Et si on arrêtait d'aider l'Afrique? Et si on les considérait comme des adultes?

Publié le 17 Octobre 2011

Venance Konan

Slate Afrique 

(L'opinion d'un africain)

En septembre dernier, je suis allé présenter une communication sur le thème: « Société et religion en Afrique» , lors des rencontres pour la paix organisées par la communauté Sant'Egidio à Munich (en Allemagne). Il y avait dans mon panel deux évêques africains, une Européenne qui s'occupe d'une ONG de lutte contre le sida en Afrique et un ministre africain.

Aide considérable depuis cinquante ans

Lors des débats, l'on en vint à la question de l'aide à l'Afrique. Celui qui posa la question fit remarquer que depuis plus de cinquante ans, une aide considérable a été accordée à l'Afrique, et pourtant, la pauvreté n'y fait qu'avancer au lieu de reculer. «Comment doit-on aider l'Afrique?», demanda-t-il. Chacun apporta sa réponse qui consistait globalement à dire qu'il fallait faire en sorte que l'aide parvienne directement aux personnes qui en ont le plus besoin, en évitant les gouvernements qui sont tous plus ou moins corrompus. Pour ma part, je répondis en citant un poète africain-américain qui, dans les années cinquante, avait dit:

«Si le Noir n'est pas capable de se tenir debout, laissez-le tomber. Tout ce que je vous demande, c'est de ne pas l'empêcher de se tenir debout.»

Personne ne m'applaudit

Et j'ajoutai que, puisque l'aide à l'Afrique ne lui permet pas de sortir de la pauvreté et que plusieurs études menées par des économistes de renom ont démontré son côté nocif, la meilleure façon d'aider le continent noir serait, peut-être, d'arrêter de l'aider, et de laisser les Africains se débrouiller comme des adultes. J'ajoutai que le continent ne manquait ni de femmes et d'hommes intelligents, compétents dans tous les domaines, ni de richesses de tous ordres pouvant permettre aux populations de vivre décemment, et qu'il serait peut-être temps de laisser l'Afrique se prendre en charge, toute seule.

Personne ne m'applaudit lorsque je finis de parler, contrairement à la dame qui luttait contre le sida dont l'expérience avait été chaudement ovationnée. Le lendemain, je croisai un jeune prêtre burkinabè et une jeune congolaise originaire de la ville de Goma (en République Démocratique du Congo) qui se trouvaient dans le public. «J'ai beaucoup aimé votre communication, me dit le prêtre burkinabè; mais je ne suis pas du tout d'accord avec ce que vous avez dit à propos de l'aide.»

-Vous pensez que l'Afrique doit toujours tendre la main?

-Non, ce n'est pas ce que je voulais dire. Vous avez raison sur le fond; mais ce n'était pas ici qu'il fallait le dire. Il y avait dans la salle les représentants de tous ceux qui nous permettent, à nous religieux, de venir en aide à nos populations. Et plusieurs d'entre eux n'ont pas apprécié que vous disiez que l'Afrique doit se passer de l'aide. Ce sont des gens de bonne volonté qui se dévouent pour nous, et je pense que c'était déplacé de dire comme ça qu'il faut arrêter d'aider l'Afrique.

-Et sans l'aide de l'organisation de cette dame qui lutte contre le Sida, renchérit la jeune congolaise, je vous assure que mon pays se serait probablement vidé d'une bonne partie de sa population.

Un Dieu moins sauvage

Ainsi donc, je serais non seulement un ingrat, incapable de dire merci à ceux qui lui permettent de survivre, mais en plus j'ai l'outrecuidance de dire que je ne veux plus être aidé. Mon cas était très grave. Je restai silencieux, en pensant à ces véhicules tout-terrain bien climatisés de cette cohorte d'«humanitaires», aux joues roses, bien propres sur eux, qui sillonnent nos brousses, pour nous aider à creuser des puits, planter des arbres, construire des latrines, balayer nos cases, soigner nos nombreuses et vilaines maladies, organiser nos élections sans trop les truquer; pour nous apprendre à alimenter nos enfants, à en faire moins, à respecter les droits de l'homme et surtout de la femme... Je revoyais tous ces religieux arpentant dans leurs soutanes nos chemins caillouteux pour nous faire connaître un Dieu moins sauvage que ceux que nous adorions.

Je pensais à tous ces femmes et hommes en Europe, qui avaient voué leur vie à aider cette pauvre Afrique incapable de se prendre en main, et qui collectaient des médicaments, des livres, des lits d'hôpitaux, des lunettes, des souliers, des béquilles, des vêtements, de vieux ordinateurs; se décarcassaient pour les envoyer dans nos noires contrées. Que deviendront tous ces braves gens si un jour il nous prenait l'envie de renoncer à leur aide, ou, ce qui est plus probable, si pour cause de grave crise économique en Europe, l'aide à l'Afrique devait s'arrêter?

Je crois que si cela devait se produire, les plus malheureux ne seraient pas nécessairement en Afrique. Et je compris que ce n'est pas demain la veille que l'Afrique arrivera à se tenir toute seule sur ses jambes. Parce qu'il y a aussi bien en Europe qu'en Afrique, des personnes, certainement de bonne volonté, qui n'ont aucune envie de la laisser essayer de se tenir toute seule sur ses jambes.

Venance Konan

Rédigé par Gérard Brazon

Publié dans #Point de vue

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riziere 18/10/2011 21:08



D'accord Francis mais on va les retrouver chez nous La chine c'est loin. Je suis né au Viet Nam et c'est pas la porte d'à côté



francis Claude 18/10/2011 03:40



bon comme tous les lecteurs de ce blog le savent j'ai passé plus de 40 ans chez eux...un bail non? et j'en ai vu de bien belles et bonnes je pourrais faire un livre sur ces sujets qui ne seraient
pas cru par la majorité des lecteurs qui pourraient le lire(mais rassurez vous je n'ai aucun talent de plumitif).


quelques exemples vite fait.


Mauritanie 1970 ou 11 sécheresse epouvantable les hommes et les bétes meurrent par milliers. l'US aid envois cadeau un navire plein de vicres et 1er secours a la population.le bateau repart plein
les autorités ayant demandé les reglement des frais d'acconage du navire avant tout echargement...pas mal non?


1980/83 Mali/sénégal/mauritanie équipement de morgues dans les villages (sans électricité) de la vallée du fleuve Sénégal, elles doivent a ce jour toujours reposée(les morgues sans avoir jammais
pu servir)


années 1990 un de nos Champions de boxe ce débrouille pour reccuperer un container de matiriel sportif pour donné aus jeunes d'un club au Cameroun. la moitié du container est pillé sur le port de
douala le reste revendu par le Président du club a qui eté destinés ces objets pour donner aus jeunes...


je vous passe la splendide livraison par l'ex urss de chasses neige en Guinée dans les années 65/70 les carcasses de ces engeins pourrissaient encore vers 2000.


comme vous le constaterez il y a des deux cotés des conneries et des malhonétetées comises et cela pour des raisons que seuls les gens qui les ont vécus peuvent comprendre tellement c'est gros de
bétise de stupidité d'affairisme et de corruption. Car si de nos jours nous savions combien et ou est passé l'argent que nous avons distribué a ce continent il y aurait la une raison de plus de
faire une révolution en France...car mallettes ou autre moyens j'ai comme le sentiment qu'une bonne partie est revenus chez nous pour financé les partis politiques comme le RPR grand frére de
l'UMP et les autres faux culs du PS.


Mais rassurer vous nous Français sommes en train de tirer nos derniéres cartouches, nos amis futurs maitres du monde, les chinois, sont en train de les re-colloniser en les vidants de leurs
substances. si nos forestiers ont depuis deja lomgtemps ont des oblgations trés strictes pour l'abattage des foréts et le reboisement j'ai vu des concessions accordées aux chinois qui une
foi exploitées laissent de zonnes complétement razées ...Alors ils n'auront méme plus un arbuste pour taillé un baton pour les aider a ce  relevés.


pourtant ce n'est pas faute d'avoir essayé de les apprendre a pécher en leur fournissant les cannes!!!


 



riziere 17/10/2011 22:56



Hé oui que vous faire ces"bonnes" dames si 'd'aventure l'immigration s'arrêtait, si elles ne pouvaient subvenir avec les  moyens de leurs concitoyens aux besoins des personnes qui nous
insultent, crachent sur notre drapeau et nous vomissent. 



Claude Germain V 17/10/2011 20:56



Certain se rappelleront peut etre ,c'etait sous Mitterand ou chirac ,un ambassadeur de France au Congo ou dans un autre pays africain ?? qui avait sorti un livre suite a son experience africaine
ou il disait smplement en conclusion ,il me semble , Si vous voulez sauver l'Afrique entiere ,laissez les se debrouiller entre eux une bonne fois pour toute " avec suppression mondiale de toutes
formes d'aides pendant X temps .Résultat : livre immediatement censuré en France et ailleurs et personnage en question ,mis aux oubliettes .Dur dur ? qu'en penser ?.......facile tant que l'on est
pas concerné .....effroyable quand meme .


Il est vrai que la pilule  les preservatifs et bien d'autres moyens de contraceptions on été proposés depuis maintenant presque 50 ans . Sommes nous responsables encore depuis tant de temps
??? je pense en partie oui ,mais la politique d'aide est mafieuse depuis 50 ans....