France: il ne fait pas bon d'être blanc et pauvre... Par Guylain Chevrier

Publié le 25 Juin 2013

Blancs et pauvres : les études qui montrent comment cette catégorie sociale est devenue l’une des plus défavorisées et des moins aidées en France.

 

Un rapport de l'Ofsted décrit la façon dont les élèves les moins performants se trouvent désormais dans les villes côtières de l'est et du sud-est de l'Angleterre. C'est un changement radical par rapport il y a vingt ans, lorsque les élèves des quartiers défavorisés des grandes villes comme Londres et Birmingham et les minorités ethniques étaient les moins susceptibles de réussir à l'école.

Les natifs français issus des classes populaires semblent être encore plus pénalisés que d'autres catégories pauvres de la population. -

 

Atlantico : Difficultés d'accès aux aides sociales, éloignement des grands centres d'activités, les natifs français issus des classes populaires semblent être encore plus pénalisés que d'autres catégories pauvres de la population. Peut-on parler d'une émergence des "white trash" à la française ?

Guylain Chevrier : White trash, que l’on traduit littéralement par « déchet blanc », terme d’argot américain, désignant à l'origine la population blanche pauvre se situant encore plus bas que les noirs américains sur l'échelle sociale : travailleurs non qualifiés ou agriculteurs pauvres. Une réalité qui appartient à la société américaine avant tout divisée sur un mode racial.

 

Pour autant, on peut en retrouver une part dans l’état d’esprit aujourd’hui en France, en reflet d’une évolution de la lecture politique des inégalités sociales de notre société tendant à se réduire à une opposition entre Français d’origine et population issue de l’immigration.

 

Tout un courant idéologique dans ce sens tend à faire passer pour invisible une partie non négligeable de notre population qui se paupérise et se dévalorise, formée de personnes, de familles originaires du cru, ouvriers ou employés à faible niveau de rémunération ou au chômage après un licenciement dans des zones à faible taux d’emploi, travaillant à temps partiel ou en contrat précaire, travailleurs pauvres par excellence. Selon une enquête de l’INSEE de 2009, les employés et ouvriers non qualifiés ont un niveau de vie inférieur d’un quart à la moyenne des salariés, population au regard de cette problématique qui reste non-située. Aujourd’hui, on évalue selon le seuil de pauvreté à 60% du niveau de vie médian, que le taux de pauvreté en France est de 13,5%, c’est-à-dire, 8,2 millions de personnes (La Documentation française), dont inévitablement une large majorité de Français de longue date.

 

Pourtant, on ne parle pour répondre à cette situation que de la prise en compte des critères ethniques et culturels dans l’action publique, comme le voit le Centre d’analyse stratégique (CAS) dans sa note d’analyse de 2011. Selon lui, pour établir un équilibre entre respect de règles universelles et prise en compte des difficultés particulières liées à l’appartenance communautaire il faudrait introduire une dose de discrimination positive. On justifie cette démarche en expliquant que le modèle républicain, qui ne voit dans chaque individu qu’un citoyen, quelles que soient leurs appartenances communautaires ou culturelle, serait ainsi fondé sur un idéal rigide, pouvant s’aveugler sur les réalités sociales.

 

Pour repenser la politique de la ville, l’association Terra Nova le think-tank proche du PS, a proposé dans son rapport (Le Monde du 12 avril 2012) d'importer le "community organizing" à l'américaine dans les banlieues françaises. Venu des pays anglo-saxons, ce modèle prône la mise en place de conseils de quartier dit « réellement représentatifs » pour porter les projets de la politique de la ville, comprenant des habitants « sélectionnés en fonction de leur pays d’origine, de leur genre, de leur âge… »

 

En matière de réalités sociales, en dehors de ceux issus de l’immigration, n’y aurait-il donc rien à voir ni à prendre en compte ? Selon le Haut Conseil à l’Intégration, dans son étude sur Les défis de l’intégration à l’école (Janvier 2011), on explique que dans les ZUS les élèves issus de l’immigration sont particulièrement nombreux, car la part des familles immigrées y représente près d’un quart de la population, 23,6 %, contre 4% hors ZUS. Mais pourquoi alors n’entend-t-on pas plus parler des 76,4 % des enfants issus des autres familles en ZUS ? Où sont les études qui en rendent compte et comment pense-t-on les représenter ?

 

L’immigré semble bien devenir le nouveau prisme des réponses publiques à la problématique de la pauvreté indiquant combien s’est déjà réalisé l’abandon des autres pauvres, pourtant largement plus nombreux. Un choix politique qui pourrait être lourd de conséquences.

 

Le CSA en 2008 révélait le contenu d’une enquête éloquente à ce sujet. Elle montrait que dans tous les genres de programmes, la représentation des personnes "vues comme Noires" atteignait 10 %, la population non blanche atteignant 20 % dans le divertissement, 19 % dans l'information, 16 % dans la fiction, 11 % dans la fiction française. On y relevait aussi que les classes populaires sont délaissées par la télé, les ouvriers ne représentant que 2 % de la population observée alors qu'ils sont 23 % dans la population française. Les employés 16 % alors qu’ils sont 30 % dans la population.

 

De plus, même du côté d’une certaine gauche radicale, l’immigré, nouveau damné de la terre, est venu remplacer avec la chute du communisme une classe ouvrière qui était vue jusque-là comme le moteur de l’histoire de la libération humaine. Les transformations du monde du travail ont ringardisé l’industrie à la faveur de l’explosion des services, l’ouvrier étant soudain désigné comme appartenant au passé, et même, un obstacle à l’évolution inéluctable des choses. Ainsi, les luttes ouvrières contre les fermetures d’entreprises sont traitées sur le mode d’une bienveillance nostalgique par les médias.

 

Les ouvriers ont perdu aussi avec cette transformation leurs bastions et en plus les fleurons de l’industrie qui les montrait comme l’alpha et l’oméga de l’économie. Avec tout cela, le Parti communiste qui les représentait, est lui-même devenu une force d’appoint à un PS ou à un Front de gauche où ce « petit peuple » est conçue à la marge d’un électorat formé essentiellement de classes moyennes travaillant dans l’enseignement, la Fonction publique et les services, tolérantes aux accommodements dits raisonnables, réclamant la fin des frontières à la faveur d’une immigration sans contrainte, autrement dit l’enterrement de l’idée de souveraineté du peuple dans laquelle la classe ouvrière se reflétait avec une affection certaine pour la nation et le drapeau tricolore. Le peuple est fréquemment désigné dans ce contexte comme du côté de la xénophobie et du rejet de l’autre.

 

On retrouve cette population pour une part enclavée dans des ghettos dans des cités populaires de banlieue où elle est laissée à l’abandon, avec pour tragique recours, un FN qui fait son succès sur cette réalité invisible mais assourdissante. Il y a une cote d’alerte qui est déjà atteinte ici mais qu’on ne veut pas voir.

 

Autre chose est, quant aux difficultés d’accès aux aides sociales de ceux pouvant relever de cette population. La répartition dans ce domaine entre population immigrée et Français d’origine sur le fondement d’une catégorie sociale, par exemple les foyers modestes, n’est pas aujourd’hui repérée par des études chiffrées, et pour cause, ce seraient des statistiques ethniques. Par-delà, il s’agirait plutôt de questionner la position des uns et des autres et de la façon dont se répartissent les aides dans la population socialement en difficulté.

 

Du côté des services sociaux, il n’ya pas d’altération de cet accès, car l’égalité de traitement préserve les choses, mais on peut aussi constater que les familles d’origine immigrée sont, proportionnellement à ce qu’elles représentent dans la population en général, plus bénéficiaires que les autres des aides sociales en raison de leur situation sociale. Rien d’étonnant, si on considère qu’elles cumulent souvent des difficultés d’intégration économique et sociales que ne facilitent pas certains aspects cultuels. La place faite aux femmes dans certaines familles réduites à un rôle de mère n’est pas favorable à leur intégration par le travail, voire la polygamie que l’on sous-estime qui tire encore vers le bas la condition de ces femmes, parfois une monoparentalité qui découle du délaissement après décohabitation qui les fait encore plus pauvres.

 

On pourrait rajouter toutefois que leur part parmi ceux qui demandent une aide sociale est majorée du soutien qu’apporte tout un milieu associatif à ces populations, parfois doublé d’un clientélisme politique, qui favorise leur accès à certains biens sociaux comme le logement, tel que le squat de Cachan l’a bien montré en faisant aboutir l’essentiel de ceux qui en faisaient partie à un logement. On pourrait faire référence aussi à l’action de Droit au logement, qui n’hésite pas à occuper dans ce sens des logements dans des villes communistes embarrassées, qui pourtant ne peuvent être accusées de discrimination et comme d’autres obtempères.

 

Ces inégalités "silencieuses" se font-elles remarquer dès l'école ? De quelle manière ?

Concernant la comparaison entre enfants d’ouvriers et d’immigrés, «A caractéristiques sociales comparables des parents, on observe (…) un avantage des enfants d’immigrés essentiellement dû à l’investissement très forts des parents », explique Annick Kieffer, auteur avec Yaël Brinbaum de l’étude La scolarité des enfants d’immigrés de la sixième au baccalauréat (2009). « C’est vrai à l’entrée en sixième et c’est vrai également au niveau du BEPC » rajoutent les auteurs. Ne serait-ce pas plutôt en raison de la répartition géographique des ouvriers et des immigrés, les premiers étant principalement concentrés dans des bassins industriels à la dérive sur tous les plans, sans perspective et sans soutien, alors que les seconds sont essentiellement concentrés dans les banlieues des grands centres urbains, bénéficiant de leur dynamique, de leurs moyens et de tout un réseau associatif aux multiples soutiens ?

 

Selon cette étude, parmi les élèves dont les parents sont ouvriers et employés, 46% ont le bac chez les enfants d’immigrés, contre 40% chez les Français d’origine. Ils sont aussi plus nombreux à aller vers une seconde générale. « Le problème, c’est qu’on ne s’intéresse plus à l’origine sociale, déplore Annick Kieffer. On compare deux populations (enfants issus de l’immigration et français d’origine) dont les caractéristiques socioprofessionnelles n’ont absolument rien à voir. » Là, on ne peut que rejoindre les auteurs.

 

Les études supérieures sont de moins en moins accessibles aux enfants d'ouvriers selon l'observatoire national de la vie étudiante. En 2010, il y avait moins d'enfants d'ouvriers dans l'enseignement supérieur qu'en 2006. La sixième édition de l’enquête annuelle que l’Observatoire national de la vie étudiante(OVE-2010) met en évidence certains ratés de la démocratisation des études supérieures avec une surreprésentation des professions intellectuelles supérieures qui s'accentue dans les filières sélectives telles les écoles de management (52 %), les études de santé à l'université (49 %), les classes préparatoires aux grandes écoles (48 %) ou encore les écoles d'ingénieurs (46 %). Inversement, les enfants d'ouvriers et d'employés "sont sous-représentés". Depuis 2006, la part des étudiants issus des milieux populaires dans l'enseignement supérieur (hors écoles de commerce et d'ingénieurs) a baissé de 35 % à 31 % alors que ceux issus des classes favorisées a progressé de 32 % à 36 %. Pis, dans les filières que constituent les Instituts universitaires de technologie (IUT) et les Sections de techniciens supérieurs (STS), la part des enfants d'agriculteurs, d'ouvriers et d'employés a reculé respectivement de 42 % à 34 % et de 53 % à 49 %. 

 

Sur le plan des valeurs collectives et des idées, il y encore fracture au-delà de ces réalités chiffrées. L’intégration dans les programmes scolaire d’un enseignement du fait religieux, comme y invitait le rapport de Régis Debray sur L’enseignement du fait religieux dans l’Ecole laïque réalisé à la demande de Jack Lang, ministre de l'Education national (2002), visant à intégrer les enfants issus de l’immigration par leurs différences pour mieux qu’ils s’y reconnaissent, a fait beaucoup de mal sans aucune évaluation sérieuse depuis. Ainsi, ceux qui ne se reconnaissent dans aucune de ces différences se retrouvent encore ici en situation d’invisibilité, la minorité imposant par cette entremise à la majorité sa différence. Sans compter avec un enseignement qui dès la primaire se fait trop fréquemment en citant des extraits de textes religieux sans aucune contextualisation ou mise au conditionnel. Un enseignement donc aux antipodes de la laïcité et de la science qui favorise l’idée que de n’avoir pas de religion c’est ne pas avoir de morale, renvoyant encore des familles ouvrières souvent en dehors de toute pratique religieuse ou non croyantes à la marge.

 

Rédigé par Gérard Brazon

Publié dans #Point de vue

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Nina 28/06/2013 10:53


Monsieur, votre constat est parfaitement juste. Il y aurait tant à écrire sur le sujet.


Aujourd'hui même le Figaro donne le résultat d'une étude dans laquelle on dénombre plus d'un tiers d'étrangers dans les statistiques de la délinquance. Quant au reste, comme il n'est pas permis
de donner autre chose que du "Français", nous ne pouvons que sourire mais nous ne sommes pas dupes de cette "francitude" de mauvais aloi.


 


Une autre problème se pose qui me préoccupe terriblement. Il s'agit des Municipales à venir, en 2014.


 


Vous n'êtes pas sans ignorer la volonté farouche des nouveaux Français à s'installer dans les rouages des Mairies et ainsi coopter toutes les directions des Services.


Prenons le cas d'un Français pauvre et isolé comme indiqué dans votre article. Il arrive à la Mairie pour demander un soutien auprès du ASE (Aide Sociale à l'Enfance). Il se trouve devant un
"Français" qui aura d'autres "Français comme lui" à aider. Que pensez-vous qu'il se passera ?


Les attributions d'aide, de logements ou autres seront sous la coupe d'un communautarisme que personne n'osera évoquer de peur de se retrouver sous le coup de la loi et de la vindicte populaire.


2014 risque fort de voir des pans entiers de l'Administration civile tomber dans les mains de gens qui goûtent d'abord Mahomet et non la République.

mika 25/06/2013 17:55


Xavier Ruffer : Qui est vraiment pauvres en France


https://www.youtube.com/watch?v=hFM4eZP0zRY