François Hollande présidera dimanche la commémoration de la rafle du Vel d'Hiv, dans les pas de Jacques Chirac

Publié le 21 Juillet 2012

Le 16 juillet 1995, cinquante-trois ans après la rafle du Vel d'Hiv M. Chirac prononçait un discours qui a "marqué une profonde rupture", observait Serge Klarsfeld dans Le Monde."Ces heures noires souillent à jamais notre histoire et sont une injure à notre passé et à nos traditions", avait déclaré Jacques Chirac. "Oui la folie criminelle de l'occupant a été secondée par des Français, par l'Etat français (... ) La France, patrie des lumières et des droits de l'homme, terre d'accueil et d'asile,

Par Nadej Puljak / EJP

A l’occasion de la commémoration de la rafle du Vel d'Hiv de juillet 1942, qu'il présidera dimanche, François Hollande devrait se placer dans les pas de Jacques Chirac, qui fut le premier président à reconnaître la responsabilité de la France dans la déportation des Juifs de France.

Soixante-dix ans après la plus grande rafle de Juifs en France durant la Seconde Guerre mondiale - 13.152 hommes, femmes et enfants arrêtés à Paris et sa banlieue les 16 et 17 juillet 1942 - le chef de l'Etat prononcera un discours, à l'endroit même où la plupart d'entre eux furent entassés, au Vélodrome d'Hiver, dans le XVe arrondissement de Paris, démoli en 1959.

L'actuel chef de l'Etat devrait ainsi se démarquer de son ancien mentor, l'ex-président François Mitterrand qui considérait que la France ne pouvait être mise en cause dans la déportation des Juifs pendant la Seconde Guerre mondiale puisque, selon lui, il n'y avait eu, durant l'occupation allemande, qu'une seule France légitime, celle de la France libre.

Le socialiste Mitterrand restait en cela fidèle à ce que pensait le Général De Gaulle.

Il faudra attendre 1995 et l'élection de Jacques Chirac, pourtant gaulliste convaincu, pour qu'un président reconnaisse la responsabilité de la France. Le 16 juillet 1995, cinquante-trois ans après la rafle du Vel d'Hiv M. Chirac prononçait un discours qui a "marqué une profonde rupture", observait Serge Klarsfeld dans Le Monde daté du 11 juillet dernier.

75.500 Juifs ont été déportés vers les camps de la mort nazis sur les 320.000 qui vivaient en France au début de l'Occupation (environ 2.500 ont survécu).

‘l'incertitude planait’

"Ces heures noires souillent à jamais notre histoire et sont une injure à notre passé et à nos traditions", affirmait ce jour-là Jacques Chirac. "Oui la folie criminelle de l'occupant a été secondée par des Français, par l'Etat français (... ) La France, patrie des lumières et des droits de l'homme, terre d'accueil et d'asile, accomplissait l'irréparable", ajoutait-il dans un discours salué "dans le monde entier comme une courageuse et salutaire reconnaissance", selon Me Klarsfeld.

Si dimanche, "François Hollande ne parlait pas de la responsabilité de la France, ce serait un recul", a affirmé vendredi à l'AFP le président de l'Association des fils et filles de déportés juifs de France.

Nicolas Sarkozy avait affirmé, le 19 juillet 2007, en se rendant au Mémorial de la Shoah à Paris quelques semaines après son élection, que son prédécesseur avait dit "ce qu'il fallait dire". "Il n'y a rien à ajouter, rien à retrancher à son très beau discours", avait-il ajouté.

"Avec le mitterrandien François Hollande, l'incertitude planait", affirme Me Klarsfeld, qui rappelle comment certains socialistes -- notamment Jack Lang, Jean Glavany ou Claude Bartolone, l'actuel président de l'Assemblée nationale -- avaient critiqué le discours de M. Chirac.

"C'est pour cela que j'ai écrit une tribune dans Le Monde, par prudence, pour mettre en garde, pour que les choses soient claires", ajoute-t-il.

Aquilino Morelle, le conseiller politique du président Hollande, l'a rassuré.

Dans une lettre qu'il lui a adressée le 10 juillet, M. Morelle affirme à l'avocat que "le président dira ce qui doit être dit", qu'il parlera de "la fidélité de la nation au devoir de la mémoire", de sa "détermination à dire l'histoire telle qu'elle fut et à en tirer les leçons qui s'imposent", qu'il soulignera "la responsabilité de la France, de son administration, de sa police dans ce crime" commis contre les Juifs de France.

"Jacques Chirac avait eu les mots qui convenaient", a-t-on souligné vendredi dans l'entourage du chef de l'Etat, avant d'ajouter: "Et c'était le premier".

Rédigé par Gérard Brazon

Publié dans #Politique Française

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