Faut-il comparer Ayrault à Aristide Briand?

Publié le 13 Octobre 2012

  / le Floc' Hington POst

Dans une invitation presse au vernissage de l’exposition du Conseil Général de Loire-Atlantique, Philippe Grosvalet aurait comparé le premier ministre Jean-Marc Ayrault à Aristide Briand. L’association qui porte le combat pour la réunification bretonne, Bretagne Réunie, a sauté sur l’occasion pour saluer la mémoire du prix Nobel de la Paix en 1926 et « qui a toujours revendiqué son identité Bretonne ». Contrairement au Premier Ministre, invité à s’inspirer un peu plus de l’illustre nazairien.

 A l’époque, Aristide Briand ne pouvait guère faire autrement.
Nantes était la capitale Bretonne et même dans leurs pires cauchemars, les Bretons du pays de Nantes ne voyaient pas quel fêlé pourrait créer un jour une région Pays de Loire ou même les rattacher à l’Anjou. Saint-Nazaire était fièrement Bretonne et nombreuses étaient les entreprises qui portaient le nom de « 
Bretagne » dans leur nom, par exemple les Ateliers et Chantiers de Bretagne sur l’île de Nantes ou les Verreries Mécaniques de Bretagne à Vertou. C’est aussi à cette époque que le mouvement Seiz Breur prend son envol, porté notamment par le nazairien René-Yves Creston.

 Et Bretagne Réunie de s’enflammer sur la mémoire de ce « grand homme », en un flamboyant panégyrique : « Il était à la fois homme du peuple, homme d’Etat, et avocat de la cause ouvrière. Il portait avec courage et pragmatisme des convictions réformistes, socialistes et progressistes, au service du bien public et de l’intérêt général, de la réconciliation franco-allemande, de la paix entre les Nations et de l’idée d’une Union Européenne Fédérale ! ». L’OURS  n’aurait pas fait mieux.

Un grand Homme, vraiment ? Au début de sa carrière politique, il a été surpris par un garde-champêtre et trois paysans en flagrant délit d’adultère dans le pré de Toutes-Aides, à trois km de Saint-Nazaire. Poursuivi pour outrage public à la pudeur, il est condamné par le tribunal civil de Redon à six mois de prison et deux cent francs d’amende. Verdict que la Cour d’Appel de Rennes confirma. C’est la Cour de Cassation qui cassa l’arrêt le 27 juillet 1892 par égards aux services que l’Aristide Briand avait rendu et allait rendre à la cause démocratique. La belle s’appelait Jeanne Nouteau. Son père, fervent républicain, subventionnait le journal La démocratie de l’Ouest, dont il était rédacteur en chef. On notera « de l’Ouest », et non « de Bretagne ». Et surtout, que Jeanne Nouteau était mariée, elle, au banquier Adophe Giraudeau. Toute sa vie durant, Aristide Briand fut poursuivi par le scandale, et il demeura à la merci des indicateurs de la Sûreté Générale, dont il devint l’un des chefs en devenant rédacteur en chef dela Lanterne, journal peu cher destiné à la propagande du peuple et subventionné par les fonds secrets. Peuple qu’il réprima à Narbonne une dizaine d’années plus tard lorsqu’il se découvrit une vocation de droite.

Notre DSK de la IIIe République fit mieux encore. C’était par ailleurs un fameux coureur de dot, et c’est par l’indiscrétion d’un de ses contemporains, Gaborit, que l’on connut « les détails de l’enlèvement, par Aristide Briand, de la malheureuse petite Anna Olivier, marchande de tabac à Saint-Nazaire, que ce maquereau-né avait emporté à Paris avec les 75.000 francs de ses économies et d’un petit héritage. Lui ayant fait un enfant, il simula, en la dupant de la façon la plus odieuse, un mariage à Jersey, puis, ayant assez d’elle, l’abandonna avec son petit garçon ». On trouve cette affaire relatée dans de nombreuses chroniques contemporaines ou postérieures, par exemple dans le Bréviaire du journalisme, écrit par Léon Daudet en 1935. L’enfant s’appelait Marius-Aristide, et, non reconnu, fut un fantôme durant la vie de son père avant de refaire surface à sa mort.

Un Visionnaire, vraiment ? De la gestion de l’après-guerre, l’on ne connaît vraiment, au-delà du milieu des historiens, que la vulgate que la République a bien voulu laisser passer. Idéaliste, Aristide Briand ? Non, soucieux de ses affaires, en plus de de celles, juteuses, qu’il put faire avec les biens des congrégations et des paroisses chassées de leurs biens par les diverses lois de Séparation de 1901 à 1905. Avec Malvy et Caillaux, avant et pendant la guerre de 1914-1918, il fit des affaires en Allemagne et transmit nombre d’informations stratégiques au haut-commandement Allemand, dans la droite ligne des augustes fondateurs de la IIIe République, qui, tous, tenaient salon chez la Païva, épouse du comte Henckel von Donnersmarck, cousin de Bismarck et son informateur attitré sur le milieu politico-mondain parisien. Celle-ci dut finir sa vie en Allemagne, mais il était trop tard pour la IIIe République, enserrée dans un filet d’affaires, d’indicateurs et d’hommes politiques traîtres à leur nation pour la cause de la finance apatride.

Poussé dehors par Clémenceau, il revint par la fenêtre une fois la paix signée, en sabotant son élection à la présidence, et commença à brader les accords de Locarno  sous couvert de ne pas accabler l’Allemagne de responsabilités et de demandes de réparation. Il fut encouragé dans son idéal européiste par Stresemann, qui prépara en sous-main le réarmement allemand et le renouveau de son industrie, et ce, dès 1922. Contrairement à ce qu’affirme l’Histoire commune, l’Allemagne n’était pas nue et dépouillée en 1933, et Hitler ne l’a pas redressée à partir de rien. Il y avait déjà de bonnes bases, et ce grâce à l’aveuglement de Briand, celui que Max Gallo a qualifié de « trop vieux capitaine pour une mer en tempête, illustrant l’incapacité de toute une classe politique à saisir la nouvelle donne du monde » qui, responsable de la France, préféra les jupons et les affaires à la paix de son peuple.

Alors, peu nous chaut que Briand ait défendu les droits d’usage que François II, duc de Bretagne, concéda aux Briérons sur les marais salants en 1461. Si Ayrault est comparable à Aristide Briand, s’il court autant le déficit  que Briand le jupon, alors que l’on nous préserve de ces « grands hommes » là !

Rédigé par Gérard Brazon

Publié dans #Point de vue

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mika 13/10/2012 09:12


Moa, j’ai une idée… Si Jean Marc veut d’venir un vrai Héros  comme Aristide il lui faut un prix Nobel de la paix et en ce moment y’en a un « non nominatif » qui est dispo à
L’UE, il lui suffit d’aller le récupérer.