Être français a-t-il encore une signification en 2011 ? par Amaury Watremez

Publié le 16 Octobre 2011

Amaury Watremez

Je lis « Charlie Hebdo » chaque semaine, je sais pour un réactionnaire « anar de droite » comme moi, catholique de surcroît, ça peut paraître contradictoire, mais j'aime bien savoir ce que pense ceux qui sont à l'inverse de mes opinions.

Bien souvent, on constate d'ailleurs qu'à gauche si on clame souvent son désir de liberté d'expression totale et pour tous, c'est une autre chanson quand les dogmes sont contredits et les vases sacrés souillés, quand on ose aller contre Saint Stéphane Hessel, le prophète de la gauche radicale, ou le Bienheureux Alain Badiou qui l'a dit chez Dominique Souchier sur Europe 1 dimanche, la démocratie c'est la rue, l'émeute, pas les élections.

image prise ici

Il ne le dit pas, mais pour lui, les élections c'est la « démocratie bourgeoise ».

On se rappellera pour mémoire que monsieur Badiou a soutenu le communisme selon Mao, qui quant à lui ne permettait ni l'expression de la rue, ni l'expression des urnes, et dont le régime a causé la mort de dizaines de millions de personnes lors du « Grand bond en avant » ou de « la Révolution Culturelle », sans parler des morts au Cambodge et au Laos.

Il est toujours remarquable de constater que lorsque l'on évoque ces morts devant une belle conscience, celle-ci les évacue assez vite, la création d'un « homme nouveau » valant bien quelques centaines de milliers de morts. Comme pour tous les fanatiques, ils assurent que leurs idéaux sont justes, donc qu'ils justifient quelques « dérives ».

Dans celui en date du 12 octobre, on peut y lire une interview avec Jean-Luc Mélenchon, représenté par Cabu à différents moments de l'histoire de France, comme forcément du côté des révolutionnaires, un des dessins me semblant exagéré, Mélenchon n'aurait pas été l'égal de Montaigne, il aurait certainement été du parti protestant au moment des Guerres de Religion, opposé au parti catholique et au Roi de France.

Concernant la nationalité française, cela surprend de la part d'un défenseur de la nation au moment du « Non » au traité constitutionnel européen, et héraut de la République, mais selon lui, être français c'est avoir une carte d'identité en poche. Les libéraux, on le constate sur ce forum, en ont la même perception, voyant un intérêt économique à la bi voire la multi-nationalité, qui favorise les échanges.

image prise sur le site de l'Académie Française

renan.jpgRenan trouverait ça un peu réducteur, lui qui a défini ce qu'est être française dans la conférence restée célèbre de 1882, il le dit ainsi :

« Le désir de vivre ensemble, la volonté de continuer à faire valoir l’héritage qu’on a reçu indivis. »

Selon lui également, « l’existence d’une nation est un plébiscite de tous les jours. »

Dans son texte, il le précise aussi, la nation c'est une langue, un territoire, l'adhésion à des valeurs communes. Selon Renan, l'identité française ce n'est pas seulement la reconnaissance administrative, ou formelle, de la nationalité. Beaucoup de beaux esprits s'arrêtent d'ailleurs à la reconnaissance d'une « liberté formelle » et ne font rien de concret pour aider à développer la « liberté réelle », qui permet à celui qui bénéficie d'une liberté formelle de l'exercer vraiment.

De toutes façons, pour tous ceux pour qui l'identité française c'est une carte d'identité, de la paperasse, la Liberté c'est le droit de faire ce que l'on veut, quand on veut, que cela embête les autres ou pas, de vivre selon des coutumes absurdes voire barbares, et en contradiction flagrante avec les valeurs de la France que l'on est censé reconnaître si l'on se dit français, l'Égalité est perçue surtout comme « je veux avoir autant que les autres sinon plus » sans se soucier une seconde du bien commun, quant à la Fraternité, elle est reléguée au fond des oubliettes des vestiges du passé.

Les problèmes actuels de la France viennent pour la plupart de cette perte des repères de l'identité nationale.

Les français actuels, du moins ceux qui ont la carte d'identité en poche pour reprendre la définition de monsieur Mélenchon, ne se reconnaissent plus dans une langue, encore moins dans un territoire (ils ne reconnaissent que les territoire où l'on vit d'après leurs coutumes et habitudes, n'y admettent plus le rappel des règles communes), et ne veulent plus adhérer à des valeurs communes considérées comme oppressives.

L'identité de la France est agonisante, en train de crever dans le caniveau des idéologies. Parler d'identité française est d'ailleurs devenu un tabou assimilé aux pires idéologies arbitraires du XXème siècle. Il convient d'en parler en ne cessant jamais de s'auto-flageller, l'histoire de France étant surtout montrée comme une longue suite de massacres et d'oppression, je rappellerai encore ici la citation de Marc Bloch sur l'histoire de France :

« Il est deux catégories de Français qui ne comprendront jamais l'histoire de France , ceux qui refusent de vibrer au souvenir du sacre de Reims ; ceux qui lisent sans émotion le récit de la fête de la Fédération. »

L'étrange défaite (1940), Marc Bloch, éd. Gallimard, coll. Folio Histoire, 1990, p. 198

Ci-dessous, "la Grande Illusion" montre ce que c'était la France, il y a peu encore

 


1937 LA GRANDE ILLUSION TRAILER RENOIR GABIN... par kirivalse

Amaury Watremez

Rédigé par Gérard Brazon

Publié dans #Politique Française

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