En quasi faillite, la Grèce enregistre un recul de 6,2% du PIB au deuxième trimestre 2012. Par The Wolf

Publié le 15 Août 2012

En Grèce, les mauvaises nouvelles se succèdent et se ressemblent. Le produit intérieur brut (PIB) s’est contracté de 6,2% au deuxième trimestre 2012 en rythme annuel, selon les estimations publiées lundi par l’Autorité des statistiques grecques. Un brin meilleure qu’au premier trimestre (6,5%), cette information tombe tout de même mal du fait qu’Athènes s’apprête à se refinancer, ce mardi, à hauteur de 3,13 milliards d’euros. Cette manne servira à rembourser deux emprunts qui arrivent à échéance le 20 août.

Le pays traverse ainsi sa cinquième année de récession. L’économie s’est contractée de 17,5% depuis le deuxième trimestre 2008. Le chômage a atteint un taux de 23% en mai dernier et, pour les jeunes de 15 à 24 ans, de 54,9%, soit le niveau le plus élevé au sein de l’Union européenne. «Nous multiplions les mesures d’austérité imposées par les bailleurs de fonds et il n’y a presque rien pour la croissance», a commenté Elena Panaritis, une ancienne membre du parlement grec, citée par Bloomberg.
Le gouvernement s’est en effet engagé à réduire le déficit budgétaire à 7,3% du PIB en 2012, contre 9,1% l’an dernier.

Une certaine confiance est tout de même de mise du fait que le nouveau ministre des Finances, Yannis Stournaras, s’est lancé dans une guerre ouverte contre les dépenses de l’Etat. Apolitique, mais plutôt proche des conservateurs grecs, il travaille à présent sur un nouveau plan d’économies de 11,5 milliards d’euros pour les années 2013 et 2014, condition imposée par la troïka (Commission européenne, Banque centrale européenne et Fonds monétaire international). Objectif: le déblocage d’une prochaine tranche de crédit de 31,5 milliards d’euros dans le cadre du deuxième plan d’aide de 140 milliards d’euros adopté en février.

Yannis Stournaras avait affiché la couleur bien avant qu’il soit nommé ministre. Recevant le journal suisse “Le Temps” l’an dernier à la Fondation pour la recherche économique et industrielle, un think tank basé à Athènes et dont il était le directeur, il affirmait que, depuis que la Grèce a adhéré à la zone euro en 2001, les réformes sont restées en panne. Il imputait déjà le déficit – 10% du PIB – aux fonctionnaires qui recevaient beaucoup d’argent, aux recrutements pléthoriques dans les services publics et aux politiques sociales inefficientes. «Les salaires des fonctionnaires sont le double que dans le secteur privé, ironisait-il. Nous avons 100% de plus de fonctionnaires qu’en 1980.»

 

Bras de fer  entre l’Etat et ses salariés

Yannis Stournaras est à présent engagé dans un bras de fer avec le Syndicat de la fonction publique. Comme il le préconisait l’an dernier, il veut privatiser les nombreux services d’Etat, dont la poste. Selon le quotidien grec Kathimerini de lundi, les employés y seraient totalement opposés et devraient décider d’actions syndicales. Le gouvernement ne pourrait-il pas convaincre les syndicats? A cette question, Yannis Stournaras répondait en 2011: «Le dialogue n’est pas possible avec ce type d’interlocuteurs. Le gouvernement doit montrer que c’est lui qui est le maître à bord.» Et d’ajouter: «La majorité silencieuse veut des réformes.»

Une corruption endèmique 

Le site de CNBC rapporte que, du fait des mesures d’austérité draconiennes qu’ils ont subies, les Grecs ne peuvent plus payer les « fakelaki » , ou “petite enveloppe”, ces enveloppes de bakchich qu’ils avaient l’habitude de payer aux employés de l’Etat pour obtenir des avantages, ou être oubliés du percepteur des impôts . Le contribuable moyen aurait eu à payer en moyenne 2.000 euros, tandis que les contribuables les plus favorisés devaient payer 10.000 euros.

En 2011, un rapport de Leandros Rakintzis avait établi que c’était les fonctionnaires chargés de la collecte des impôts et ceux du secteur de la santé qui étaient les plus corrompus. « Même si la crise n’a pas réduit la corruption en elle-même, elle a réduit le prix de la corruption », a expliqué Rakintzis sur la chaîne Skai TV. « Ils [Les fonctionnaires] ont réduit leur prix ».Dans le journal Proto Thema, il avait expliqué que l’on ne voyait plus d’enveloppes avec des montants importants comme par le passé, parce que l’argent avait disparu.

La corruption rampante est une véritable maladie en Grèce qui a directement impacté les difficultés du pays à se financer au moyen de ses recettes d’impôts. Sur 1403 affaires de corruption, seules 393 avaient été transmises à des juges. Le rapport avait conclu que les fonctionnaires les plus corrompus étaient ceux de l’administration des impôts, et ceux qui comptaient plusieurs années d’expérience.

Un scandale politique a éclaté en Grèce lorsqu’il est devenu notoire qu’un ancien dirigeant d’une banque nationalisée, la banque ATE, a transféré 8 millions d’euros de ses économies personnelles à l’étranger  pour acheter une propriété à Londres. Il aurait effectué ce mouvement de fonds seulement quelques mois avant que la banque qu’il dirigeait ait été sauvée de justesse de la faillite. C’est le site grec Realnews qui a rapporté cette information.

Theodoros Panatalakis, qui dirigeait la banque ATE, s’est défendu d’avoir commis quelque chose de répréhensible, et a précisé que la somme en question avait été déclarée au fisc et qu’il avait dûment payé ses impôts dessus en 2011. Par ailleurs, à la fin de ce mois, Panatalakis est convoqué pour témoigner des trois années qu’il a passées en tant que dirigeant de la banque ATE devant un comité parlementaire à Athènes.

Sur les trois dernières années, des douzaines de Grecs fortunés ont acheté des propriétés luxueuses à Londres pour mettre leur argent à l’abri de la crise, tandis que leurs compatriotes moins fortunés devaient se serrer la ceinture compte tenu des mesures d’austérité sans précédent.

« Personne ne dit que Panatalakis a transféré ces fonds à l’étranger illégalement. Mais comme il était à la tête d’une banque d’État à un moment de crise économique et financière, il y a tout de même un problème éthique évident », a expliqué un banquier grec qui a souhaité rester anonyme au Financial Times.   Pantalakis avait démissionné de la banque ATE le mois dernier lorsque les actifs les plus sains de cette banque avaient été rachetés pour 95 millions d’euros par la Banque du Pirée. Lui-même s’était opposé à cette privatisation.

 Signe des temps pour ceux qui restent “au Pays”

La crise grecque n’échappe pas à la règle : elle profite à quelques secteurs, comme en témoignent les fabricants de bicyclettes qui ont vu leur chiffre d’affaire augmenter très fortement en conséquence de l’abandon des voitures, devenues trop chères  à l’usage. En 2010 et en 2011, le nombre de véhicules sur les routes s’est réduit de 40%. En contrepartie, l’année dernière, 200.000 vélos se sont vendus en Grèce, soit 25% de plus que l’année passée.

Lassitude des Pays du Nord de l’Europe

Un cacique du parti de la chancelière allemande Angela Merkel, Michael Fuchs, a réiétéré dans un entretien lundi au quotidien allemand Handelsblatt que l’Allemagne mettrait son “veto” à de nouvelles aides européennes à la Grèce si elle jugeait qu’Athènes “n’a pas rempli ses obligations”. 

La troïka va publier son rapport concernant la Grèce, et la ruine des finances publiques du pays sera encore plus évidente. Alors qu’on évoque déjà des dizaines de milliards d’euros de déficit supplémentaire, les politiciens allemands ne dissimulent plus leur souhait d’un « Grexit ». Mais une sortie de la Grèce de la zone euro risque d’entraîner d’autres pays méditerranéens dans son sillage, comme l’Espagne, le Portugal, ou l’Italie.

En juillet, les taux d’intérêt sur les obligations espagnoles ont dépassé les 7,5%, et le plan de sauvetage du système bancaire espagnol, pour un montant de 100 milliards d’euros, n’a pourtant guère apaisé les marchés. Bien que le gouvernement espagnol s’en défende, l’Espagne aura probablement besoin d’un plan de sauvetage à la fin de cette année.

Or, ces plans de sauvetage successifs commencent à lasser les Européens, à commencer par les Hollandais, qui doivent voter le 12 septembre. Et quand bien même ils consentiraient à accorder de nouveaux plans de secours, il est probable que les fonds de secours seraient insuffisants pour porter aider l’Espagne ou l’Italie. Le FESF ne parvient plus à lever des fonds, et on ne sait pas si le MES sera ratifié par le parlement allemand

Mais pour l’historien Thomas van der Dunk, cette intervention ne masque guère la réalité de la situation : la Grèce est en faillite. Il s’en explique dans le journal hollandais De Volkskrant  :

« A part le chaos qu’elle provoquerait, une faillite signifierait également que d’autres pays européens ne pourraient pas récupérer l’argent qu’ils ont prêté au pays. Pire : les politiciens de l’Europe, et notamment Jan Kees de Jager (le ministre des Finances des Pays Bas), seraient forcés de l’admettre et de concéder qu’ils ont eu tort. Cela constituerait un échec psychologique énorme pour les tenants d’une intégration européenne plus forte et mettrait de l’eau au moulin des eurosceptiques et des populistes : les électeurs verraient qu’ils avaient raison. Pour toutes ces raisons, cette étape est repoussée au plus tard possible. Athènes aussi, sait cela. C’est un peu comme l’attitude des généraux lors de la Première Guerre Mondiale : poursuivre le combat était inutile, mais ils ne pouvaient l’admettre. Parce qu’alors, tous les sacrifices se seraient avérés vains. Donc ils ont persévéré ».

La « rentrée sera chaude », prophétise Charlemagne de The Economist. Le destin de la monnaie unique va se jouer cet automne 2012 , estime le journal économique.

Synthèse réalisée par The WOLF Le 14 Aout 2012

 

Rédigé par Gérard Brazon

Publié dans #Europe liberticide

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marco 15/08/2012 20:21


Je pense que les dés sont jetés depuis longtemps.La Grèce ne se relèvera jamais tant qu'elle restera dans l'euro,et tant qu'elle ne remettra pas ses comptes a jour.Pas besoin de sortir de l'école
d'administration pour avoir compris ça....