Et nulle part, je n'ai entendu dire "disproportionné". Par Richard Rossin

Publié le 25 Septembre 2012

Par le Dr Richard Rossin

Il est vrai d’abord que « l’innocence des Musulmans » est une farce médiocre, du moins pour les quelques minutes que j’ai pu en voir. La médiocrité est souvent le lot du genre. Les réactions par contre sont sans commune mesure avec cette chose falote, qu’elles viennent d’Occident ou d’Orient. Du coup bien des réflexions s’imposent.

 

D’abord il semble que ce pamphlet dont il faut bien convenir qu’il s’étaye sur des données historiques dont les faits sont ici outranciers soit « sorti » il y a six mois. Comme pour les fameuses caricatures danoises du Prophète de l’Islam en 2006 les réactions sont bien tardives. On remarquera qu’elles ont éclaté le 11 septembre… une date anniversaire ; onze ans après l’attentat contre le World Trade Center de New York. Ce ne peut être une coïncidence.

Comme en 2006 les réactions sont tardives et violentes et veulent paraître spontanées. Depuis l’affaire des « versets sataniques de Salman Rushdie en 1989 les intimidations islamistes ne cessent pas et sans réaction adéquate elles ne cesseront pas.

Le website arabe El Fagr avait relaté les menaces dès le 8 septembre. D’ailleurs quand on a un peu voyagé dans les pays musulmans à l’encadrement policier considérable, il est difficile d’imaginer une quelconque spontanéité notamment autour des ambassades. Il ne peut s’agir que d’un message des groupes radicaux avec au minimum l’assentiment des autorités. On voudrait encore nous faire croire qu’il s’agit d’une manifestation spontanée : avec des armes légères et des lances roquettes ! Bien sûr les attaquants sont des sauvages, on les dit peu nombreux ; si tel est le cas ils sont très efficaces partout dans le monde musulman. Il faut vraiment peu de choses pour soulever les foules dans le monde arabo-islamique, des foules de mâles uniquement. A Paris  même une petite foule hurle « égorgez les Juifs » !

Les premières réactions des officiels et des médias occidentaux, fustigeant la mauvaise satire sont tout aussi folles. En effet, le réalisateur a-t-il contrevenu à la loi ? La loi n’a pas été enfreinte. Nos parents se sont battus pendant des siècles pour les libertés d’opinion et d’expression. Faut-il rappeler Voltaire ?  D’abord « Nul n'a le privilège de toujours se tromper » puis surtout « Je ne suis pas d'accord avec ce que vous dites, mais je me battrai jusqu'à la mort pour que vous ayez le droit de le dire. » Alors pourquoi a-t-il fallu entendre ce que nous avons entendu de bien des têtes pensantes pour une opinion qui n’a été diffusée qu’aux USA et que personne n’est obligé ni de voir ni d’accepter ? L’affaire aurait dû en rester là, mais peut-être s’agissait-il là d’éviter de « stigmatiser » a posteriori ceux qui ont commis des meurtres et des actes de guerre. J’affirme qu’il n’y a pas à transiger sur les principes de liberté et d’égalité à défaut d’une fraternité qui nous est refusée. 

C’est une véritable atteinte à la liberté et une proposition de censure. Je note au passage que nos spécialistes de la liberté d’expression à tous crins  ne s’expriment pas, Dieudonné en tête. Il est vrai qu’immédiatement fut évoquée avec insistance l’idée que le réalisateur était un israélo-américain. La victime expiatoire est un phœnix sans cesse renaissant de ses cendres depuis la nuit des temps. Les temps restent dans la nuit. Qui veut que les temps restent dans la nuit ? Est-il ensuite venu à l’esprit de quiconque de s’excuser pour cette accusation insultante ? Aujourd’hui une seule susceptibilité est prise en compte.

Des asymétries il y en a beaucoup. Si le film est dégoutant, que dire des attaques et du viol puis du meurtre de l’ambassadeur américain en Libye ? Quel curieux équilibre. Depuis plus de deux siècles, nous luttons contre le pouvoir des religieux et il y eut des outrances… Que signifie donc se plier au respect particulier de ce culte-là dans nos pays? Devenons-nous incultes avec notre propre histoire ? N’avons-nous plus de valeurs à défendre ?

Oui, la demande de retirer le film est un retour à la censure.

Le viol, en Libye, de l’ambassadeur américain dont la dépouille fut trainée en trophée à travers la ville, rend finalement le film justifiable ! Que faisait donc cet ambassadeur ? Il avait acclamé la « révolution » et venait aider à construire une meilleure Libye. La bonne question est de la volonté de ces Libyens à vouloir un pays plus libre et une liberté d’expression. Le viol et le meurtre sont-ils innocents ?  Le summum de l’indécence a été atteint par chef du gouvernement du Hamas à Gaza, Ismaïl Haniyeh : il a appelé jeudi dernier l’administration américaine à « présenter des excuses » aux musulmans pour la diffusion de ce film produit et réalisé aux Etats-Unis, jugé offensant envers l’islam.

Des excuses ne doivent-elles pas être fermement exigées des gouvernements qui hébergent ces assassins avec sommation d’actes de justice et de prévention ? Car n’est-ce pas aux musulmans eux-mêmes de faire le ménage ? N’est-ce pas à eux d’introduire la tolérance dans leur religion ? Mais il semble, à ouir les prêches de haine, qu’il s’est agi d’un printemps sans nettoyage de Pâques.

Asymétrie des faits, des morts versus le sentiment d’insulte. Y a-t-il une raison pour massacrer ? Ou s’agirait-il d’une religion qui prône l’intolérance et l’assassinat.

Le problème n’est pas récent, déjà Beaumarchais en parlait dans le mariage de Figaro# : « « Je broche une comédie dans les mœurs du sérail. Auteur espagnol, je crois pouvoir y fronder Mahomet sans scrupule: à l'instant un envoyé... de je ne sais où se plaint que j'offense dans mes vers la Sublime-Porte, la Perse, une partie de la presqu'île de l'Inde, toute l'Egypte, les royaumes de Barca, de Tripoli, de Tunis, d'Alger et de Maroc: et voilà ma comédie flambée, pour plaire aux princes mahométans, dont pas un, je crois, ne sait lire, et qui nous meurtrissent l'omoplate, en nous disant: chiens de chrétiens! - Ne pouvant avilir l'esprit, on se venge en le maltraitant » et de conclure « « Sans la liberté de blâmer, il n'est point d'éloge flatteur; et qu'il n'y a que les petits hommes qui redoutent les petits écrits. »  C’est oublier encore que le terrorisme ne cesse de fleurir en herbe mauvaise et qu’à quelques exceptions notables les milliers de victimes oubliées sont musulmanes.

Partout dans le monde arabe enflammé les attaques symboles de représentations diplomatiques ne sont pas nouvelles et à Benghazi le film fut alibi… Oh on en a entendu des blablas, des explications des violences qui la plupart valent acquiescements !

Il n’y a pas de choc des civilisations, il n’y a que des ambassades impunément attaquées et des êtres humains massacrés.

Richard Rossin : Ancien secrétaire et fondateur de Médecins sans Frontières et Médecins du Monde

Rédigé par Gérard Brazon

Publié dans #Le Nazislamisme

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