Eva Joly candidate des Verts par François d'Orcival de Valeurs Actuelles!

Publié le 24 Juillet 2011

Par François d'Orcival

Norvégienne de naissance et Française par son mariage, Mme Eva Joly a fait semblant de ne pas le comprendre : le défilé militaire du 14 Juillet, intimement associé à la fête nationale, est symbolique de notre identité. Depuis cinquante ans qu’elle est descendue de « son drakkar », comme elle dit, Mme Joly ne peut pas ne pas le savoir. Donc, elle fait semblant.

Auditrice de l’Institut des hautes études de défense nationale (Ihedn) en 1996, elle a planché pendant une année sur l’organisation de nos armées, elle a visité nos bases militaires, assisté à maintes prises d’armes, s’est inclinée devant le drapeau en écoutant la Marseillaise. Voilà pourquoi son idée de candidate à la présidentielle de vouloir supprimer le défilé militaire relève seulement d’une provocation.

Et puisqu’elle a voulu qu’il en fût ainsi, le premier ministre, François Fillon, a eu raison de le prendre sur le même ton, en affirmant qu’elle ne devait pas avoir « une culture très ancienne des traditions françaises, des valeurs françaises, de l’histoire française ». Quand on a instruit comme juge d’instruction, quand on a rendu la justice “au nom du peuple français”, quand on est une élue de la France au Parlement européen, le moins que l’on puisse vous demander c’est un peu de retenue à l’égard du pays qui vous a accueillie. Les États-Unis n’auraient même pas admis une telle candidature à la présidence, pour cause de binationalité.

Si Mme Joly a été provocante, c’était sa manière d’entrer en campagne. De son point de vue, c’est réussi. De celui du président de la République et du premier ministre, ce l’est aussi : Eva Joly a ramené le débat sur l’identité nationale. Si ce défilé militaire est à ce point un marqueur de la communauté nationale depuis six générations, à travers deux guerres mondiales, c’est que les Français, comme les Britanniques, forment l’une des dernières nations militaires du continent, l’allemande (la prussienne) s’étant détruite par ses propres fautes. Le défilé est pour les Français la manifestation de leur refus d’être une puissance de second rang, de voir la mondialisation effacer leur style de vie et leurs traditions. C’est leur histoire qui descend les Champs-Élysées. « Être militaire, c’est appartenir à la nation », disait Mgr Ravel, évêque aux armées, dans son homélie, mardi, en hommage aux soldats tombés en Afghanistan.

Une réalité indépassable. C’est bien pour cette raison d’ailleurs que l’Union européenne n’a pas pu et ne peut pas être une fusion de nations, car toutes ont leur histoire et leur culture. Les chefs d’État et de gouvernement de la zone euro devaient une fois de plus se réunir ce jeudi pour se mettre d’accord sur un énième plan de sauvetage de la Grèce et de la monnaie européenne. Pourquoi est-ce si difficile ? Parce que chacun a ses intérêts et que l’euro n’a pas d’identité propre ; utile à la libre circulation dans le marché unique et désormais indis pensable pour la sauvegarde des patrimoines des épargnants des États membres, l’euro reste un mécanisme sans âme.

À l’origine, les Français voulaient l’appeler “Écu”, cela leur rappelait les écus de leur lointain passé ; les experts de Bruxelles le traduisirent par european currency unit. Et puis, le 18 mai 1995, Jacques Chirac, tout juste élu à la présidence, rencontra Helmut Kohl à Strasbourg. « Vous savez, lui dit le chancelier, les Allemands sont très inquiets à l’idée de la disparition du deutsche Mark. On a accumulé les erreurs psychologiques. Quelle idée de vouloir appeler “Écu” la monnaie européenne, cela fait penser au mot Kuhqui veut dire vache en allemand. Il y a de quoi rire, non ? » Comme les Allemands n’avaient pas envie de rire avec ce sujet, on renonça à l’“Écu” et l’on se mit d’accord sur l’euro, ce qui ne rappelait rien à personne.

Même s’il fallait en rire, le propos ne serait pas différent. Prenez le mot “schtroumpf”, par exemple. Il n’a strictement aucun sens en français, mais c’est français… Le dessinateur Peyo donna ce nom à de petits lutins bleus dont il raconta les aventures dans plusieurs bandes dessinées. Celles-ci eurent un immense succès qui franchit nos frontières. Or, nous rapporte Antoine Buéno (dans le Petit Livre bleu), même ce nom sans aucune signification ne convint pas à nos voisins. Car “schtroumpf” voulait dire “chaussette” en allemand, les lutins bleus s’appelèrent donc “schlümpfe” en Alle magne ; puis ce furent des “pitufos” en Espagne, des “puffi” en Italie, des “smurfs” en Grande-Bretagne et des “stroumfakia” en Grèce ! Ainsi, même pour un sujet aussi léger et enfantin que les “schtroumpfs”, il a fallu s’adapter aux traditions et à la langue de chaque pays. Et l’on voudrait nous créer une sorte de Grand Schtroumpf pour gérer les finances européennes ! Autant dire que c’est perdu d’avance. 

François d'Orcival, de l'Institut

Rédigé par Gérard Brazon

Publié dans #Politique Française

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