Euthanasie, la mort douce… Par Anne Lauwaert

Publié le 3 Juillet 2014

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Par Annie Lauwaert

Pendant mes études en physiothérapie (début années 70) les stages se faisaient en hôpital. Parmi mes patients il y avait Angélique, une petite fille d’environs 7 ans, (mes enfants avaient 3 et 4 ans) complètement déconnectée qui n’avait aucun contact. Elle était couchée, inerte, ses seuls mouvements étaient les spasmes et les crampes dans ses muscles et les grimaces de douleur et gémissements qui allaient avec. Mon rôle était d’essayer de la soulager par des compresses chaudes et des massages qui ne servaient pas à grand chose. Le plus pénible était de rencontrer sa mère qui à chaque fois me disait “N’est-ce pas, mademoiselle, qu’aujourd’hui elle va mieux”. Il m’était interdit de répondre “Non madame, elle n’ira jamais mieux” donc je ne répondais pas. Je me bricolais une noosphère à la Teilhard de Chardin dont notre prof de religion nous avait parlé au lycée et pendant la demi-heure que je passais avec elle quotidiennement, je me concentrais intensément pour entrer en contact avec son esprit et lui dire “Pars, Angélique, envole-toi, libère-toi, sois libre, tu ne dois pas souffrir, tu as le droit de partir…”

Mon stage a pris fin, j’ai changé de service…

 

C’était avant le siège pour enfant et la ceinture obligatoires dans les voitures.

Ce petit garçon d’environs 5 ans était assis sur la banquette arrière, son père a freiné brusquement, l’enfant est tombé, a cogné la tête et est resté paraplégique et inconscient… plus aucun contact… Ses parents l’apportaient chaque matin dans le service  kiné de notre école pour qu’on le soulage de ses spasmes et puis il passait aux mains de notre prof qui est un fanatique de la psychomotricité et de la neurologie… aucun signe de changement…

Il aura continué à végéter jusqu’à ce que ses parents, épuisés de le trimbaler, ne le “placent” dans un établissement…

 

Un ami avait offert une colonie de vacances-ski en Suisse à son fils de 7 ans. On n’a jamais su comment l’enfant avait pu “tomber du train” … Depuis il resta “décérébré”. Ses seuls manifestations étaient ses contorsions dues aux spasmes et les gémissements de douleur. Mon ami, son épouse et l’équipe médicale décidèrent de laisser partir l’enfant en débranchant les machines qui le tenaient artificiellement en vie.

 

Ma mère (née en 1912) racontait que quand elle était jeune le docteur du village assistait aux accouchements et examinait les nouveau-nés. Avec ce docteur quand un enfant présentait des anomalies, “il ne survivait pas à la naissance”… il y a de ça 100 ans, dans un village flamand super catholique…

 

Les “soignants” sont-ils des assassins? Non, bien au contraire…

Il faut avoir travaillé dans les soins intensifs pour comprendre ce que c’est que la lutte pour la vie.

Moi, ce qui m’étonne c’est qu’avec tout ce qu’il affronte quotidiennement, le personnel soignant soit si solide et ne pète pas les plombs plus souvent.

 

Maruska était une jeune fille profondément handicapée. Elle ne parlait pas, ne marchait pas, était couchée dans une poussette à sa mesure et régulièrement avait des infections pulmonaires. Alors elle revenait chez nous et le médecin chef des soins intensifs nous appelait, infirmières et kinés et nous montrait les radios des poumons et nous disait “ Vous faites ce que vous voulez, mais tout ça doit avoir disparu demain.” Mon travail c’était d’installer la patiente dans des “positions”, d’effectuer sur son thorax des vibrations pour stimuler l’écoulement des mucus qui obstruaient les voies respiratoires. Mais comme la patiente était délicate il fallait y aller par petits coups. Alors j’allais faire mes autres patients et entre deux je revenais vers elle. Il y avait toujours une infirmière qui, malgré le travail, répondait “présent” chaque fois que je demandais si quelqu’un pouvait venir aspirer les mucus qui se dégageait. Cela non pas une fois, mais à répétition, tout au long de la journée et nous n’avons jamais compté nos heures supplémentaires.

 

Un jour mon compagnon me téléphone: un de ses collègues s’était écroulé au beau milieu de leur bureau. Il avait été emmené à l’hôpital et je le retrouvai inconscient dans les soins intensifs où il fut longtemps mon patient. Puis un jour il fut transféré dans une chambre normale mais je continuai à le soigner apparemment sans aucun espoir jusqu’au jour où il me sembla sentir une vibration et deviner une lueur dans son regard. Quand son épouse vint lui rendre visite je le lui dis et que j’avais besoin de son aide, sans aucune garantie, mais il fallait quand même essayer d’intensifier les contacts: surtout  lui parler, le toucher. Cela me valut une réprimande de la part de l’infirmière-chef et une empoignade car si elle prétendait que j’avais dépassé mes compétences, je prétendis que c’était justement ça ma profession et le médecin chef me donna raison surtout quand le patient commença à se manifester, à bouger, à vouloir parler… Roger est rentré chez lui, a réappris à parler, à marcher, à vivre presque normalement et a encore vécu  quinze ans dans d’excellentes conditions. Mais son épouse n’avait pas oublié ce fameux “premier jour” et elle me téléphona pour annoncer le décès de son mari et encore me remercier pour ce long combat mené ensemble.

 

Franky, un ami alpiniste, prof de math a lutté pendant quinze ans contre une tumeur dans le cerveau tout en transformant son combat personnel en un combat pour la défense des droits de tous les patients atteints de tumeurs dans le cerveau : “werkgroep hersentumoren”.

http://www.wg-hersentumoren.be/site_nl/home.php Quand il a fait sa dernière rechute il en a parlé et… a pris congé… Puis j’ai reçu la nouvelle qu’il était décédé exactement le même jour à la même heure que mon compagnon qui  avait été son ami, lui aussi alpiniste. Quel message !

 

Un ami d’enfance est devenu pasteur dans l’église “vieille catholique” ou “église catholique chrétienne”. L’assistance aux personnes âgées est une de ses missions principales. Il a visité ma mère et dit l’homélie lors de ses funérailles. Quand sa mère a atteint la fin de sa vie, avec ses frères et sœurs et l’équipe médicale soignante, il a “accompagné” sa mère.

 

Un ami musulman m’a raconté que chez lui, quand une personne est au bout, on dit à Allah qu’il doit se décider: ou bien rendre la santé ou bien faire mourir la personne, mais pas la laisser souffrir. Alors on chante certains versets du coran au chevet du malade et celui-ci meurt… Les catholiques ne prient-ils pas Saint Joseph de la bonne mort ? http://www.evangelium-vitae.org/veillez-et-priez/texte-priere/456/avec-saintjoseph/priere-a-saint-joseph-pour-obtenir-la-grace-d-une-bonne-mort.htm

 

Mes parents ont terminé leur vie centenaire dans un home géré par des religieuses. Etant donné que j’habitais à 1000km je ne pouvais être toujours ou immédiatement présente. Donc une relation vraiment très privilégiée était née entre les sœurs, le personnel, le médecin et moi. Un jour je me confiai à la sœur supérieure pour demander, s’il arrivait un accroc à mes parents, de ne pas les expédier à l’hôpital mais de les laisser mourir doucement, chez eux,  dans leur chambre et entourés des soins des personnes qu’ils connaissaient et en qui ils avaient confiance.

-“Ne vous inquiétez pas – me répondit la sœur – nous préférons garder nos pensionnaires chez nous pour le accompagner le mieux possible. Nous ne faisons rien pour prolonger la vie, par contre nous faisons tout ce que nous pouvons, avec le médecin et avec toute l’équipe,  pour rendre les derniers jours les plus “confortables” possible”.

 

Bref, qu’est ce que des parlementaires ou des juges de Strasbourg ont à voir dans tout cela?

Pour quelle raison en Suisse, en Hollande et en Belgique les personnes ont-elles droit à une fin de vie dédramatisée,  alors qu’en France c’est l’hystérie?

 

Le christianisme nous terrorise avec la mort et l’enfer, d’autres civilisations sont plus naturelles. Les Bochimans du Kalahari sont nomades. Quand une personne est trop malade ou trop vieille ils lui préparent une hutte et l’y laissent, avant de continuer leur migration.

 

Ah, mais “la vie est sacrée car c’est un don de Dieu”…

Je pourrais objecter que la vie est moins sacrée quand il s’agit de l’entrecôte dans l’assiette, de l’élevage industriel  ou des animaux torturés en laboratoire, mais soyons plus rationnels.

Certainement au début de l’humanité avec la mortalité infantile et les conditions hygiéniques, il était difficile de maintenir une progéniture et de garantir la survie de la tribu.

Mais plus tard on a fait des enfants parce qu’on ne savait pas comment ne pas en faire. Le sexe est un besoin physiologique auquel on n’échappe pas et qui a la procréation comme conséquence, procréation pas toujours souhaitée. L’avortement existe depuis l’antiquité ainsi que le suicide

http://fr.wikipedia.org/wiki/Histoire_de_l%27avortement

Ces pratiques devaient être tellement nombreuses que les religions en sont arrivées à les condamner et comme  lot de consolation on vous dit que  “la vie est un don de dieu”…

Le problème c’est que deux individus pratiquent le sexe par besoin physiologique mais que en même temps ils obligent un autre être à vivre… Personne n’a demandé à vivre! On nous jette dans la vie et ensuite démerdez-vous… avec toutes les contraintes qu’on appelle “éducation” c.-à-d. dressage pour rentrer dans le carcan social sans rechigner… Et les gens qui n’en veulent pas? Tient-on compte de la liberté de ne pas vouloir vivre? Non!... Même, dans certains pays,  dans les cas où la vie est une torture, on ne laisse pas la personne qui souffre quitter la vie mais au contraire on donne raison à ceux qui veulent prolonger la torture… N’est-ce pas pervers?

Amnesty International dénonce la torture mais pas celle qui consiste à obliger à vivre dans la souffrance…

Et horreur, l’euthanasie des enfants! On tue les enfants… Parce qu’on est enfant on n’a pas le droit d’arrêter de souffrir? On aurait le droit d’obliger des enfants à continuer à souffrir? On condamne la violence faite aux enfants, les abus sexuels ou non, même la fessée, mais on interdirait de mettre fin aux souffrances ?

Il y a des gens qui prétendent que les enfants ne sont pas capables de dire qu’ils sont fatigués de souffrir comme il y a des gens qui prétendent que les animaux n’ont pas de sensibilité, ni de sentiments…

 

“Le suicide est la deuxième cause de décès chez les enfants et les jeunes en Suisse (10-19 ans) et la première cause de décès chez les adolescents et les jeunes adultes de 15 à 24 ans.”

http://www.sarahoberson.org/blog/2011/11/22/le-suicide-des-jeunes-faits-et-chiffres/

 

En amont, le problème ne se trouva pas dans l’aide à mourir puisque Suisse, Belgique et Hollande démontrent que cela fonctionne, mais la question à examiner c’est le droit à procréer…

Combien de personnes s’adonnent au sexe sans même penser à l’éventuel être qu’ils vont obliger à vivre, par distraction… inadvertance… dégât collatéral, au lieu de préparer la procréation avec toutes les précautions pour garantir le meilleur avenir possible au futur être.

Combien se posent la question de savoir si l’être qu’ils veulent faire vivre aura envie de vivre au lieu de tout simplement et égoïstement faire un enfant parce qu’on a envie d’un bébé qui est si joli… mais qui va être obligé de vivre, grandir et affronter la vie…

Les religions et les Etats encouragent la procréation au lieu d’éduquer la population à la responsabilité que la procréation comporte.

Pascal Sevran avait suscité un scandale en déclarant que “ la bite des noirs est responsable de la famine en Afrique”.

On peut ajouter que la surpopulation est à la base de la plupart des problèmes actuels alors que nous disposons de moyens pour permettre à tout le monde de vivre une vie sexuelle sereine libérée de la procréation.

Et pour quelle raison la stérilisation est-elle aussi tabou? On peut tranquillement le faire enlever les rides, l’appendice ou les amygdales, mais pas ligaturer les trompes féminines ou les canaux déférents masculins?

 

Autre élément: la presse belge écrit qu’actuellement 33% de la population est touchée par le cancer et qu’on attend une augmentation de 75% d’ici 2030…

http://www.lefigaro.fr/flash-actu/2012/06/01/97001-20120601FILWWW00313-75-de-cancers-en-plus-d-ici-2030.php

Et que ce passera-t-il le jour où 50% de la population d’une part ne sera pas productive et d’autre part aura besoin de soins couteux? Que sera-t-on obligé de faire quand les coûts ne seront plus soutenables? “terminer” les patients?

Ce n’est donc pas contre l’euthanasie qu’il faut lutter mais contre ce qui cause le cancer et les maladies qui conduisent au recours à l’euthanasie…

L’hystérie contre l’euthanasie n’est-elle pas un moyen de détourner l’attention de ce qui cause ces maladies?

 

Conclusion: qu’on le veuille ou non,  la gestion rationnelle de la vie, c.-à-d. des naissances, de la maladie et des décès est un des défis inhérents au grand chambardement que nous sommes en train de vivre…

Les orfraies auront beau crier au péché, à l’eugénisme ou autre épouvantail, quand on n’en sortira plus, quand le prix de la maladie sera devenu insoutenable, il sera trop tard pour regretter de ne pas avoir limité les naissances et interdit les causes des pollutions…

 

Si  Belgique, Suisse et Hollande sont capables d’affronter le problème de la fin de vie, pour quelle raison d’autres pays en seraient-ils incapables?

Mais qu’est ce que les politiciens, les curés ou les  juges de Strasbourg ont à voir là dedans? Cela ne regarde que la personne, son médecin et à la limite sa famille.

On ne nous a pas demandé notre avis quand on nous a obligés à naître, le minimum c’est qu’on ait le droit de décider si on veut mourir.

 

Anne Lauwaert

Rédigé par Gérard Brazon

Publié dans #Anna Lauwaert

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marée 04/07/2014 02:59


Pas daccord du tout avec "sentinelle"!


En revanche je suis entièrement de l'avis d'ANNA LAUWERT...Ma fille est infirmière anesthésiste...elle ne me parle pas souvent,mais pour le peu qu'elle mait dit,je pense que ma fille souffrir de
certaine situations...

sentinelle 03/07/2014 15:03


Anne, que vous en vouliez à vos parents de vous avoir fait naître est et restera votre point de vue. Malgré cela vous avez pû faire des études et apparament vous travailler dans le milieu
hospitalier.


Les premier fautifs de tout ce chamboulement sont les medecins..., car au lieu de s'acharner à ramener à la vie des accidentés lourd, à coup de défibrilateur en veut tu en voilà, ils devraient
accepter la décision divine de la mort quand c'est DIEU qui rapelle sa créature.


Mais longtemps, les docteurs ce sont pris pour des dieux, ils décidaient sans même demander à la famille, ils ont jouer avec des cobayes humains, les animaux n'étant pas suffisant et aujourd'hui
des gens comme vous veulent nous culpabiliser parce que nous refusons l'euthanasie...!


Les peuples sans morales n'ont que le résultat de leur débauches (le sida, les MST, les avortements...), les nations sans DIEU n'ont plus de frein, plus de valeur, on tue des enfants à naître, on
élimine ceux qui présente des tares génétique, on raccourcie la vie d'un vieux qui est malade sous prétexte qu'il souffre.


Ma soeur de 56 ans est décédée d'un cancer en 2012, elle à bénéficier de soins palliatifs anti douleur très efficace jusqu'a sa mort, et toute l'équipe de l'hôpital des collines de la
Chataigneraie en Vendée à montrer un grand respect pour sa vie et à aucun moment il n'ont parler d'abréger celle-ci, mais ils ont tous été merveilleux de gentillesse et de présence, pour moi
c'est une forme d'amour pour le genre humain.


L'euthanasie ou le suicide assisté, peut importe comment vous l'appellé, ce n'est pas de la compassion et tout ceux et celles ( medecins, infirmier(ière), aide-soignant, famille), qui
l'accomplisse sont des MEURTRIERS devant DIEU.


Tout ces gens aurons à répondre de leur actes, même si un tribunal humain les a absouts.


Repentez-vous, demandez pardon à Dieu en Yéshoua, et détournez vous de ce péché de meurtre. Si vous êtes sinçère dans votre coeur, votre Père créateur Elohim vous pardonnera en Yéshoua Ha
Mashiah. c'est sa promesse de justice. 

Pivoine 03/07/2014 14:44


Pascal Sevran avait suscité un scandale en déclarant que “ la bite des noirs est responsable de la
famine en Afrique”.


 


Il n'empêche qu'il a raison ! La population africaine augmente de façon exponentielle, et si rien n'est fait pour freiner la tendance, le Maghreb et l'Europe (peut-être même aussi les Etats-Unis)
seront envahis, avec les conséquences que cela enraînera. Déjà que la faune et la flore africaine sont en train de disparaître, ce sera au tour des autres pays de voir leurs populations devenir
minoritaires. On parlait de "péril jaune", en fait c'est le "péril noir" !