Et P comme Pourri, et S comme Salaud… par Pierre Cassen.

Publié le 5 Avril 2013

Par Pierre Cassen Rédacteur en chef de Riposte Laïque sur Bd Voltaire

Pierre Cassen "Et F comme fasciste, et N comme Nazi, À bas, à bas, le Front national"! Qui n’a pas entendu, dans les manifestations, ce mot d’ordre repris souvent par des militants sincères, convaincus de combattre la bête immonde ? Peu importe que le parti visé, le FN, n’ait jamais été fasciste, ni qu’il n’ait professé de thèses nazies.

Les mêmes scandaient, dans un registre similaire, « CRS-SS », quelques années auparavant, montrant par ce mot d’ordre imbécile un relativisme inquiétant de l’Holocauste.

Dans les années 2000, quelques gauchistes avaient détourné ce slogan à l’encontre du Parti socialiste qu’ils voulaient exclure physiquement du mouvement social. Et pour cela, ils scandaient : et P comme Pourri, et S comme Salauds, À bas, à bas, le Parti socialiste !

Jean-Luc Mélenchon vient de reprendre ces deux qualificatifs, mais à l’encontre du seul camarade Cahuzac avec qui il a milité 31 ans au PS. Donc, à entendre le président du Parti de gauche, à l’unisson avec Hollande, Ayrault et tous les caciques socialistes, Cahuzac serait un pourri et un salaud, qui aurait trompé son parti, mais aussi l’ensemble d’une gauche candide, comme les alliés Verts et le Front de gauche.

Devons-nous comprendre que Jean-Luc Mélenchon, la soixantaine passée, serait toujours un perdreau de l’année, et que le ciel lui est tombé sur la tête ?

Urba, la région PACA, le Nord-Pas-de-Calais ne seraient que bavures exceptionnelles ? Le Parti socialiste, pour qui il appelle systématiquement à voter, serait un parti sain, seulement gangrené par quelques brebis galeuses ! Un peu comme l’islam serait une religion de paix et d’amour pervertie par quelques extrémistes minoritaires.

Mélenchon sait bien que c’est faux.

Il sait bien que Cahuzac incarne de manière cruelle et aveuglante ce qu’est devenu le sommet du PS, et une bonne partie de ses cadres intermédiaires. Il sait bien que les chefs socialistes, souvent cumulards, vivent bien, très bien, indécemment bien, sur la bête, ce qui ne les empêche nullement de réclamer des sacrifices aux Français.

Il sait que ce parti n’a plus, à de rares exceptions, de vrais militants ouvriers, mais des obligés qui mangent, et souvent très bien, grâce à lui.

Il sait bien qu’il génère nombre d’emplois à l’utilité discutable, réservés aux militants et aux encartés, quand il gère une ville, une communauté d’agglomérations, un conseil général, un conseil régional.

Il sait bien que la carte PS aide à avoir un logement confortable, mais aussi parfois à caser les enfants ou les maîtresses.

Il sait bien que plus d’un million de personnes, dans le milieu associatif, ne vivent que grâce aux subventions locales et nationales, le plus souvent attribuées par les socialistes.

Il sait que Sylvie Andrieux, à Marseille, a détourné 700.000 euros de la région, pour acheter le vote des quartiers nord, et qu’elle est encore député, grâce à la complicité du PS et de l’ensemble de la majorité de François Hollande.

Il sait, et cela doit être douloureux, qu’il doit quémander des miettes à ce parti, pour avoir des élus dont les indemnités font bouillir la marmite.

Mélenchon n’ignore donc pas que Cahuzac est certes un pourri et un salaud, mais qu’il est très représentatif de ce qu’est devenu le PS, un parti de notables cyniques et repus, qui n’a plus rien à voir avec ceux qui, hier, socialistes sincères, rêvaient d’un monde meilleur. Mais cela ne l’empêche nullement de servir de rabatteur à ce parti, pour qui il appelle tout le temps à voter.

Au fait, n’est-ce pas lui qui avait écrit un livre intitulé : « Qu’ils s’en aillent tous » ? Pourtant, à notre connaissance, il n’a pas encore demandé la dissolution de l’Assemblée nationale.

Le rebelle préféré du système sait qu’il y a des limites à ne pas franchir.

Pierre Cassen

Rédigé par Gérard Brazon

Publié dans #Politique Française

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