ERDOGAN PAIE L’ÉCHEC DE SA STRATÉGIE AU MOYEN-ORIENT.

Publié le 29 Octobre 2013

Ce sujet a été traité dans l’émission «Tous est dans la presse» de I24NEWS du dimanche 27 octobre 2013 avec la participation de Dror Even-Sapir et Emmanuelle Elbaz-Phelps (Télévision israélienne 10).
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Le premier ministre turc Tayyip Erdogan a du mal à se remettre de ses échecs au Moyen-Orient. L’équipée de la flottille a été un flop diplomatique puisqu’à ce jour il n’a pas réussi à mettre les pieds dans la bande de Gaza alors qu’il croyait être reçu en héros. Les embrassades avec Bachar al-Assad se sont transformées en combats sanglants à la frontière avec pour conséquence le réveil du nationalisme kurde.

           
Il est incontestable que sa vision politique a été entachée d’erreurs dont il paie actuellement le prix. Toutes les actions qu’Erdogan a initiées se sont retournées contre lui et son pays. En prenant la décision grave, et pour certains irréfléchie, d’abandonner brutalement l’alliance avec Israël, il a orienté ses visées vers l’Égypte avec la secrète volonté de remplacer Hosni Moubarak comme leader du monde arabo-musulman.

 

C’est donc naturellement qu’il a misé sur le nouveau pouvoir des Frères musulmans en tentant de leur vendre son modèle turc, alliant démocratie et islamisme. Il pensait exporter son système dans tous les pays de la révolution du Printemps arabe mais personne n’en a voulu. Le coup d’État militaire qui a destitué Mohamed Morsi a réduit à zéro ses ambitions régionales. Sans analyser, dans la stratégie du président Morsi, les raisons de l’échec des Frères musulmans, Recep Tayyip Erdogan a reporté la faute sur Israël, accusé d’être derrière la destitution du président Mohamed Morsi par l’armée. Il a exploité la même ficelle, habituellement utilisée par les pays arabes, consistant à prendre Israël comme exutoire.

En fait le choix fait par les Turcs de tourner le dos aux Israéliens et de  miser sur la Syrie, l’Irak et l’Égypte s’est révélé être un échec cinglant. Après l’avoir soutenu, Erdogan a abandonné le président syrien Bachar al-Assad pour prendre le parti des rebelles. Il a démontré sa piètre capacité d’analyse politique puisque le camp des opposants à Assad s’est peu à peu effondré. Il a envenimé ses relations avec l’Irak en refusant d’extrader le vice-président irakien Tariq al-Hashémi et a misé sur le mauvais cheval en Égypte. Son paradoxe, en tant que rare pays musulman démocrate, a été d’établir des liens avec des dictateurs sans tenir compte des souhaits des peuples, conduisant à un vide quand ces dictateurs sont écartés du pouvoir.
Erdogan a trop exposé ses ambitions de prendre le leadership du monde arabe et il a donc indisposé les pouvoirs féodaux en place, réticents à le voir au sommet. Ils ne lui ont jamais pardonné de s’être compromis avec les Frères musulmans. D’ailleurs, dès le retrait de Mohamed Morsi, l’Arabie saoudite, le Koweït et les Émirats ont annoncé la couleur en débloquant immédiatement vingt milliards de dollars à l’intention des militaires égyptiens alors que Morsi avait eu du mal à obtenir un prêt de 4 milliards auprès du FMI. Le Qatar lui-même, malgré ses accointances idéologiques avec les Frères, a maintenu ses 7 milliards de dollars déposés dans la Banque Centrale égyptienne pour aider le nouveau régime.
Les Saoudiens ont cherché à convaincre Erdogan de ne pas soutenir les Frères musulmans mais il avait fait preuve à leur égard d’une arrogance et d’une suffisance dont il a payé le prix. Il avait en effet  répondu : «comment oserez-vous parler de la défense de l’État islamique et de l’islam et des musulmans alors qu’on vient d’écarter un président musulman et de surcroit élu au terme d’une élection libre et transparente?»Ces divergences de vues ont rendu difficiles les relations de la Turquie avec l’Arabie saoudite. La sanction a été immédiate puisqu’il s’est retrouvé isolé dans un monde arabe qu’il voulait pourtant conquérir politiquement. 

Rédigé par Gérard Brazon

Publié dans #Politique étrangère

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