Gaston Garino: hommage à un ami disparu de ma ville de Puteaux.

Publié le 11 Juillet 2011

Je voudrais rendre hommage à Gaston Garino, un homme qui fût l’un des piliers de la ville de Puteaux depuis quarante ans en tant qu’adjoint au Maire mais aussi en tant que citoyen, commerçant et acteur de cette ville.

Gaston-Garino-SF.jpgChaque matin il était dans les rues de la ville, observait, rendait compte, agissait en permanence. Cette forte  personnalité au caractère bien trempé vient de rejoindre ses ancêtres.

Monsieur Gaston Garino  avait vécu plusieurs vies. Ce n’était pas un homme de l’héritage. Ce n’était pas un fils à papa, il s’était fait tout seul, à la force de son caractère.

 Résistant à 17 ans, il avait pris sa part dans la réalité de la guerre. Pour autant, il ne vous inondait pas de ces faits d’armes, il ne vous noyait pas de ces « grands hommes » qu’il avait rencontré.

A la sortie de la guerre, il reprit des études et devint ce que l’on appelait autrefois un "ingénieur maison".  C’était une époque ou un valeureux, un ambitieux, dans le bon terme de l’expression,  pouvait de Manœuvre devenir Ouvrier Qualifié, Technicien et même, patron de son entreprise, pour peu qu'il en avait les qualités et les capacités.

Amoureux des voitures et de la mécanique, il créa à Puteaux sa propre entreprise. C’est là que l’ancien Maire le trouva et lui proposa de le rejoindre dans son équipe municipale en 1971. Il y resta 40 ans, jusqu’à la fin. Fidèle à la ville. A cette ville qu’il aimait passionnément.  

01-Papa-et-Garino.JPGJe l’ai souvent vu ces derniers mois avant qu’il ne soit obligé de rester chez lui. De rester auprès de ceux qui ont su lui prodiguer les soins, l’affection et une présence permanente jusqu’à ces derniers instants.

Je l’avais vu chez lui il y a un mois déjà. Déjà très affaibli physiquement, il avait gardé sa tête, son caractère. J’admirais cet homme qui, devant moi, se battait et c’est battu jusqu’aux derniers moments.

Je me souviens de ces derniers mois où  j’ai eu l’honneur, à la demande de Joëlle Ceccaldi-Raynaud, d’avoir pu l’aider à terminer son deuxième livre concernant le Marquis de Dion Bouton. Une œuvre considérable qui explique les grandeurs d’un homme, son génie, son inventivité. Grâce à Gaston Garino, j’ai appris tant de chose sur un domaine dont j’ignorais tout. D’un regard espiègle, il vous assénait des réalités oubliées volontairement ou non comme par exemple, cette invention des moteurs électriques plaçaient sur les roues en 1926. Il riait de vous voir surpris. Cette invention que l’on dit nouvelle aujourd’hui, était dans les cartons du Marquis de Dion Bouton. C'est Gaston Garino qui, dans ce livre puissant, a mis en lumière cette réalité, cette volonté, à un moment de l'aventure industrielle, de mettre le tout pétrole en avant, bien plus favorable aux Etats-Unis de l'époque. Il m'expliquait en ce temps là, la force de l'industrie du Marquis qui inondait le marché américain de ces voitures bien plus performante que la Ford T d'Henri Ford. Tout celà est oublié, Monsieur Gaston Garino le met en lumière.

 J’ai, par la suite, participait à son troisième livre sur les peintres de Puteaux. Là aussi, j’ai appris et découvert tant de choses. Cet homme avait une culture gigantesque qui avait comme guide, la seule curiosité et l’amour de l’étonnant !

De fait, sa culture forte allait de la mécanique à la peinture en passant par la poésie. Il faisait partie de ces autodidactes qui vous renversaient par leur connaissance. Pour autant, il ne vous écrasait pas de sa culture. Pourtant, il aurait pu le faire mais cet homme avait la conscience de lui-même et des autres.

Pendant ces derniers mois, j’ai découvert l’homme au-delà de l’adjoint au Maire que je côtoyais alors en tant que Conseiller Municipal à une certaine époque. J’ai découvert l’homme sensible, l’homme aimant la vie, le père, le mari.

Monsieur Gaston Garino  avait cette soif de la vie sans avoir peur de la mort. Ce qu’il craignait par dessus tout, c’était l’incapacité d’être lui-même. Ce grand bonhomme, cheveux long comme un étendard, marchait droit et vous regardait droit dans les yeux. Ce qu’il redoutait c’était de présenter une image de lui-même qui n’était pas lui-même. Ce que je comprenais fort bien. Parce qu’au-delà du physique, il y a l’esprit. L’esprit de Gaston Garino n’acceptait pas la diminution physique. C’était une évidence. Mais courageux, il faisait face. Ses yeux ne trompaient pas. Gaston Garino était là dans ce regard. Il s’est battu jusqu’au bout, totalement. Même la mort a dû apprécier ce combat de tous les jours.  

Il n’avait pas peur de la mort, car il savait me disait-il, la chance qu’il avait eu de vivre pleinement sa vie. Une vie pleine d’événements dont il a su utiliser et parfois retourner quand ceux-ci étaient défavorables.

La vie n’est pas un long fleuve tranquille et il faut de l’intelligence, du courage pour affronter les eaux tumultueuse et refuser la fatalité. C’était un homme dompteur de fleuves. Tout à l’opposé des fatalistes. Il me disait la chance d’avoir rencontré des femmes et des hommes de grands talents. D’avoir aimé les femmes et d’avoir rencontré sa femme et d'avoir donné la vie à sa fille qu'il aimait tant.

Nous avons parlé très souvent de la vie, de la mort et de ces êtres chers qui ont fait son bonheur. Ce n’est pas la mort qui l’effrayait mais le fait de laisser tous ceux qu’il aimait profondément derrière lui. Tout cela dit avec une grande pudeur. Gaston n'était pas un homme qui s'apitoyait ou se glorifiait. Sa famille était son jardin secret. Dans ces moments là, il laissait les anges passer lentement. J'étais patient. Il rassemblait ses souvenirs, puis il reprenait la parole soit sur sa vie soit sur son livre. Merci Gaston de m'avoir offert ces moments.

Quand nous nous promenions dans la ville, quand nous allions boire un café, de nombreux putéoliens venaient le saluer avec respect. Cet homme, cet adjoint au Maire, Monsieur Gaston Garino, était apprécié si ce n’est aimé par la population. Il va manquer à la municipalité. Il va manquer dans les couloirs de la Mairie, il va manquer dans les rues de notre ville. Il va nous manquer à tous.  

Alors,  mon humble hommage, ma modeste contribution  ne sera certainement pas grand chose parmi d’autres hommages bien plus talentueux que le mien.  

Monsieur Gaston Garino était décoré de la légion d’honneur. Il était attaché aux souvenirs des armées, de la résistance. Bon voyage Gaston. Tu étais croyant alors, s'il y a un monde, un au delà de la mort, continue de protéger ta famille et ceux qui t'ont aimé et que tu as aimé du temps de ton passage sur cette terre. Continue de veiller sur ta ville. 

Gérard Brazon

Rédigé par Gérard Brazon

Publié dans #Point de vue

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bellanger/garino 13/07/2011 12:21



merci beaucoup



GARINO BELLANGER 12/07/2011 08:45



Je ne vous connais que de nom par mon grand pere mais merci beaucoup à vous pour ces témoignages de gentillesse ils nous vont droit au coeur, Gérard apres votre appel hier après midi nous sommes
tout de suite allées voir votre artcile et réellement merci c'est très bien écrit ma grand mère, ma mère et moi même avons été très très touhées.


 


@Ribeiro: effectivement le rapport avec les revenus et le logement Hlm alors qu il est sujet de son décès......Je ne vois pas! excusez moi! vous connaissiez ses revenus vous?? bref ce n'est pas
grave je ne pense pas que votre commentaire ait été écrit dans le but de blesser mais bon je suis désolée depuis que nous l avons perdu nous avons pu voir sur le net beaucoup de beaux articles
qui nous ont énormément touchées et aussi beaucoup de conneries et d'articles déplacés pour cela excusez moi si je suis un peu argneuse.....c'est pas facile de lire certaines choses quand on
vient de perdre le patriarche de la famille du coup on devient un chouilla irritable, il y a des maladresses dans ces moments là qui l air de rien peuvent énormément blesser. Je préfère que les
gens se concentrent sur ce qu'il a fait pour la Ville pendant ses 40 ans de mandat plutôt que sur ses revenus et la marque de ses costumes...


merci de votre compéhension mais je sais ne vous inquiétez pas qu'il n'était pas question de froisser qui que ce soit



Gérard Brazon 12/07/2011 12:09



J'avais de l'affection si ce n'est une certaine admiration pour votre grand-père qui était un grand bonhomme. Nous avons longuement débattu ces dernières années et surtout ces derniers mois. Nous
avons échangé, rigolé ensemble et parfois, nous nous sommes laissé aller à nos émotions. Nous avions fait connaissance en 1995, mais nous sommes devenus des amis qu'il y a trois ou quatre ans,
car comme vous le savez certainement (sourire), il ne suffit pas d'être dans la même équipe municipale pour êtres des amis. Cela se saurait surtout quand ils ont les dents longues. Votre
grand-père avait besoin de temps pour juger et comprendre son entourage. Je suis fier d'avoir fait partie de ses amis. Il restera pour moi un grand bonhomme et sans doute, si j'en ai l'occasion,
je le verrai encore, circuler dans les couloirs de la Mairie avec son sourire. Il aura marqué sa ville et son époque. Je suis triste bien sûr qu'il soit parti, mais je sais comme il me l'avait
dit plusieurs fois, que ce n'était pas la mort qui lui faisait peur mais bien celle de laisser derrière lui les personnes qu'il aimait le plus, à commencer par sa famille. Vous en faite partie!
Chère Madame, vous avez eu un grand-père dont vous pouvez être fier. Une force de caractère, une volonté et qui sait, pour vous, un guide là où il est aujourd'hui.


Si vous avez besoin, sachez que vous pouvez me demander. Je tâcherai, j'essayerai d'être à la hauteur de l'homme qu'il était. Trés sincèrement, toutes mes condoléances Madame. Saluez votre
famille pour moi et sachez que je pense à vous tous en ce moment difficile.


Gérard Brazon 



Robeiro 11/07/2011 17:39



Bonsoir,


Je connaissais le personnage, la residence Louis Pouey aussi. Mais un petit petit reproche tout de même, pourquoi habiter un HLM avec ces revenus là. Ce commentaire est déplacé mais en tant que
nouveau putéolien UMP, ça coince un peu


Paix est son âme, que sa volonté soit faite! Pardon pour mes coups de sang! Je ne connaissez malheureusement pas les siens.


Robeiro



Marie-Claire Muller 11/07/2011 15:49



Oui merci Gérard de nous avoir fait connaitre quelqu'un de valeureux,qui a bien remplit sa vie et à été un exemple pour son entourage,ses amis et sa ville je voudrais lui dédier ce poëme de
WORDSWORTH ains qu' à toi qui est aussi poëte:"


Notre naissance n'est qu'un sommeil et un oubli;


L'âme qui se léve avec nous,étoile de notre vie,a pris ailleurs son départ et vient de bien loin;


Nous n'avons pas complètement oublié


Et nous ne sommes pas entièrement nus,c'est en trainant des nuées de gloire que nous veneons de dieu,qui est notre foyer.


Notre rude gouvernante fait tout son possible


Pour que son nourrisson,son habitant, l'homme


Oublie les gloires qu'il a connues,


Et ce palais impérial d'où il est venu.


(William Wordsworth:Ode on intimations of immortality ,traduction littérale)



Bonapartine 11/07/2011 12:37



Je me joins à ton hommage, Gérard. Je sais que tu as été très présent à ses côtés ces derniers mois dans l'ultime combat qu'il a mené. Bonapartine.



Gérard Brazon 11/07/2011 13:37



Merci Bonapartine.