En Iran, la potence fait fureur

Publié le 22 Janvier 2013

 

Les autorités islamiques ont sensiblement augmenté le nombre de pendaisons publiques dans le pays pour mieux effrayer la population.

Une foule de badauds réagit à la pendaison d'Alireza Mafiha et de Mohammad Ali Sarvari, dimanche, dans un parc de Téhéran.

Une foule de badauds réagit à la pendaison d'Alireza Mafiha et de Mohammad Ali Sarvari, dimanche, dans un parc de Téhéran. © Ebrahim Noroozi / Sipa

Tous les moyens sont bons en République islamique pour effrayer la population iranienne. Qui plus est à six mois de la prochaine élection présidentielle. Pour rappel, le dernier scrutin avait donné lieu à la plus grande vague de révolte populaire de l'histoire du régime. En juin 2009, des dizaines de milliers d'Iraniens étaient descendus dans la rue pour réclamer un nouveau vote, après la réélection à la présidence de Mahmoud Ahmadinejad, qu'ils estimaient entachée de vastes fraudes.

Mais la force de répression sanglante du régime couplée à l'arrestation des deux leaders du mouvement vert de contestation a fini d'étouffer les revendications démocratiques des Iraniens. Surtout que celles-ci ont été balayées par une crise économique sans précédent. La gestion catastrophique du budget de l'État par l'administration Ahmadinejad, aggravée par les sanctions internationales contre le programme nucléaire iranien, a transformé la vie des Iraniens en véritable enfer.

"J'en ai marre d'en baver"

En un an, la monnaie iranienne - le toman - a perdu plus de 75 % de sa valeur. Quant à l'inflation, son taux est dramatiquement resté bloqué à 23,5 %. L'Iran important la majorité de ses biens de consommation, leur prix a décuplé. "Si la République islamique nous en a toujours fait baver, il est clair aujourd'hui que les sanctions imposées par les gouvernements occidentaux nous en font baver peut-être dix fois plus. Et j'en ai marre d'en baver autant", explique un jeune Iranien anonyme, dans une vidéo intitulée "Voix d'Iran : un message pour le nouvel an", diffusée par le National Iranian American Council. 

Mais le plus grave est que certains médicaments demeurent aujourd'hui introuvables dans le pays, ce qui a entraîné la mort indirecte d'au moins deux jeunes Iraniens. Dans les chancelleries occidentales, on indique que ces sanctions sont la seule solution pour éviter la guerre, autrement dit des frappes israéliennes sur les sites nucléaires iraniens, dont les conséquences pourraient s'avérer dramatiques. Mais cette paupérisation de la société a conduit à une hausse des agressions et des délits dans le pays. Et, comme à chaque fois, les autorités iraniennes ont réagi par la force.

"En guerre contre Dieu"

L'une de ces affaires a dernièrement défrayé la chronique. Alireza Mafiha, 23 ans, et Mohammad Ali Sarvari, 20 ans, ont été reconnus coupables d'une agression à la machette contre un homme qui sortait d'une banque de la capitale, rapportent les médias iraniens. La caméra de surveillance montre un homme attaqué par quatre individus masqués lui dérobant son argent (quelque 20 dollars, NDLR), sa sacoche et son manteau. L'un des agresseurs, armé d'une machette, lui porte un coup avant de s'enfuir. 

Diffusées le 6 décembre sur Internet, les images de l'agression provoquent une grande émotion dans la capitale. Sans plus attendre, les politiques et les religieux se saisissent de l'affaire, réclamant une action rapide pour punir les agresseurs. Le 12 décembre, le chef de l'autorité judiciaire, l'ayatollah Sadegh Larijani, estime que l'attaque "a causé un sentiment d'insécurité" en Iran, rapporte l'AFP. Il souligne par là même : "Selon la loi islamique, il n'y a pas de différence entre celui qui utilise une arme à feu et celui qui utilise une arme blanche pour un crime, il est mohareb (en guerre contre Dieu) et encourt la peine de mort." En République islamique, le meurtre, le viol, le vol à main armée, le trafic de drogue, l'adultère et l'apostasie sont passibles de la peine capitale. 

Exécution spectacle

Trois jours plus tard, la police annonce l'arrestation des quatre malfaiteurs. Lors de son procès, Alireza Mafiha, issu des milieux modestes de la capitale, affirme qu'il avait besoin d'argent pour payer l'opération de sa mère. "Nous avions besoin d'argent en raison de la pauvreté", déclare-t-il, selon l'agence de presse semi-officielle Isna. Cela ne suffira pas à obtenir la clémence du juge islamique Abdolghassem Salavati, connu pour avoir condamné nombre de manifestants en 2009. 

Tandis que les deux complices se voient infliger une peine de 10 ans de prison, 74 coups de fouet et 5 ans d'exil, les deux jeunes assaillants sont condamnés à la potence. Ils ont été pendus dimanche, en public, dans un parc de Téhéran. "Bougeons de l'autre côté, je pense que nous aurons une meilleure vue par là", affirme à sa femme l'un des 300 badauds postés à l'occasion derrière une barrière, raconte le New York Times. Les deux grues dépêchées par le régime se chargeront d'exécuter la sentence. Certains membres de la foule crieront en signe de protestation pendant que les deux adolescents mourront en silence. 

Terroriser la société

La scène est dramatique. Elle est pourtant loin d'être unique. Alors que des centaines de prisonniers de droit commun sont pendus chaque année dans le pays (environ 500 en 2012, selon Amnesty International), rares sont les exécutions réalisées en public. Pourtant, leur nombre aurait sensiblement augmenté ces derniers jours. D'après l'ONG Iran Human Rights (IHR), basée en Norvège, deux hommes de 27 et 28 ans reconnus coupables de viol ont été pendus en public vendredi à Pakdasht, dans le sud de la capitale. Samedi, c'est un autre jeune homme de 23 ans qui a été publiquement exécuté pour meurtre à Urumieh, dans le nord-ouest de l'Iran. Plusieurs autres cas ont été recensés par l'ONG de défense des droits de l'homme, dont un concernant un jeune homme de 21 ans, exécuté le 16 janvier dernier pour un crime qu'il aurait commis alors qu'il était encore mineur.

"Les autorités iraniennes font tout ce qu'elles peuvent pour éviter que se répètent les manifestations post-électorales de 2009", affirme Mahmood Amiry-Moghaddam, porte-parole d'IHR. "Répandre la peur et terroriser la société avec des exécutions publiques sont leur seul instrument efficace." Ces exécutions publiques semblent pourtant faire fureur. La semaine dernière, un prisonnier condamné pour viol a été pendu dans un stade, dans la ville de Sabzevar, dans le nord-est du pays. D'après les images de l'exécution, l'enceinte affichait complet. 

Source : Bashgah Khabarnegaran

Rédigé par Gérard Brazon

Publié dans #Le Nazislamisme

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DURADUPIF 22/01/2013 18:24


L'image de premier plan si elle est bien liée à cette tuerie ne semble pas reflettée des personnes favorables à cette parodie de protection de la société iranienne. Néanmoins il en faudra
beaucoup plus pour chasser les mollah. L'opposition iranienne semble être à des années lumière de la reconquista vers un Etat démocratique. L'islamisme dictature s'effondrera t'il comme le
marxisme sans aide extérieure ? Il faudra interroger la CIA, le Mossad, la DCRI et l'ex-KGB.