Exclusif. Révélations sur le cabinet noir de l'Elysée.(La dictature socialiste)

Publié le 30 Octobre 2013

Valeurs Actuelles: ENQUETE. Dans son édition à paraître jeudi 31 octobre, Valeurs actuelles révèle comment, au sein de l’Elysée, un « cabinet noir » a demandé à Bernard Muenkel, chef du service transmissions et informatique de l’Elysée, d’effectuer des recherches dans les archives de la présidence de Nicolas Sarkozy.

Alors que ces archives sont strictement protégées par un protocole d’accord, le même « cabinet noir » a rétrogradé ce chef de service après qu’il a refusé d’exécuter cet ordre et de violer les règles qui encadrent le respect de la correspondance et des archives. Parmi les noms sur lesquels portait la recherche de l’Elysée, figuraient plusieurs personnalités issues de l’entourage de Nicolas Sarkozy, mais aussi plusieurs avocats, au mépris des règles qui régissent cette profession. Valeurs actuelles avance toutes les preuves de cette affaire en publiant des documents jusqu’ici secrets.

Communiqué de Valeurs Actuelles


C’est un homme simple qui se trouve attablé devant nous. Il boit un café en parlant d’un ton posé, avec des mots choisis, sans jamais s’emporter. Il n’est pas du genre “grande gueule”, pas timide non plus : le type de serviteur de l’État que rien ne prédisposait à se retrouver là, en terrasse d’un bistrot parisien, face à des journalistes, pour leur révéler les tenants et aboutissants d’un véritable scandale d’État.

 

Dans notre numéro du 4 juillet 2013, sous le titre « La chasse à l’homme », nous révélions comment, au sein de l’Élysée, une cellule officieuse veillait à orchestrer les affaires judiciaires contre Nicolas Sarkozy. Nos révélations n’avaient pas ému grand monde : pas une ligne dans la presse, à l’exception d’une invitation à en parler sur RMC, dans l’émission d’Éric Brunet. Elles n’ont pourtant pas échappé à Bernard Muenkel. Ce 4 juillet, l’ex-chef du service des télécommunications et de l’informatique de l’Élysée est en voiture lorsqu’il apprend, grâce à des proches, que notre journal relate son histoire. Nous racontions comment, pour avoir refusé de se plier à une demande illicite de la part du “cabinet noir” de l’Élysée, il avait été rétrogradé au rang d’adjoint de son propre service.

 

En lisant Valeurs actuelles, Bernard Muenkel retrouve du courage. « Lire mon histoire décrite en quelques lignes m’a redonné de la combativité », nous a-t-il écrit. C’est à la suite de son courrier que nous avons convenu de nous rencontrer. Nous nous verrons à trois reprises, à Paris, dans des lieux plus ou moins discrets. Il nous racontera son histoire. Qui permet de tirer les fils d’un scandale que la présidence de la République aurait préféré enterrer.

« Le 8 avril 2013, le colonel me convoque dans son bureau », raconte Bernard Muenkel. “Le colonel”, c’est Éric Bio-Farina, le commandant militaire de l’Élysée. Un exécutant. Son bureau n’est pas grand, mais il jouit d’une très belle hauteur de plafond. Bio-Farina invite Muenkel à prendre place dans un petit salon. « Il se saisit d’une feuille et me lit une partie du texte : il me demande de faire une re­cherche sur l’ensemble des supports informatiques, fichiers, etc., auxquels j’ai accès. Il me lit une liste de noms et de mots-clés. Après avoir photocopié une partie de l’annexe, il surligne certains noms. »

La liste fournie ce jour-là est éloquente : les noms sont ceux de personnalités issues, pour la plupart, de la précédente majorité ou en lien avec elle : Bernard Tapie (visé par l’enquête sur les conditions dans lesquelles a été rendu l’arbitrage en sa faveur, en 2008, dans l’affaire qui l’oppose au Crédit Lyonnais), Christine Lagarde (actuelle directrice générale du Fonds monétaire international, ex-ministre de l’Économie de Sarkozy, entendue dans l’affaire Tapie), Claude Guéant (secrétaire général de l’Élysée au moment de l’arbitrage dans l’affaire Tapie), François Pérol (ex-secrétaire général adjoint de l’Élysée sous Sarkozy, président du directoire de BPCE, groupe créé par la fusion des Caisses d’épargne et des Banques populaires), Patrick Ouart (conseiller pour les affaires judiciaires de Sarkozy à l’Élysée entre 2007 et 2009), Maurice Lantourne (avocat de Bernard Tapie).

Les mots-clés ne sont pas moins éloquents : arbitrage, arbitre, Tapie, Bredin, Mazeaud, Estoup (les trois juges arbitres de l’affaire Tapie). Le colonel Bio-Farina précise-t-il que la demande émane d’un juge ? « Il reste très vague, me dit que c’est sur demande d’un juge et ne me donne aucun nom. Qu’un juge en fasse la demande auprès des services de l’Élysée, je le conçois. Mais je trouvais surprenant que cette demande soit transmise par Bio-Farina. Cela aurait dû venir du conseiller justice, Pierre Valleix. La démarche n’est pas logique. »

Dans ses mains, Bio-Farina tient une authentique liste noire. « J’explique à Bio-Farina que je ne suis pas habilité à faire ce genre de recherche, que notre système a été reconstruit, qu’on ne trouvera rien sur les disques durs et serveurs, que les téléphones ont été broyés, les cartes mémoire SD également. Il veut que j’aille dans les archives de la précédente présidence : que je les ouvre et que je regarde ce qui a été écrit, en les recoupant avec la liste de noms et de mots-clés. » Bref, de violer le protocole d’accord signé par Nicolas Sarkozy avec les Archives nationales afin de régler l’accès aux archives de son quinquennat, dont l’ancien président reste le seul propriétaire.

À peine retourné dans son bureau, Muenkel s’assure qu’il n’existe au­cune sauvegarde des données du cabinet de Sarkozy. « Je me rends compte que le disque dur de l’ancien cabinet n’a pas été remis aux archives et qu’il est resté dans le coffre de mon service. C’est un coffre habilité, avec un accès restreint. Le service des archives sait que ce disque est chez moi, mais il n’est toujours pas venu le récupérer. »

Le 10 avril, Muenkel décide, de son propre chef, pour empêcher que ne soit violée la procédure, d’emmener ce disque au service des archives de l’Élysée. Il y signe la main courante, protocole obligatoire pour signifier que l’objet est désormais versé aux archives.

Le jeudi 11 avril, Bio-Farina apprend que Muenkel a remis le disque dur de l’ancien cabinet au service des archives du palais. « Il entre dans une colère monstre. Je n’ai jamais été autant agressé et menacé de ma vie. La scène se déroule dans son bureau. Il y a son adjoint, Mme Évelyne Van Den Neste, l’archiviste de l’Élysée, et moi-même. Il demande à l’archiviste de me remettre le disque dur pour que je le fouille et que nous puissions répondre à la requête du juge. Elle refuse. Je refuse aussi. Il menace : “Lorsque le juge viendra avec sa horde de policiers, tu passeras un sale moment ! Avec moi, c’est agréable, mais tu ne vas pas rire avec le juge.” Il est hors de lui. Il ajoute même : “Je ne te protégerai plus auprès du cabinet.” » Cette phrase, Bio-Farina la prononce comme une évidence. Il n’agit pas seul, mais sur ordre. De qui ? Muenkel reçoit, le même jour, un e-mail assassin de la part de Bio-Farina : « Les instructions du juge sont claires et je te les ai données : rechercher tous documents […] se rapportant aux noms ou aux mots clés […]. » (Voir document page 16.) « Je lui réponds qu’il n’y a rien de l’ancien cabinet dans nos données. » Muenkel est en proie à de sérieux doutes...

@GeoffroyLejeune

Rédigé par Gérard Brazon

Publié dans #Point de vue

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