Faut-il avoir peur des « Vrais Finlandais »? Extrémistes, Populistes?

Publié le 25 Mars 2011

                 Il n' y a pas qu'en France que les choses bougent. Que les lignes politiques changent de place. Partout en Europe, des partis dits "Populistes" ou "d'extrême droite" émergent. Ce n'est pas la culpabilisation que les politiques français ou européens mettent en avant qui changera quoi que ce soit. Il y a eu un déclic.

         Les européens se sont rendus de la situation dans laquelle"les pères de l'Europe" les ont rabaissé si ce n'est diminué. Ils veulent retrouver si ce n'est leurs frontières au moins, le droit à leur identité. Cette fameuse identité des peuples que cette Europe détruit peu à peu par l'entremise d'une immigration de peuplement. Il ne tiendra qu'aux politiques en place aujourd'hui, de droite ou de gauche, pour que cette identité se retrouve en douceur ou dans la violence.

      Les peuples ne supportent plus d'être les victimes d'une hégémonie culturelle et religieuse imposée. C'est cette absence d'intérêt pour les identités des peuples. C'est vous, les "bâtisseurs de cette europe liberticide" qui avaient voulu imposer de gré ou de force cette Europe sans âme. C'est vous, Mesdames et Messieurs les européistes, par cette négation des cultures des peuples, pour ce mépris des plaintes, des cris ou des alarmes qui êtes responsables de cette montée des "populismes" comme vous dites ! Ce ne sont pas les peuples eux-mêmes qui ne font que se défendre avec le peu que vous leur avez laissé: un buletin de vote.             

Gérard Brazon  

La percée populiste est un événement majeur en Europe. La Finlande est à son tour touchée : souverainiste, identitaire, critique de l’économie mondialisée et favorable à la préférence nationale, le parti des Vrais finlandais s’apprête à faire une percée aux élections législatives du 17 avril 2011. Voici ce qu’en dit une étude de la Fondation Robert Schuman, un puissant think tank de l’Union européenne, sous le titre : Faut-il avoir peur des « Vrais Finlandais » ? 
Polémia en livre ici de larges extraits.

1-Une percée attendue

Crédités actuellement d’environ 15% des suffrages par les dernières enquêtes d’opinion, le parti populiste des « Vrais Finlandais » devrait en effet réaliser une percée électorale le 17 avril. Leur leader Timo Soini affirme pouvoir remporter 15 sièges au Parlement, soit+10 qu’actuellement.

Ce résultat (en hausse constante depuis le début de l’année 2010) devrait permettre à son parti de participer aux négociations pour la formation du prochain gouvernement. Timo Soini s’est déclaré intéressé par les portefeuilles de l’Economie, de l’Emploi, de l’Intérieur et de la Défense. « Le sens et l’objectif d’un parti politique sont d’entrer au gouvernement pour exercer le pouvoir. C’est aussi notre but » a-t-il déclaré. Hormis les Verts, Timo Soini se dit prêt à coopérer avec tous les partis politiques. « Les sociaux-démocrates, le Rassemblement conservateur et le Parti du centre sont de possibles partenaires de gouvernement, je n’ai pas de préférence » a-t-il indiqué. Il a cependant posé une condition à l’éventuelle participation de son parti au gouvernement : l’abandon de l’inscription dans la Constitution d’un article faisant mention du fait que la Finlande est membre de l’Union européenne (le texte vient d’être approuvé par le Parlement par 144 voix contre 26 mais doit encore être voté par la majorité des 2/3 du prochain Parlement pour être définitivement adopté). « L’appartenance à l’Union européenne ne doit pas être protégée par la Constitution » répète Timo Soini. Cette condition pourrait s’avérer un obstacle sérieux : la réforme constitutionnelle fait l’objet d’un consensus parmi les partis politiques finlandais.

L’idée du cordon sanitaire (alliance des partis de gouvernement dans le but d’empêcher un parti extrémiste d’arriver au pouvoir) n’existe pas en Finlande. « Les Vrais Finlandais pourront participer au prochain gouvernement comme le Parti social-démocrate et le Parti du centre » a déclaré Jyrki Katainen, leader du Rassemblement conservateur et actuel ministre des Finances. La Premier ministre Mari Kiviniemi a également indiqué le 3 mars dernier qu’elle était « prête à coopérer au gouvernement avec n’importe quel parti politique avec lequel elle trouve une entente sur un programme gouvernemental » et qu’elle « n’excluait pas la coopération avec les Vrais Finlandais ». Le Parti rural (SMP), dont sont issus les « Vrais Finlandais », a d’ailleurs participé aux gouvernements finlandais entre 1983 et 1990. (…)

2. Qui sont réellement les « Vrais Finlandais » ?

Le parti est indéniablement populiste : critique des élites considérées comme incompétentes, corrompues et sourdes aux problèmes du peuple ; remise en cause de la représentation comme des corps intermédiaires et exaltation du peuple ; valorisation de la dimension nationale et hostilité à l’égard de l’Union européenne et de la mondialisation ; volonté farouche de restreindre (ou de stopper) l’immigration en provenance des pays pauvres, et refus d’une société multiethnique dénoncée comme la cause des dysfonctionnements sociaux.

Les « Vrais Finlandais » ont prospéré sur les scandales de financement des partis politiques, la dénonciation de la politique européenne du gouvernement (notamment en ce qui concerne l’aide accordée à la Grèce et à l’Irlande) et sur la question de l’immigration.

Ils ont voté contre le financement par Helsinki des plans d’aide à la Grèce, imités d’ailleurs par le Parti social-démocrate, pourtant traditionnellement très pro-européen. Le parti de Timo Soini demande qu’Helsinki diminue sa contribution à l’Union, appose son veto sur toute augmentation du montant de l’actuel Fonds européen de stabilisation financière (FESF) et souhaite créer une zone euro « réservée » aux Etat membres notés AAA par les agences de notation (par exemple la Finlande ou l’Allemagne). Timo Soini veut exclure les pays de la partie méridionale de l’Union européenne de l’Union économique et monétaire (UEM). « La coopération, oui, mais créer un Etat fédéral ou des Etats-Unis d’Europe, jamais. Je ne voterai jamais en faveur du sauvetage d’un Etat » a-t-il déclaré .Les « Vrais Finlandais » sont un « parti ouvrier sans le socialisme » mêlant un programme économique de gauche à une politique sociale d’extrême droite.

A l’Eduskunta/Riksdag, (le Parlement finlandais, NDLR) ils siègent d’ailleurs au centre, placés entre les Verts et le Parti du centre. Si partout en Europe, les partis populistes ont bien compris la nécessité de tenir un discours à la fois social et protectionniste et de s’affirmer comme les défenseurs d’un Etat providence fort, ce positionnement n’est pas nouveau chez les « Vrais Finlandais » qui, dans la lignée du Parti rural de Veikko Vennamo (appelé le Parti des oubliés) dont ils sont issus, ont toujours défendu les petits, les chômeurs, les ouvriers, les laissés pour compte, les mères célibataires ou les petits entrepreneurs. Ils prônent un Etat providence fort, seul capable selon elle d’assurer la sécurité économique des citoyens les plus faibles.

Au début des années 2000, les « Vrais Finlandais » accusaient déjà les forces de gauche d’avoir abandonné les citoyens les plus vulnérables et se battaient en faveur d’une forte réduction de l’impôt sur le revenu pour les plus bas salaires, considérant que l’augmentation du pouvoir d’achat des plus pauvres permettrait de réduire à moyen terme le recours aux aides sociales. Leur ancêtre, le Parti rural, était déjà qualifié de « parti de gauche non socialiste ». Dénonçant l’immigration vue comme une menace pesant à la fois sur l’identité et sur la prospérité du pays d’accueil, Les Vrais finlandais proposent de réserver la protection sociale aux seuls nationaux et demandent une diminution des aides sociales accordées aux étrangers. « Un étranger muni d’un permis de séjour n’est pas comparable à un Finlandais » a déclaré Timo Soini.

Opposés au mariage entre personnes du même sexe ou à l’adoption par des couples homosexuels, le parti populiste défend la famille traditionnelle, proche en cela du parti chrétien-démocrate avec lequel il avait d’ailleurs fait alliance aux dernières élections européennes le 7 juin 2009. Les « Vrais Finlandais » se sont ainsi opposés aux Verts sur la question des droits des homosexuels qui a fait l’objet d’un débat public à l’automne 2010.

Le programme électoral des « Vrais Finlandais », rédigé par un groupe de 14 personnes présidé par Vesa-Matti Saarakkala, prône la défense de la culture « homogène » finlandaise (la « finlandité »). «Les Vrais Finlandais ont été les meilleurs pour transformer le scepticisme de l’opinion quant à la question de l’immigration en soutien populaire mais ils ne sont pas les seuls à avoir tenu des discours remettant en cause l’accueil de populations venus de l’étranger » déclare l’analyste politique Jussi Foerbom. Le parti fait de la présence des réfugiés somaliens (au nombre d’environ 10.000) l’une des questions centrales du débat politique. Il refuse cependant d’être qualifié de raciste alors qu’il rappelle que les immigrés doivent respecter les lois du pays où ils vivent. « Je me sens vraiment offensé lorsque mon parti ou moi sommes qualifiés de racistes. C’est un jugement injuste et qui va à l’encontre de ce en quoi je crois » affirme Timo Soini. La Finlande a longtemps été très homogène, accueillant des immigrés venus de pays proches (Suède, Estonie). Le pays compte dorénavant 155.000 personnes nées à l’étranger, soit 3% de sa population totale, la proportion la plus faible de l’ensemble des pays européens.

« Le vote en faveur des Vrais Finlandais est un vote de protestation. Les partis de gouvernement paraissent déconnectés des réalités. Les gens veulent que quelqu’un les écoute et les prenne au sérieux » indique le professeur de sociologie, Risto Heiskala. Les« Vrais Finlandais » ne s’inscrivent pas dans la tradition d’extrême droite que représentent par exemple le Parti libéral autrichien (FPÖ) ou le Front national français (FN).

Si la personnalité de Timo Soini est un élément important du succès de son parti (dont peu de cadres sont connus du grand public), l’homme n’est pas non plus un leader comparable à Jörg Haider, Jean-Marie Le Pen ou Geert Wilders (Parti de la liberté, PVV) aux Pays-Bas. Les « Vrais Finlandais » ne partagent pas non plus le rejet de l’islam de ce dernier. « Comparés à l’extrême droite européenne, la rhétorique du parti est beaucoup plus conciliatrice » affirme Miikka Pyykkonon, professeur à l’université Jyvaeskylae. Les « Vrais Finlandais » attirent les électeurs de l’ensemble des autres partis politiques. Selon Jari Pajunen, directeur de recherche à l’institut Taloustutkimus, sur 100 électeurs des « Vrais Finlandais », 50 ont déjà voté pour ce parti, 10 sont d’anciens électeurs du Parti du centre, 10 d’anciens Sociaux-démocrates, 8 du Rassemblement conservateur, 5 de l’Alliance des gauches et 17 ne s’étaient jusqu’alors jamais rendus aux urnes. Les 2/3 de ses électeurs sont des hommes peu diplômés, victimes des fermetures d’usines et des licenciements consécutifs à la crise économique.

3. Une irrésistible ascension ?

La percée des « Vrais Finlandais » a constitué l’événement des dernières élections locales le 26 octobre 2008. Le parti populiste a recueilli 5,4% des suffrages (et 442 conseillers locaux) mais 10% des suffrages (+ 9 par rapport au précédent scrutin) à Vantaa, ville de la banlieue d’Helsinki et 6 élus. Ils ont également remporté 4 sièges de conseillers à Helsinski.

« Le cauchemar est maintenant arrivé chez nous » analysait à l’époque le politologue Tuomo Martikainen, qui ajoutait « les gens sont insatisfaits et déplorent que certains problèmes graves ne soient pas résolus ». « La xénophobie est désormais organisée en Finlande » affirme Pasi Saukkonen, chercheur de la Fondation pour la politique culturelle, ajoutant que la Finlande a longtemps constitué une anomalie en Europe en raison de la faiblesse de son extrême droite.

Le parti populiste a confirmé son résultat lors des élections européennes du 7 juin 2009 où il a recueilli 9,8% des suffrages devenant ainsi le 4e parti de Finlande. Comme cela avait été le cas aux élections locales, Timo Soini est le candidat à avoir recueilli le plus grand nombre de voix sur son nom à ce scrutin.

Extraits de l’analyse de Corinne Deloy publiée par la Fondation Robert Schuman dans sa Lettre n°479 du 21/03/2011.

L’intégralité de l’article en Pdf est consultable en cliquant ici

Rédigé par Gérard Brazon

Publié dans #Point de vue

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