Euro : la fin des illusions est proche. Par Martin d'Auch

Publié le 12 Décembre 2011

Par Martin d'Auch

 

Nos médias, ces zombies décharnés qui ont depuis longtemps perdu tout sens critique, nous refont le coup. Cette fois, l'Europe est sauvée, et pour de bon. La preuve : c'est écrit dans Le Monde, donc c'est vrai. Et en plus, on a instauré la règle d'or, donc c'est forcément gagné ! 

La réalité est, hélas, bien différente.

Premièrement, l'« accord » qui a été trouvé tant bien que mal dans la nuit de jeudi à vendredi comporte encore de nombreux travers et incertitudes :

M. Cameron a refusé de le signer, à contrecoeur, mais il a refusé, ce qui jette le doute sur le devenir du Royaume-Uni dans l'Union européenne ;

La « règle d'or » devra être implémentée par chaque État, au niveau constitutionnel, avec le risque démocratique que cela implique dans des pays comme l'Irlande, la Finlande, la Hongrie ou la République tchèque ;

Le principe du « gouvernement économique » suscite de nombreuses réserves en Irlande (qui ne veut pas être obligée de rehausser ses taux d'imposition sur les sociétés), aux Pays-Bas et en Finlande, ce qui n'aidera pas à réduire les déséquilibres Nord-Sud en Europe ;

Certaines mesures de contrôle budgétaire pourraient être censurées par des juridictions constitutionnelles tatillonnes ;

Le sort des pays insolvables (Grèce) ou potentiellement insolvables (Portugal, Irlande) n'est toujours pas réglé ;

Les plafonds du FESF et du MSE sont encore « trop bas » relativement à l'ampleur des encours de dettes à assurer ;

D'ailleurs, le fonctionnement du FESF est toujours aussi flou et incompréhensible ;

Enfin, les rachats illimités de dette souveraine par la BCE ne sont toujours pas à l'ordre du jour.

 

Deuxièmement, de grands États européens auront d'énormes besoins de refinancement avant que ces « mesures » soient appliquées. En France, ce sont 177 milliards d'euros d'obligations qui arriveront à échéance avant avril 2012. En Italie, 179 milliards d'euros. En Espagne, 67 milliards d'euros. (Source : Bloomberg, 25 novembre 2011, via OfTwoMinds) Et on ne tient pas compte ici des États-Unis ou du Japon, qui devront aussi financer leur propre dette...

 

Troisièmement, le déni de réalité de nos gouvernants a rendu la situation de la Grèce intenable. D'aucuns reconnaîtraient que même en effaçant 100% de la dette grecque encore détenues par des créanciers privés (ce qui est toujours tabou), l'État grec serait encore trop endetté. Il faudrait donc que la BCE prenne des pertes, ce qui est aussi tabou. Et pendant ce temps-là, nul ne sait ce qui se fomente dans ce pays sans espoir, sans solution, sans perspectives, bientôt sans État.

 

Quatrièmement, on parle fort peu dans les médias des très graves difficultés de liquidité interbancaire qui existent actuellement. Elles rendent pourtant la situation des banques européennes très précaire.

Cinquièmement, il semble que toutes les banques européennes et américaines soient en train d'émettre des CDS à tout va – en l’occurrence les dettes souveraines de leur propre pays, et pas qu'un peu : 100.000 milliards d'euros (!) en six mois (!!). Le problème, c'est que c'est exactement ce qu'a fait AIG (sur des crédits immobiliers et non sur des dettes souveraines) avant de faire faillite... Un beau jour, il y a eu un défaut sur la dette assurée par le CDS ; et l'encours était tellement énorme qu'AIG a été incapable de faire face. Les États-Unis ont alors dépensé 160 milliards de dollars pour sauver cette seule institution. Inutile de dire que ce n'est pas transposable au système bancaire tout entier.

Mais surtout, le risque démocratique sera partout de la partie. L'accord suggère en toute modestie d'ôter leur souveraineté budgétaire aux États, sans rendre de compétences dans d'autres domaines, parce que la conduite des banques comme des gouvernements aura été irresponsable de bout en bout, et le tout pour un résultat absolument nul. Je pense que je ne prends pas trop de risques en affirmant que tôt ou tard, quelque part, quelqu'un se révoltera.

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Avec un peu de chance, les révoltes populaires rencontreront les échéances financières. Ce sera alors la fin des illusions.

Martin d'Auch

Rédigé par Gérard Brazon

Publié dans #Politique Française

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island girl 15/12/2011 03:19


L'europe a été faite contre la volonté des peuples ,par conséquent ce chateau de cartes est voué à s'effondrer .Question de bon sens !