Esclavage: la repentance pour la Turquie ?

Publié le 4 Février 2011

            La chasse à l’esclave chrétien fut chantée par les poètes de Cour, à la solde des émirs ottomans d’Anatolie. Grâce à eux nous connaissons les «exploits » des pirates de Smyrne et d’Alania qui enlevaient les femmes et les enfants de «ces chiens de mécréants».

           De 1327 à 1348, Umur Pacha, l’un des cinq fils de l’émir d’Aydin, lui même émir de Smyrne et pirate à tous vent, sema la terreur dans tout l’Orient méditerranéen, dans les îles de Chio et de samos, et jusque sur les côtes Péloponnèse. Non pour conquérir des terres, non même pour établir des guerriers et des marchands en quelques comptoirs, mais pour ramener, chaque saison, de merveilleux butins et des centaines de captifs. Ses hommes « capturèrent beaux garçons et belles filles sans nombre au cours de cette chasse et les emmenèrent. Ils mirent le feu à tous les villages…Au retour, riches et pauvres furent remplis de joie par ses présents. Tout le pays d’Aydin fut comblé de richesses et de biens et la gaieté régna partout. Filles et garçons, agneaux, moutons, oies, canards rôtis et le vin étaient débarqués en abondance. A son frère, il donna en cadeau nombre de vierges aux visages de lune, chacune sans pareille entre mille ; il donna aussi de beaux garçons francs pour qu’il dénoue les tresses de leurs cheveux. A ces cadeaux, il ajouta de l’or, de l’argent et des coupes innombrables ».

Ce n’étaient pas simples brigandages, expéditions de forbans, de hors-la-loi, mais une guerre encouragée par les chefs religieux, aventures bien codifiées, menées selon la Loi et les règles de l’islam, en tous points une guerre sainte : la cinquième part du butin, « part de Dieu », allait aux orphelins, aux pauvres et aux voyageurs.

Les armées ottomanes franchissent les détroits vers 1350, s’établissent à Andinople, défont les Serbes à Kosovo (1389) puis les princes et les chevaliers de la croisade de Sigismond de Hongrie à Nicopolis (1396). Pendant plus d’un siècle, elles allèrent de plus en plus loin à la chasse au butin et aux esclaves. En 1432, Bertrandon de la Brosion, conseiller du duc de Bourgogne et chargé de mission en Orient, par ailleurs tout à fait capable de s’entendre avec les Turcs au cours de son voyage en Anatolie, croise sur sa route, dans les Balkans, plus d’une troupe misérable de captifs menés par des guerriers au retour d’une razzia chez les chrétiens et prend alors conscience de la manière dont les Turcs traient leurs prisonniers, tous voués à l’esclavage :

«
Je vis quinze hommes qui étaient attachés ensemble par de grosses chaînes par le cou et bien dix femmes, qui avaient été pris peu auparavant dans une course que les Turcs avaient faite dans le royaume de Bosnie et qu’ils conduisaient pour les vendre à Andrinople.
Ces malheureux demandaient l’aumône aux portes de la ville ; c’était une grande pitié que de voir les maux dont ils souffraient.
»

Ils prenaient les enfants pour les convertir de force et les initier très jeunes au métier des armes, les soumettre à un dur entraînement pour en faire ces janissaires, corps d’élite de leur armée.

Partout où passaient leurs troupes ou leurs galères de combat ce n’étaient que rafles de prisonniers, butin de guerre.

 

A la même époque et jusqu’à leur retentissante défaite de Lépante (7 Octobre 1571), où plus d’une centaine de leurs galères furent envoyées par le fond ou prises d’assaut, les Turcs ne cessèrent de lancer chaque année vers l’Occident, Espagne et Italie surtout, de fortes escadres chargées de nombreuses pièces d’artillerie. Les sultans criaient leur détermination de prendre Rome et d’anéantir les Etats Chrétiens, ceux du roi d’Espagne en premier. Ils échouèrent et cet acharnement à poursuivre leurs attaques si loin de leurs bases du Bosphore et d’Asie n’eut pour eux d’autres profits que de ramener régulièrement des troupes d’hommes et de femmes, de jeunes gens surtout, pris lors des sièges de villes pourtant puissamment fortifiées ou razziés au long des côtes. De telle sorte que cette guerre des sultans ottomans de Constantinople, de Sélim Ier et de Soliman le Magnifique, s’est le plus souvent ramenée à de misérables et cruelles Raffles d’hommes. Dans un des gros bourgs de la Riviera génoise, en 1531, un homme sur cinq se trouvait alors esclave chez les Turcs.

Dans Alger, où l’on ne comptait pas moins de six ou sept bagnes pour les chrétiens, plusieurs centaines de captifs, peut être un millier, étaient entassés dans des conditions épouvantables, dans le plus bagne, situé en plein cœur du tissu urbain, sur le souk principal qui courait d ‘une porte à l’autre. C’était un vaste édifice de soixante-dix pieds de long et quarante de large, ordonné autour d’une cour et d’une citerne. Au temps d’Hassan Pacha, dans les années 1540, 2000 hommes logeaient dans un bagne plus petit et, un peu plus tard, encore 400 dans celui dit « de la Bâtarde ». A Tunis, demeurée longtemps indépendante sous un roi maure, la conquête de la ville par les Turcs, en 1574, fit que l’on bâtit en toute hâte huit ou neuf bagnes qui suffirent à peine à y entasser les prises de guerre. Les hommes s’y pressaient jusqu’à dix ou quinze dans des chambres minuscules, voûtées et sombres, etc.

La question se doit d’être posée de nouveau aujourd’hui au grand jour. Pourquoi ces faits nous sont-ils cachés ? Pourquoi si certains demandent réparations pour d’autres faits ne devrions-nous pas demander réparations pour tous ceux-ci ?

Si d’autres entretiennent cette mémoire et éduquent leur population dans cette relation à cette histoire, pourquoi n’aurions-nous pas le droit nous aussi d’avoir de la mémoire et de lire les événements présents en les reliant au sens de cette vieille histoire ?
Qui veux-t-on désarmer ? Qui doit être armé ? Et au nom de quoi ? De qui ?

Cette mémoire entretenue a pour eux un but.

Une vision. Qui trouve son affirmation légitimée dans le perpétuel renouvellement et apprentissage de son souvenir et de sa continuité dans les évènements contemporains. Ainsi l’Histoire , ils en font vraiment partie et peuvent même y participer. Ils vivent dans leur chair cette Histoire qui se fait.

Car cette histoire est pour eux vivante et c’est ainsi qu’ils peuvent ressentir avec la même émotion les évènements d’il y a mille quatre cent ans et ceux qu’ils vivent parfois à travers, interposé, le poste de télévision, même si ces évènements, contemporains eux, se passent à 20 000 kilomètres de leur domicile. C’est qu’il y a, pour eux, un sens dans les évènements d’hier et d’aujourd’hui. La même histoire se poursuit et continue de s’accomplir. Celle d’une guerre perpétuelle. Dont ils ont conscience. Et qu’au fond ils soutiennent.

L’idée que pour eux l’histoire n’est pas morte et qu'ils en sont les acteurs possibles et nécessaires.

Une histoire de Guerre. Une guerre dont ils seraient les victimes. Où ils ne prendraient jamais une part de responsabilité réelle. Ou en tout cas qui finalement est justifiée au regard de leur objectif politico/religieux.

Ce qu’ils ont gardé et entretiennent, c’est un lien, et le sentiment affirmé qu’il y a derrière l’Histoire une philosophie de l’histoire, c’est-à-dire un sens total de l’histoire qui explique le passé de l’humanité et commande son avenir.

Or, c’est ce lien et jusqu’au questionnement de ce lien que nous avons perdu.

Non pas que ce questionnement du sens de l’histoire face publiquement défaut ( Cf Fukoyama et Co…). Mais ce qu’il implique , profondément, lui le fait. Nous en avons perdu la saveur. Car il est tout de même assez surréaliste que certains, pensent encore ce questionnement, mais que le sens de celui-ci échappe en fait au plus grand nombre. Pour la plupart de nous tous, ce questionnement et ce lien ne sont plus qu’un objet de débat. Ni plus ni moins. Un débat ouvert, à l’image de notre société. Or, pour celui qui éprouve ce lien comme un spectateur regarde une histoire qui ne serait pas la sienne, il n’a pas d’intérêt à s’y investir plus particulièrement. On peut très bien même ne pas trouver d’intérêt ni de sens à questionner notre lien à notre passé ni le sens que ce lien peut avoir.

Ce sentiment d’indifférence peut très bien être accentué si l’éducation que vous recevez ne vous donne pas les moyens de concevoir cette interrogation.

Victimes de la méthode de lecture globale et du traitement idéologique d’une classe professorale de gauche et surtout d’extrême gauche à plus de 75%, les générations d’élèves des années 80 à 2005 ne pouvaient pas ne pas finir par en être profondément marquées.

On retrouve principalement cette influence dans la fissuration de deux piliers fondateurs de tout fondement d’une société : la capacité à lire, comprendre et analyser les problématiques d’un texte ; La place de l’histoire et du sens de l’histoire de l’entité civilisationelle dont ses élèves sont les potentiels héritiers.

Une fois cette fragilisation des esprits effectuée, alors la véritable manipulation peut commencer.

Et tout peut être réécrit, occulté ou déformé, et jusqu’à la validité de l’expérience civilisationelle qui a été celle des générations antérieures, par le biais d’une culpabilisation perpétuelle.

Et pour eux de devenir ainsi les jouets de l’Histoire. Ou plutôt de celle de leurs ennemis de civilisation. Et de ceux qui permettent à ses ennemis de jouer gagnant.

L’enjeu de l’histoire est là. Premier. Primordial.

Apprendre et comprendre les enjeux de cette histoire qui se fait afin qu’elle ne se défasse pas dans des âges de chaos.  Se (re)souvenir que ces enjeux produisent des situations mortelles.

Et que ce danger, ni notre frivolité ni notre lâcheté ne nous empêcheront d’avoir à l’affronter comme ont dues l’affronté les générations antérieures.

Et que si nous décidons d’affronter, enfin, notre destin, nous devrons avoir assez de force encore pour l’affronter victorieusement…

Rédigé par Gérard Brazon

Publié dans #Histoire de France

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Eric Week 04/02/2011 17:29



 


Bravo pour votre combat. Cela fait 3 mois environ que j'ai découvert votre site et par là-même, Malika Sorel, Riposte Laïque, Résistance Républicaine et Yvan Rioufol. Eric Zemmour est plus
médiatique car passant à la tv.Bravo à tous, cela donne espoir, tout n'est pas perdu encore. J'ai suivi les assises depuis mon PC, bref je suis de plus en plus et mieux informé. Grâce à
vous. Vous défendez la liberté d'expression ce que j'estime être la base de la démocratie et aussi nos valeurs. J'attendais le moment du "Devoir de mémoire" qui nous incombe à nous aussi, de ne
pas oublier ce que notre pays a apporté au monde et dont il n'a pas à rougir. Liberté, Egalité, Fraternité : voilà le vrai devoir de mémoire que nous devons transmettre et bien plus fort que
l'invraisemblable repentance à laquelle on veut nous soumettre.


Quant à l'article présent, et pour apporter de l'eau, on pourrait parler aussi des janissaires turcs.


Cordialement,


EW