Et le changement à droite, c’est maintenant ? Par Philippe Randa

Publié le 20 Juin 2012

de Philippe Randa

La sentence « tout change pour que rien ne change » a été démenti avec le résultat des élections législatives françaises. Deux constats le prouvent.

Le premier est que les têtes d’affiches victorieuses, à un titre ou à un autre, de l’élection présidentielle en 2007, ont toutes les trois chutées cinq ans plus tard… Nicolas Sarkozy a échoué à se faire réélire et Ségolène Royale a connu un premier camouflet lors des primaires de son parti qu’elle avait emporté haut les votes des militants à l’époque, puis un second en se faisant souffler la députation à La Rochelle ; quant à François Bayrou, troisième homme de l’élection présidentielle en 2007, il est passé cette fois-ci sous la barre des 10 % et a perdu son dernier mandat national, soit le siège de député du Béarn qu’il occupait sans discontinuer depuis 1986.

Dans le même temps, François Hollande, que le dynamisme de son ex-compagne avait découragé de concourir à la primaire de son parti en 2006, a remporté celle de l’année dernière et a conquis l’Élysée ensuite.

De même, l’autre grand perdant de 2007, Jean-Marie Le Pen, avait reculé à la quatrième place avec seulement 10 % des suffrages… Sa fille, après lui avoir succédé à la tête de son mouvement, a obtenu un meilleur score  présidentiel encore que lui en 2002 lorsqu’il se qualifia pour la second tour et, si elle a raté son siège de député à une centaine de voix, elle a fait entrer deux députés de son Rassemblement Bleu Marine à l’Assemblée nationale.

Le deuxième constat concerne la déclaration, voilà maintenant près de quarante ans, de l’ancien Président Valéry Giscard d’Estaing, assurant que la France aspirait à être gouvernée au centre. Cette fumeuse opinion, à défaut d’avoir jamais été prouvée – et pour cause ! – a été l’obsession de la droite parlementaire jusqu’en 2007, année où Nicolas Sarkozy a « droitisé » son discours sans honte aucune et avec le succès que l’on sait.

Dans le même temps, François Bayrou a voulu séparer « le Centre » de la droite parlementaire et n’a essuyé que des défaites électorales : son Modem est aujourd’hui réduit à une peau de chagrin trouée : un drap de centristes, en quelques sortes…

Quant au Nouveau Centre, il n’a strictement aucune autonomie, la preuve par son leader fort peu charismatique Hervé Morin que l’UMP a rapidement fait rentrer dans le troupeau après ses velléités de candidature à l’élection présidentielle. Idem pour Jean-Louis Borloo.

Il est donc assez étonnant d’entendre encore certains leaders de l’UMP affirmer depuis dimanche soir que la gauche l’a emporté parce que l’UMP a trop tenté de récupérer l’électorat frontiste et que le centre, dixit Jean-Pierre Raffarin, n’a pas eu la place qu’il méritait lors du dernier quinquennat. Tout au contraire, sa déclaration d’entre les deux tours de l’élection présidentielle affirmant qu’un François Bayrou ferait un excellent Premier ministre pour un second quinquennat de Nicolas Sarkozy, a été un véritable coup de poignard dans le dos de la stratégie de campagne de celui-ci, qui compromit un peu plus encore, si nécessaire, son éventuel succès.

De même, affirmer que les députés qui ont tendu la main – du moins, avec parcimonie, dans certaines de leurs déclarations – aux électeurs du Front national, ont davantage mordu la poussière que ceux qui repoussèrent, encore et toujours, toute perspective d’union à venir avec le mouvement à la flamme tricolore, n’est guère crédible…

Que l’on sache, ni Nadine Morano, ni Claude Guéant, pour ne citer que ces deux figures de proues du sarkozysme, n’ont jamais eu le courage d’affirmer leur volonté d’entente électorale avec le FN…

Quant aux valeurs communes que la première a brusquement revendiqué haut et fort lorsqu’elle se trouva « fort dépourvue quand la bise du ballotage fut venue » et qu’elle eut besoin du «moindre petit morceau de mouche ou de vermisseau frontiste (…) criant famine dans les colonnes du journal Minute, priant de lui prêter quelque suffrages pour atteindre sa survie électorale »… et les mêmes valeurs communes que les seuls médias prêtent à l’ancien Ministre de l’Intérieur qui, jamais, n’en a confirmé la plus petite d’entre elles, gageons que l’électeur frontiste n’ait fait payer comme il se doit leur lâcheté politique passée, à l’une comme à l’autre. Le changement à droite, c’est maintenant ? Non, c’est trop tard…

Rédigé par Gérard Brazon

Publié dans #Politique Française

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