Frère Rachid : Se moquer des croyances est-il licite pour vous musulmans et illicite pour les autres ? Par Malek Sibali

Publié le 6 Février 2015

Pour Riposte-Laïque

Le « Frère Rachid », un ex-musulman marocain, anime tous les jeudi soir une émission en arabe intitulée Sou’âl jarî’ (Daring question – Question audacieuse) sur la chaine satellitaire Al-Hayat basée aux États-Unis. Il dialogue avec des dignitaires religieux et des chercheurs musulmans ainsi qu’avec des ex-musulmans. Il commente souvent les textes fondateurs en islam relatifs à la violence contre les non-musulmans et portant atteinte à la dignité humaine. Grâce à cette émission, il est devenu l’animateur-phare de cette chaine de langue arabe, regardée par plusieurs millions de musulmans dans le monde. Dans l’émission du 15 janvier 2015, n°392, il interroge les musulmans : Se moquer des croyances est-il licite (halal) pour vous et illicite (haram) pour les autres ?

En voici des extraits traduits de l’arabe et publiés sur ahewar.org, n°4694, 18.01.2015:

Les musulmans ayant réagi sur le Web suite à l’attentat abominable contre Charlie Hebdo, se répartissent en trois groupes: les négationnistes, les justificateurs et les « exonérateurs ».


1) Les négationnistes

Ils prétendent que « tout est complot, que l’islam et les musulmans sont innocents de ce crime ». Le déni est, en effet, devenu une composante principale dans le système mental des musulmans. Cette théorie du complot est apparue au lendemain des attentats du 11 septembre 2001. Ses auteurs prétendaient que les juifs étaient totalement absents ce jour-là au Trade World Center, et l’implication de la CIA, malgré la revendication d’al-Qaeda de l’attentat, et les témoignages de ses auteurs, les terroristes musulmans eux-mêmes.

Ces mêmes voix s’élèvent aujourd’hui, suite à l’attaque contre Charlie Hebdo. Ils dénigrent l’implication des musulmans dans cet attentat revendiqué également par al-Qaeda.

2) Les justificateurs

Certains commentaires accusent Charlie Hebdo d’avoir déclenché en premier le blasphème à l’encontre de Mahomet. D’autres s’interrogent de façon irritante : « Si quelqu’un agresse la dignité de ta mère, vas-tu croiser les bras face à lui ? La France joue avec le feu ! Elle agresse les musulmans et intervient militairement contre leurs pays ! »

Ces justificateurs n’abordent jamais le fond du sujet. Ils évitent d’incriminer les auteurs de l’attentat et cherchent à détourner l’attention vers un autre sujet. Ce louvoiement est bien connu. Il démasque la déroute de la logique rationnelle chez ses auteurs… Son but, c’est de dissiper l’attention de l’opinion publique loin du sujet principal, qu’est l’identification des auteurs du crime et les mobiles de leur acte.

Les auteurs sont des musulmans engagés. Ils ont agi pour des raisons religieuses. L’un d’entre eux a publiquement reconnu son acte. Son aveu met un terme à toute justification inutile et tout louvoiement malsain. Alors, si les justificateurs condamnent le terrorisme, ils doivent alors reconnaître leur soutien à ces criminels et deviennent, par conséquent, eux-mêmes des terroristes en sursis. Toute évasion d’assumer la responsabilité en évoquant d’autres sujets, s’avère caduque.

Même si Charlie Hebdo a déclenché le blasphème, faut-il réagir ainsi contre ses caricatures avec des kalachnikovs pour obtenir justice ?
Et « la mère » en question, qu’a-t-elle à faire ici ? Est-ce qu’elle ressemble à la croyance ? Y a-t-il quelqu’un qui expose sa mère devant les gens et les invite à l’adorer ?
Pourquoi ce détournement obsolète et mesquin du sujet ? Pourquoi ce louvoiement ridicule?

Quant à Mahomet, transformé en dogme, il est proposé et imposé aux gens, afin de croire en lui… Il n’est plus un individu dont la vie privée ne regarde personne. Lorsqu’on l’affiche de cette manière, les gens auront indéniablement le droit d’éplucher sa vie, de le rejeter, de le critiquer, voire de s’en moquer.

Si on abolit le droit de critiquer n’importe quelle idéologie ou religion exposée en public, de s’en moquer, parce qu’elle a des adeptes qui la sanctifient, alors il faudra museler toute la population du monde et mettre l’essence même de la liberté d’expression en question…

Aujourd’hui, les musulmans disent que le Christ va retourner sur terre pour briser la croix, un symbole sacré pour les chrétiens. Ils qualifient ces derniers « d’adorateurs de croix ». Pourquoi se mettent-ils donc en colère infernale si on traite leurs croyances de façon similaire ?

Leur Coran représente Abraham se moquant des croyances de son peuple, brisant ses idoles. Puis, le même livre se moque publiquement de ses adeptes: « Le plus grand d’entre eux les a brisées » (càd la plus grande des idoles). (Coran 21, 62-63)…

Plus loin, le Coran loue l’action d’Abraham lorsqu’il se moque des idoles sacrées de son peuple (Coran 37,91-98). Allah le soutient et humilie ses détracteurs. Jugeant leur attaque injuste et agressive, Allah intervient aussitôt et délivre Abraham de l’autodafé…

Et pourtant, les musulmans considèrent un simple dessin caricatural comme un lèse-majesté à l’encontre de leur croyance. En même temps, ils louent l’action héroïque d’Abraham, sans saisir l’incohérence dans leur comportement.

D’après les Hadiths et la biographie du prophète, ses compagnons se moquaient des choses les plus sacrées chez les Arabes et Mahomet les approuvait. Ainsi acceptent-ils, sans gêne, toute insulte à l’encontre du sacré chez les autres et leur attribuent les qualificatifs les plus abjects.

Le Coran décrit les juifs comme les descendants des singes et des cochons et les compare à des ânes destinés au transport des livres . Il présente aussi tous les mécréants, y compris ceux de France, comme étant les pires des créatures sur terre . Charlie Hebdo décrit-il les musulmans de la même manière ?

D’autre part, les musulmans continuent toujours à se vanter du respect qu’ils ont des autres religions. En effet, ou bien ils ne lisent pas leurs livres, ou bien ils nous mentent. Ils réclament même qu’on les croit et qu’on ferme les yeux sur leurs textes sacrés. Si les musulmans veulent que Charlie Hebdo ne caricature plus leur religion, ils doivent alors expurger du Coran et des hadiths tout ce qui caricature les croyances des autres.

3) « Les « exonérateurs »

Ce sont ceux qui cherchent à dédouaner l’islam de ces atrocités. Ils prétendent que « les auteurs des crimes n’ont rien à faire avec l’islam, qu’ils ne sont que des terroristes sans religion et que l’islam est exonéré de leur action ».

Ce discours séduit et trompe souvent les occidentaux, notamment ceux qui ignorent le patrimoine islamique, non traduit dans leurs langues. Ainsi se trouvent-ils incapables de vérifier l’authenticité du précepte relatif au châtiment du blasphémateur de Mahomet.

En effet, la moindre atteinte à Mahomet est considérée comme blasphème en islam. Même celui qui dit que le vêtement de Mahomet est sale, commet un blasphème, selon l’imâm Mâlik . La peine de mort en est le châtiment décidé et approuvé par les quatre écoles juridiques en islam …

Les publications telles que : As-Sârim ul-Maslûl ‘alâ shâtim ir-rassûl (Le glaive acéré sur le blasphémateur du prophète de l’islam) d’Ibn Taymiyya, et As-Sayf ul-Maslûl ‘alâ shâtim ir-rassûl (L’épée acérée sur le blasphémateur du prophète de l’islam) de Takieddine al-Sabki, sont enseignées dans toutes les institutions islamiques.

Ces prétendus érudits et doctes de l’islam ont-ils fauté ? L’application de ce châtiment est-elle une erreur ? Si les auteurs de ces crimes n’avaient pas appliqué le châtiment prescrit aux journalistes de Charlie Hebdo, nous serions dans l’obligation de confirmer que les doctes de l’islam nous ont trompés tout au long de l’histoire et qu’ils étaient des terroristes, comme tous ceux qui approuvent ce meurtre…

Il convient aussi de rappeler que Mahomet lui-même approuvait ce châtiment. Il a ordonné la décapitation du poète juif Kaab ben al-Achraf, qui s’est moqué de lui dans un poème satirique . Il a aussi réclamé qu’on se venge de celui qui a accusé d’adultère sa troisième femme, Aïcha, et ses compagnons ont vite réagi : « Si c’est quelqu’un de la tribu de ‘Awas, nous lui couperons la tête » . Quand à l’aveugle qui tue son épouse parce qu’elle a insulté Mahomet, il confirme aussi le châtiment en question .

Les « exonérateurs » occultent ces faits. Ils veulent uniquement enjoliver le visage de l’islam, et continuer à clamer que c’est « une religion de miséricorde » sans considération des textes fondamentaux, ni des faits consignés dans les Hadiths.

Certains d’entre eux vont encore plus loin. Ils nient l’existence même de ces Hadiths et de ces faits, alors que la majeure partie des préceptes de l’islam vient des Hadiths et non du Coran, notamment les cinq prières, la fête du Sacrifice et d’al-Fitr, le récit de la création, les ablutions, les textes de prières. Malgré tout, ils n’hésitent pas à s’en désolidariser.

En outre, ils occultent l’enseignement même du Coran qui considère le blasphème de la religion et des croyances islamiques comme une violation du pacte qui nécessite la guerre. « S’ils violent leurs serments, après avoir conclu un pacte avec vous, et s’attaquant à votre religion, alors combattez les meneurs de la négation, qui n’ont aucun sens de la loyauté. Peut-être mettront-ils fin à leur hostilité ? » (Coran 9,12) Interprétant ce verset, al-Qortobi confirme que « les doctes de l’islam ont tous déduit qu’il faut tuer tout individu qui insulte la religion et le considérer comme mécréant » .

Bref, les auteurs de ces crimes ne sont ni bouddhistes ni chrétiens mais musulmans. Leur objectif consistait à châtier celui qui insulte le prophète. Ils ont appris cet enseignement dans les livres saints de l’islam et l’ont appliqué, en criant haut et fort : « Nous avons vengé le Prophète. Nous avons tué Charlie.»

Ces « exonérateurs » ont-ils une preuve quelconque qui puisse contredire les arguments précités ?

Ô musulmans ! Réveillez-vous ! Ayez le courage d’assumer vos responsabilités ! Avouez sans hésitation que l’islam enseigne clairement et sans ambiguïté le meurtre de celui qui insulte le prophète !
Ayez l’audace de dire clairement, sans honte ni pudeur : « Notre religion insulte toutes les religions, mais n’accepte pas qu’on blasphème la nôtre. Nous sommes des dictateurs ! Nous sommes déterminés à terroriser le monde entier, afin de l’empêcher de prononcer un seul mot contre l’islam ! »

Malek Sibali

[1]  « Dis : Voulez-vous que je vous indique la pire des sanctions auprès d’Allah ? C’est celle qui est réservée à ceux qu’Allah a maudits, à ceux qui ont encourus sa colère et dont il fait des singes et des porcs, et à ceux qui adorent des idoles… » (Coran 5,60)

[2] « Ceux qui ont été chargés de la Thora et qui ne l’ont point observée, sont pareils à un âne pliant sous le poids des livres. »(Coran 62,5)

[3] « Les infidèles parmi les gens du Livre ainsi que les idolâtres seront voués au feu de la Géhenne et leur séjour sera éternel. Ils sont les êtres les plus abjects de l’humanité. » (Coran 97,6)

[4] “Ach-chifa bita’rîf hoqouq al-mustapha (La guérison dans la définition des droits du Prophète) par le juge ‘Ayyâdh. Section IV, les sentences à infliger à celui qui le blasphème).

[5] Voir al-Qortobi, Interprétation de la sourate, Le Repentir, verset 12

[6] Bayhaqi, Les signes de la prophétie, Rubrique: le meurtre de Kaab ben al-Achraf; La biographie du Prophète, par Ibn Hicham, traduction française, Fayard 2004, p. 125-126.

[7] Bukhari, op. cit., Livre des témoins, rubrique: la jalousie féminine.

[8] Ibn Daoud, Sunan, Livre des châtiments, rubrique: le blasphème du Prophète.

[9 Voir al-Qortobi, Interprétation de la sourate, Le Repentir, verset 12

Rédigé par Gérard Brazon

Publié dans #Histoire d'Islam

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