Florian Philippot : "Sarkozy a laissé un champ de ruines"...

Publié le 27 Novembre 2012

Interview de Florian Philippot par le JDD

Florian PhilippotLa crise à l'UMP est-elle une bonne ou une mauvaise nouvelle pour le FN?
C'est d'abord une mauvaise nouvelle pour la démocratie. Personne ne gagne à déligitimer la politique. Quand il y a des gens qui se disent "j'arrête de voter", ça ne fait pas nos affaires. Il y a déjà une fracture énorme entre les citoyens et leurs élites politiques. Et le spectacle qu'ils nous offrent sur les plateaux de télévision n'est pas compréhensible et donne une très mauvaise image.

La crise à l'UMP alimente aussi le discours inhérent au FN du "tous pourris"…
On n'a pas ce discours-là. Ça a pu être un slogan il y a dix ans. Mais disons que ça confirme le conseil que nous avions donné aux adhérents UMP de ne pas participer à cette mascarade. Ça confirme aussi qu'on est face à des tout petits politiciens, pas des responsables politiques. Ils ont infiniment moins de conviction dans le combat quand il s'agit des idées qu'ils n'en ont maintenant pour défendre leur poste et de savoir qui sera candidat en 2017. Ce qui prime aujourd'hui, c'est une haine décomplexée. L'UMP est vermoulue depuis longtemps et est peut-être en voie d'effondrement.

«Le plus proche idéologiquement serait Henri Guaino»

Pensez-vous que certains élus UMP pourraient être tentés de rejoindre le FN?
Peut-être au niveau local mais pas au niveau national. Le plus proche idéologiquement serait Henri Guaino. Mais il a voté le traité européen… Notre discours ne varie pas au gré des circonstances. On est en permanence dans une politique de main tendue à tous les patriotes. Il y en a à l'UMP et ailleurs aussi, à gauche et à droite. Peut-être que cette main sera davantage prise actuellement qu'à d'autres moments.

Si certains élus UMP décident de vous rejoindre, seriez-vous prêts à les accueillir?
Si on voit qu'ils sont dans une démarche sincère, oui. Mais il faut que les fondamentaux soient là : la souveraineté de la France, la régulation de l'immigration, la réindustrialisation par la protection intelligente aux frontières, plus de pratiques démocratiques…

Vous avez dit enregistrer un boom des adhésions depuis dimanche. Combien?
On parle des adhésions Internet.Depuis dimanche, on est sur un rythme deux ou trois fois supérieur à la moyenne. De dimanche soir à lundi, on a enregistré 500 adhésions. Mais il est très difficile de dire quel est le rythme habituel. C'est certain qu'il se passe quelque chose. Maintenant, je ne vous dis pas que c'est l'explosion nucléaire.

«Copé inspire un sentiment d'insincérité et d'arrivisme»

Comment interprétez-vous le succès de la motion de la Droite forte, défendue par les jeunes sarkozystes Guillaume Peltier et Geoffroy Didier?
C'est le signe que des adhérents de l'UMP croient encore au marketing sarkozyste et à la communication. Beaucoup de leurs promesses ont déjà été faites par Sarkozy en 2007, réitérées pendant son quinquennat puis en 2012 pendant sa campagne. Ces gens-là aiment tellement les propositions qu'ils font toujours les mêmes. Derrière la Droite forte, je vois une opération Buisson (ancien conseiller de Nicolas Sarkozy, Ndlr).

Qu'est-ce qui vous dérange dans la ligne Buisson?
Le fait de dire en permanence des choses contraires à ce qu'on fait. Cette technique d'enfumage a été utilisée abondamment par Nicolas Sarkozy et Jean-François Copé pendant sa campagne interne. Mais ça n'est pas sincère. C'est pour ça que je pose la question de l'intérêt de ce parti. Si l'UMP disparaît, est-ce que ça sera une grande perte pour le débat d'idées en France? Je ne crois pas.

Si Jean-François Copé reste président de l'UMP, il défendra une "droite décomplexée". Vous en réjouissez-vous?
Ça ressemblera comme deux gouttes d'eau au discours de Nicolas Sarkozy. Si Jean-François Copé est confirmé, ça sera une fragilité pour l'UMP. Il inspire un sentiment d'insincérité et d'arrivisme. Les gens ont du mal à le croire. Les sympathisants préféraient François Fillon à 70%. Quel que soit le président, il sera illégitime.

«Sarkozy a laissé un champ de ruines»

Croyez-vous au retour de Nicolas Sarkozy sur la scène politique?
Pas du tout. Il a sa part de responsabilité dans ce qu'il se passe à l'UMP. Il n'a organisé aucune succession, il a laissé un champ de ruines. Il est affaibli par son quinquennat et maintenant, il va être affaibli par ses ennuis judiciaires. Après l'affaire Bettencourt, il y aura Karachi puis les sondages de l'Elysée.

Il est en tout cas toujours sollicité par les sympathisants UMP…
Voyez à quoi ils assistent! Fillon, Copé Juppé… Je comprends leur désarroi. Ils se tournent vers ce qu'ils peuvent.

Cette crise remet-elle en cause les ambitions présidentielles de Jean-François Copé et François Fillon?
Ils sont décrédibilisés. Est-ce qu'ils peuvent être encore candidats à la présidentielle? Tout est possible, cela ne leur bloque pas l'accès à une candidature pour 2017. Ce serait prématuré de le dire.

Six mois après l'arrivée de la gauche au pouvoir, quel est votre rôle dans l'opposition?
On est une voix, et même une voie, totalement différente. Marine Le Pen est la leader de l'opposition aujourd'hui. Ce n'est pas encore vrai électoralement mais ça viendra, peut-être plus vite que l'on croit.

«Nos deux élus font ce qu'ils peuvent»

Comment peser politiquement avec seulement deux députés élus à l'Assemblée nationale, Marion Le Pen et Gilbert Collard?
On ne va pas changer la politique de la France, c'est certain. Mais c'est déjà très important d'être représenté, pour que les électeurs se disent : "Nos votes comptent." Nos deux élus font ce qu'ils peuvent et le font bien.

Aux cantonales de 2011, votre mouvement avait présenté de nombreux candidats inexpérimentés. Est-ce vous ne serez pas de nouveau confrontés à un manque de représentants lors des municipales de 2014?
Ces candidats ne sont pas des professionnels de la politique pour la plupart, mais ce n'est pas grave. Notre implantation locale est un chantier que nous avons entrepris. Nous allons lancer le campus Bleu Marine, qui sera une école de cadres et servira de formation pour les candidats. Nous sommes en train de nous structurer localement en installant des permanences. Maintenant que nous avons plus d'argent, on peut organiser plus facilement ce renouvellement. Mais bien sûr, cela ne se fera pas du jour au lendemain.

Le risque pour 2014 n'est-il pas d'avoir encore des candidats qui dérapent, comme lors de la campagne législative?
Il y en a eu très peu et Marine fait le ménage. Elle a toujours été extrêmement claire à ce sujet. Si on accordait la même attention à certains élus locaux UMP ou PS, on découvrirait des choses aussi sympathiques.

Marine Le Pen est favorable à des alliances locales avec des élus UMP. N'est-ce pas paradoxal alors que vous critiquez ce parti?
Ce n'est pas des accords avec les appareils. Nous regarderons élu par élu, au-delà de l'UMP. S'il s'agit d'un député-maire qui a voté le traité européen, c'est rédhibitoire. Qu'il ne compte pas sur nous. S'il s'agit d'autres élus qui s'engagent sur une charte municipale, on peut se mettre d'accord.

«Nous gagnerons Hénin-Beaumont en 2014»

Ces personnes pourront-elles garder leurs étiquettes politiques?
Si elles travaillent dans le cadre du Rassemblement Bleu Marine, non. A un moment, il faut choisir.

Votre objectif est de "faire des Hénin-Beaumont" partout en France…
C'est un modèle, en termes d'organisation, de militantisme, de convictions, d'efficacité… Nous gagnerons d'ailleurs cette ville en 2014.

Le Conseil constitutionnel doit prochainement trancher sur le recours de Marine Le Pen déposé après l'élection législative. En cas d'annulation, Marine Le Pen veut-elle affronter de nouveau Jean-Luc Mélenchon?
Je pense qu'elle y est indifférente. Elle a bien vu sa campagne : il est arrivé en disant "je vais tout casser" et puis à la fin, il n'osait plus aller sur les marchés parce qu'il n'était pas bien reçu. Elle ne le craint absolument pas.

Vous dites que vous n'auriez pas pu adhérer au FN du temps de Jean-Marie Le PenL'image qu'il a donné au FN a-t-elle été un frein à votre adhésion au parti?
J'ai toujours dit que j'étais en désaccord avec certains de ses propos mais Marine a de toute façon vite levé l'hypothèque. C'est une fausse étiquette qu'on essaye de coller au Front national. Cela ne prend plus, les gens ont compris que c'était du bidon. Lorsque je participe à des réunions avec les militants, je vois des Français comme les autres.

«Je suis un esprit libre»

Etes-vous une figure montante du Front national?
Je ne suis pas une figure descendante! C'est présomptueux de dire ça, je n'aime pas le dire. Je suis un dirigeant à qui Marine a fait confiance et qui a une certaine visibilité.

Vous êtes à 31 ans vice-président du Front national. Etes-vous prêt à toujours rester le "numéro 2" de Marine Le Pen?
La chef, c'est Marine Le Pen. Je serai toujours à son service.Mon ambition n'est pas de la dépasser mais d'être élu et de faire en sorte que ma famille ait le maximum de poids. Et ensuite, de faire en sorte qu'on atteigne l'essentiel : là où sont les vrais pouvoirs en France, c’est-à-dire la présidence de la République et le gouvernement, donc le Parlement.

Enarque dans un parti qui dénonce toujours les élites… Votre profil n'est-il pas paradoxal?
On ne veut pas les supprimer, on veut une élite populaire, proche des aspirations du peuple, c'est différent. Quand j'étais dans le couloir des grandes écoles, j'ai essayé de prendre le meilleur et de mettre de côté le moins bon, c’est-à-dire le formatage idéologique. A HEC, j'étais le seul pour le non au Traité européen et je ne m'en cachais pas. Je suis un esprit libre. 

Rédigé par Gérard Brazon

Publié dans #Point de vue

Commenter cet article

Banro 28/11/2012 23:39


"Il n'a organisé aucune succession, il a laissé un champ de ruines. "


 A vous de le reconstruire M. Philippot, en êtes-vous capable, peut-être en vous associant à l'islam au vu de vos récentes déclarations
!

Yves IMBERT 27/11/2012 16:48


l'ENA est une institution décébrée par le marxisme et ses élèves sont conditionnés par le politiquement correct gauchiste qui est une vraie maladie dont je ne suis pas sûr que le sieur Philippot
par ailleurs sympathique mais qui ne me laisse pas béat d'admiration en soit guéri


D'ailleurs cet Enarque , comme Marine, tient des propos à géométrie variable sur l'invasion arabo-musulmane  et ne voit que l'AME dans les dépenses pour l'immigration qui en réalité coûte
par an 73.3 + 4,6 + 18 = 95,6 milliards cf rapport de l'institut de géopolitique des populations du 16.02.12

mika 27/11/2012 16:10


J’ai lu qu’on lui reprochait d’avoir fait l’ENA. Sans considérer qu’un passage par l’Ecole Nationale
de l’Administration s’impose à tout futur commis de l’état, connaître les rouages complexes de l’administration n’est pas forcément une tare. Je me méfierai plutôt des opportunistes comme
Guillaume Peltier qui s’inventent un destin sans y avoir été préparé. Le discours  qu’il tient  ne me gêne en rien et lui prêter des intentions c’est accréditer le comportement insupportable de ceux qui vilipendent Marine le Pen pour les mêmes motifs. Une
chose est sûre, l’homme a un cerveau entre les 2 oreilles et par les temps qui court…..