François Hollande et les professions réglementées...

Publié le 5 Septembre 2014

Nous ne commenterons pas ici les propos attribués par Valérie Trierweiler à François Hollande sur les pauvres qu'il aurait appelés « sans-dents », pour une simple raison : il existe un délai légal pour une attaque en diffamation. De même, un droit de réponse doit rester ouvert dans une telle situation alors que le Centre d'Informations sur Internet de Chine rapporte « France : Hollande "catastrophé" par les révélations contenues dans le livre de Trierweiler ». Mais le simple fait qu'une expression telle que « sans-dents » puisse circuler de cette façon et produire un tel effet en dit long sur une situation sociale. Qui a vraiment accès à des soins dentaires, et que fait-on pour protéger cet aspect essentiel de la santé de la population ? Le Monde écrit à ce sujet« Les "sans-dents" ou la difficulté de l’accès aux soins dentaires », évoquant un rapport de Médecins du Monde et une étude de l'IFOP. D'après l'IFOP, « plus d’un Français sur trois (35%) a déjà renoncé à des soins dentaires en raison du coût du traitement ». D'après Médecins du Monde, les patients de 60 ans et plus accueillis dans les Centres d’accueil, de soins et d’orientation (CASO) « comptent en moyenne 15 dents absentes non remplacées »Le Monde avait déjà évoqué ces situations il y a deux ans dans un article intitulé « Des dents en moins, et pas les moyens» qui soulignait notamment le très grave problème que posent « les prix pratiqués par les chirurgiens-dentistes et les faibles remboursements de l'Assurance-maladie ». Tout récemment, lerapport de l'Inspection Générale des Finances (IGF) sur les professions réglementées mis en ligne parMediapart a abordé la question des soins dentaires estimant que « l'absence de réévaluation des tarifs des soins conservateurs et chirurgicaux, associée à la hausse du coût des équipements techniques, a eu pour conséquence que ces soins sont devenus peu rentables voire déficitaires pour les chirurgiens-dentistes ». Ce qui pousserait les chirurgiens-dentistes à « rechercher une compensation par une augmentation des honoraires perçus sur les soins prothétiques ». Mais si tel est le cas, que deviennent les garanties d'objectivité dans le diagnostic et le choix des soins ? Qui protège les patients contre un éventuel conflit d'intérêts du praticien ? Se trouvent en toile de fond les problèmes évidents liés à la privatisation des services publics et à la marchandisation des professions dites « libérales », comme déjà évoqué dans notre article « François Hollande et les professions réglementées (I) » à propos de la Pharmacie.

 

Après avoir évoqué des propos que François Hollande aurait tenus à l'égard de sa famille, Valérie Trierweiler écrit dans son livre Merci pour ce moment, Editions des Arènes 2014, page 229 :

« En réalité, le Président n'aime pas les pauvres. Lui, l'homme de gauche, dit en privé "les sans-dents", très fier de son trait d'humour. »

(fin de citation)

Laissons François Hollande répondre à ces affirmations de Valérie Trierweiler. Euronews écrit « "Merci pour ce moment" fait réagir l’exécutif français », tout en soulignant l'absence de réponse directe de l'Elysée. Hier, RTLrapportait « Hollande conteste la teneur du livre de Valérie Trierweiler » sans reproduire aucune déclaration précise. Le Parisien fait état d'un SMS de François Hollande se déclarant « catastrophé ».

En revanche, force est de constater que cette référence brutale aux problèmes dentaires de la population a touché un terrain particulièrement sensible. Outre Le Monde, France Info souligne que d'après des enquêtes récentes « les plus défavorisés renoncent bien à des soins dentaires pour des raisons de coûts ». A son tour, Sciences et Aveniremploie le titre « Les "sans-dents" : emblême de soins dentaires trop chers ».

Mais comment est-ce possible que des prestations médicales aussi essentielles que les soins dentaires aient pu devenir de plus en plus inaccessibles pour une partie croissante de la population française ?

S'agit-il d'autre chose que d'une nouvelle preuve de l'échec historique de la stratégie de privatisation des services publics ? Le rapport de l'Inspection Générale des Finances sur les professions réglementées apporte à ce sujet des éléments qui méritent une réelle réflexion.

 

Suit un extrait concernant les soins dentaires du rapport de l'Inspection Générale des Finances (page 41)

http://fr.scribd.com/doc/236260790/Professions-reglemente...

(...)

5.4.1 La profession de chirurgien-dentiste fonctionnerait de façon économiquement plus efficace si la réglementation fixait les tarifs du conseil et de la pose de prothèse dentaire.

Les travaux de la mission ont mis en évidence deux avantages que présenterait une modification de la réglementation sur les tarifs des actes des chirurgiens dentistes.

Premièrement, il existe une péréquation peu transparente entre soins conservateurs et chirurgicaux et soins prothétiques : l'absence de réévaluation des tarifs des soins conservateurs et chirurgicaux, associée à la hausse du coût des équipements techniques, a eu pour conséquence que ces soins sont devenus peu rentables voire déficitaires pour les chirurgiens-dentistes, ce qui les a amenés à rechercher une compensation par une augmentation des honoraires perçus sur les soins prothétiques.

Deuxièmement, la structure des coûts des soins prothétiques souffre elle-même d'un manque de transparence.

En effet, les honoraires rémunérant les soins prothétiques couvrent en réalité des coûts de différentes natures :

- un premier acte de conseil du chirurgien-dentiste relatif au choix de la prothèse dentaire la plus adaptée ;

- l'achat de la prothèse dentaire au prothésiste dentaire qui la fabrique sur prescription du chirurgien-dentiste ;

- l'ajustement et la pose de la prothèse dans la bouche du patient par le chirurgien-dentiste.

Aux termes de la réglementation actuelle, les chirurgiens-dentistes ont le monopole de la vente au public de prothèses dentaires, ce qui signifie qu'ils jouent nécessairement un rôle d'intermédiaire, achetant la prothèse au prothésiste dentaire et la revendant au patient.

Le conseil, l'ajustement et la pose font appel à l'expertise spécifique des chirurgiens-dentistes.

En revanche, dans la mesure où les chirurgiens-dentistes sont des professionnels de santé et non des commerçants, il y aurait une logique à ne pas leur faire jouer le rôle d'intermédiaire qu'ils jouent actuellement dans la vente aux patients des prothèses dentaires produites par les prothésistes dentaires.

Conclusion

Une première option de réforme envisageable consisterait à introduire plus de transparence et à séparer actes du chirurgien-dentiste et acquisition de la prothèse dentaire. Pour ce faire, il serait possible de réglementer la tarif de l'acte de conseil du chirurgien-dentiste, et le tarif de l'acte d'adaptation et de pose de la prothèse par le chirurgien-dentiste. Les soins prothétiques de dérouleraient alors de la façon suivante : le chirurgien-dentiste choisirait la prothèse dentaire qui convient le mieux aux besoins de son patient, puis le patient réglerait directement au prothésiste dentaire l'achat de la prothèse, que le chirurgien-dentiste adapterait et poserait ensuite.

Une autre option de réforme consisterait à obliger la communication au patient du prix d'achat de la prothèse non ajustée, sous peine de non prise en charge par l'assurance-maladie et les mutuelles des prothèses et soins prothétiques.

(fin de l'extrait du rapport de l'Inspection Générale des Finances)

 

Le constat dressé par le rapport de l'Inspection Générale des Finances a de quoi inquiéter : dans le fonctionnement actuel de cette profession, les dentistes n'auraient pas intérêt à dispenser des soins conservateurs et chirurgicaux, alors qu'ils peuvent se procurer des revenus autrement plus importants avec soins prothétiques et l'achat des prothèses. Or ces derniers soins sont devenus de plus en plus hors de la portée d'une majorité de la population française au vu des honoraires cités, déjà en 2012, dans l'article « Des dents en moins, et pas les moyens» (Le Monde).

Et dans une telle situation, comment s'assurer de manière concrète qu'un dentiste utilise vraiment toutes les ressources offertes par les soins les moins chers, et qu'il ne favorise par intérêt le recours aux prothèses ? Qui exerce un contrôle effectif sur les éventuels conflits d'intérêts dans ce milieu professionnel placé sous une pression économique que l'IGF relève ?

Le rapport de l'Inspection Générale des Finances évoque explicitement le coût des équipements techniques du dentiste. Mais dans ce cas, pourquoi ne pas prendre également en considération, entre autres, le coût de l'appartement qui héberge le cabinet ? En clair, l'ensemble des frais liés à un cabinet privé et qu'il faut amortir dans une logique de bénéfices immédiats spécifique au secteur privé.

Et que penser des bénéfices des fabricants de prothèses ?

Tout compte fait, c'est bien le caractère privé des prestations qui nous semble devoir susciter la première des interrogations. Nous reviendrons sur ce sujet dans un prochain article.

Rédigé par Gérard Brazon

Publié dans #Du côté des médias

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LA GAULOISE 05/09/2014 16:20


TOUT CE QUE J ESPERE C EST QUE LES SANS DENTS DEVIENDRONT ET LE PLUS VITE POSSIBLE DES SANS CULOTTES .....DIGNES DE LEURS ANCETRES .

Epicure 05/09/2014 11:59


Par ce que les espaces professionnels publics eux ne coûteraient rien au contribuable?


Les locaux médicaux sont aussi souvent Loués ou bien constituent de fait la perspective de capitalisation pour compenser des retraites ridicules. Un médecin reçoit 26 à 30 000 Euros nets par an,
de retraite, après 35 ans de cotisations à la Carmf...Jusqu'à la fin de son Internat, (Bac +11) il n'est qu'un Smicard....


Et que dire des revenus imposés et des retraites  misérables comparées à celles du secteur public de haut niveau???


Cet article est imparfait , mal fondé et incompréhensible...


Je ne suis pas dentiste....