Fascismes américains – 1920-1944

Publié le 9 Juillet 2013

« Les États-Unis sont dans une situation proche de celle des années trente… » entretien avec Alain Renault, auteur avec François Duprat des Fascismes américains – 1920-1944

Propos recueillis par Fabrice Dutilleul

 L’histoire des mouvements fascistes aux USA semble très semblable à celle des pays européens où aucun n’est parvenu au pouvoir…

C’est un point commun, pas une caractéristique… Notre étude porte sur une large palette allant de purs racistes, du fait d’une question raciale qui – à l’époque – ne concerne pas l’Europe, au Bund germano-américain, en passant par les « démagogues » (soit « populistes » suivant les critères français). Ces formations évoluent dans un milieu spécifique puisque aux USA les grands partis traditionnels – Républicain et Démocrate – sont largement ouverts à des personnalités qui seraient politiquement diabolisées en France… Les formations évoquées vont donc soit tenter d’agir « dans » ou « sur » ces deux grands partis, soit tenter d’en créer un troisième.

 

Sans la guerre, un mouvement ouvertement fascisant ou antisémite aurait-il pu arriver à la tête des USA ?

Il n’y avait certes aucun mouvement fasciste prêt à s’emparer du pouvoir à la veille de la guerre. Mais si les USA n’étaient pas entrés dans le conflit, on ignore quelle en aurait été l’issue, ni s’ils seraient sortis de la crise économique et l’ensemble des cartes aurait été redistribué… Cela étant, vous connaissez la formule attribuée à Lavisse : « Il est strictement impossible de savoir ce qui se serait passé si ce qui s’est passé ne s’était pas passé »…

 

Quelle conclusion peut-on tirer de l’histoire de ces mouvements ?

Au moins quelques enseignements. « L’anti-américanisme » n’est ni une doctrine, ni une stratégie. Les Américains sont simplement les premières victimes de lobbies plus généraux qui constituent les véritables ennemis de nos peuples. Il est utile de savoir comment certains d’entre eux ont tenté de mener la lutte de libération nationale et sociale. Les États-Unis sont dans une situation proche de celle des années trente : crise provoquée par les banksters de Wall Street, immigration massive et illégale, président ayant promis un « new deal », lobbies poussant à des interventions extérieures (en Iran, après l’Irak et l’Afghanistan) sans liens avec les intérêts strictement américains… On voit les prémisses d’un rejet des politiciens classiques aux ordres des lobbies, avec par exemple le Tea’s Party et le résultat des dernières primaires. On ne peut se désintéresser des mouvements agitant un pays d’une telle importance et une partie des forces des années 30 persiste aujourd’hui, fût-ce sous d’autres formes.

 

Les Fascismes américains – 1920-1944, François Duprat-Alain Renault, Éditions Déterna, collection « Documents pour l’Histoire », dirigée par Philippe Randa, 328 pages, 31 euros.

 

 

 

Rédigé par Gérard Brazon

Publié dans #Point de vue

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