproduction autorisée avec la mention suivante : © Annika pour www.Dreuz.info depuis le Colorado


http://www.sodahead.com/


http://www.breitbart.com/


http://www.breitbart.com/


http://www.rushlimbaugh.com



Epicure 06/11/2012 13:39


Aux voix: Romney


Aux Grands Electeurs Obama 


Soit pas de président véritable pour 4 ans...ou la guerre civile? Comme en France?