Gaz de schiste : l'atout enterré

Publié le 2 Novembre 2012

 Les ressources sont là mais le gouvernement renonce à les exploiter. Un choix idéologique qui affaiblit la France.

Un trésor enfoui. Dans le Bassin parisien ou le sud-est de la France, des milliards de mètres cubes de gaz attendent d’être exploités. La France peut-elle s’en passer ? Pour François Hollande, il semblerait que oui. Le président l’a annoncé en ouverture de la conférence environnementale, le 14 septembre : il n’est pas question d’exploiter le gisement français. « Les arguments économiques existent. Mais dans l’état actuel de nos connaissances, personne ne peut affirmer que l’exploitation par fracturation hydraulique est exempte de risques lourds. »

La fracturation hydraulique (lire notre encadré), pourtant mise en oeuvre aux États-Unis, au Canada, en Argentine, en Australie mais aussi en Pologne ou en Ukraine, condamnerait toute exploitation du gaz de schiste. Ce n’est pas l’avis de Louis Gallois. L’ancien patron d’EADS – auteur, à la demande du gouvernement, d’un rapport à paraître sur la compétitivité – estime au contraire qu’il est « hors de question de faire l’impasse » sur cette nouvelle source d’hydrocarbures, qu’il tient pour « une des richesses phare de la France ». Sans convaincre Delphine Batho, ministre de l’Écologie, du Développement durable et de l’Énergie, qui a évoqué un« désaccord net » avec Louis Gallois et affirmé : « Certains tenteront en permanence de remettre le sujet sur la table mais, d’un point de vue politique, le débat sur les gaz de schiste est clos. »

 

Le prix du gaz américain a été divisé par cinq en dix ans

Une volonté politique qui, sur ces questions scientifiques et techniques, n’est pas toujours pertinente (voir l’interview de Christian Bataille) et qui, surtout, risque de mettre la France à l’écart d’une révolution énergétique mondiale. Membre de l’Académie des technologies, Bernard Tardieu écrivait en 2011 : « Alors même que l’énergie nucléaire est fragilisée, notre pays peut-il renoncer à la recherche de ressources énergétiques sur son sol ? Notre avenir énergétique est précaire et la précaution voudrait que l’on analyse toutes les ressources potentielles. Le contraire serait inconséquent et imprudent. » D’autant plus inconséquent que l’on vit dans un monde ouvert et que l’exploitation du gaz de schiste est une réalité hors de nos frontières.

Son histoire commence à la fin des années 1990, quand George Mitchell, directeur d'une petite compagnie de production d'hydrocarbures, démontre, après plusieurs années de recherche et quelques millions de dollars investis, la faisabilité et la rentabilité du gaz de schiste. L’essor sera rapide. Après les petites compagnies, notamment la sienne, exploitant le gisement texan de Barnett, viennent les grands noms, en 2000 : Devon, Chesapeake, les champs immenses couvrant plusieurs États. Des milliers de puits sont alors forés.

À Pittsburgh, ancienne capitale mondiale du charbon et de l’acier où les mines et les usines ont fermé, le gaz de schiste offre l’occasion de repartir de l’avant. Avec les taxes d’impact payées par les compagnies, l’argent coule à flots. Des routes sont reconstruites. Des emplois se créent dans le bâtiment, les services, toute une mécanique de développement s’enclenche.

Mais cette source d’énergie a ses détracteurs. « Des animaux deviennent malades, les nappes phréatiques sont polluées, aucune chaîne n’a accepté de diffuser nos publicités montrant les dangers environnementaux pour ne pas déplaire à des compagnies comme Chesapeake », s’insurgent par exemple les membres du Marcellus Protest, du nom d’un immense champ gazier de Pennsylvanie.

Les images du film Gasland, sorti en 2010, où l’on voit de l’eau s’enflammer au sortir du robinet, tournent en boucle sur Internet. « L’exemple type de ce qu’il ne fallait pas faire », commente un acteur du secteur : forage aberrant, sécurité douteuse, petite compagnie peu fiable. Mais, sur place, le point de vue alarmiste ne fait pas l’unanimité : « Nous avons connu la pollution liée au charbon ; je peux vous assurer que les rivières n’ont jamais été aussi propres », témoigne un habitant.

Des erreurs ont été faites et la transparence n’a pas toujours été de mise. Mais au-delà de la polémique, que disent les chiffres ? Le gaz de schiste représente déjà près de 20 % de la consommation énergétique totale du pays (contre 2 % il y a douze ans). Le prix du gaz est tombé à 2,70 dollars par unité de référence (contre 12 en Europe et 16 au Japon). Un gaz moins cher, c’est un coût mieux maîtrisé pour les ménages, les logements résidentiels et les locaux commerciaux : on évoque une économie de 1 000 dollars par an et par foyer américain et, du fait de l’essor de toute l’industrie pétrochimique associée, 600 000 emplois dans la décennie à venir. L’équivalent d’un demi-point de PIB pour les cinq prochaines années.

Les Américains, qui s’étaient préparés à être pour longtemps importateurs de gaz, en deviennent exportateurs. Les sites industriels qui gazéifiaient les hydrocarbures liquides importés se reconvertissent pour liquéfier le gaz américain et l’exporter. La pétrochimie et la chimie dérivée (pharmacie, engrais) sont en plein essor. C’est toute une chaîne industrielle qui va se déplacer et revenir sur le continent américain. Avec un siècle de réserves, les États-Unis seront, en 2030, complètement indépendants sur le plan énergétique – une révolution aux conséquences géopolitiques majeures qui a fait déjà titrer au Financial Times : « Do we care about Ormuz ? » (“Nous soucions-nous d’Ormuz ? ”), allusion au détroit, en partie contrôlé par l’Iran, par lequel transitent les hydrocarbures du Golfe.

Et la France ? Selon le rapport de la mission d’inspection sur les gaz de schiste, rendu en mars 2012, « notre pays est parmi les plus prometteurs au niveau européen » avec la Pologne. Même si les estimations, faute d’avoir décidé l’exploration systématique, sont à prendre avec précaution, on avance un volume total de 5 000 milliards de mètres cubes techniquement exploitables. L’équivalent d’un siècle et demi de consommation. Les Polonais, dont les réserves sont équivalentes, n’ont pas hésité. Il y va de leur indépendance vis-à-vis du gaz russe. La France, qui avait développé sa filière nucléaire dans ce but-là, ne semble plus sensible à cet argument, bien qu’elle importe 98 % de son gaz, pour une facture de 60 milliards d’euros, soit la quasi-totalité de notre déficit commercial, estimé à 73 milliards l’an dernier. Une facture qui, corrélée au prix du pétrole, devrait encore grimper. Selon certaines projections, exploiter le gaz de schiste permettrait d’alléger la balance commerciale de 5 milliards d’euros – et réduirait notre dépendance au gaz russe ou algérien.

Certes la France n’est pas les États-Unis : les grands espaces vides y sont plus rares ; grâce au nucléaire, l’électricité constitue déjà une ressource abondante et peu chère ; enfin le code minier, qui fait qu’en France le sous-sol appartient à l’État, empêche un intéressement des collectivités locales et freine l’exploitation.

L’opinion publique, quant à elle, est encore divisée, influencée par les thèses catastrophistes des opposants, relayées sur la scène politique par les Verts : favorable au gaz bon marché, elle ne veut pas de puits dans sa commune. C’est le syndrome du not in my backyard (“pas dans mon jardin”). Mais peut-on refuser longtemps de se donner ne serait-ce que les moyens de savoir ?

« Le principe de précaution ne peut pas être un principe d’inaction systématique », écrivait en 2011 l’un des auteurs d’un rapport sur la question. Et d’ajouter : « Il serait dommageable pour l’économie et pour l’emploi que notre pays aille jusqu’à s’interdire de disposer d’une évaluation approfondie de sa richesse potentielle. » Bien loin d’être clos, le feuilleton du gaz de schiste ne fait que commencer. Mickaël Fonton

Photo © MaxPPP // Valeurs Actuelles

Rédigé par Gérard Brazon

Publié dans #Economie-Finance-Industrie

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Banro 03/11/2012 22:51


...d'autres pays l'exploitENT ! C'est plus français.

Banro 03/11/2012 22:48


"Mais dans l’état actuel de nos connaissances, personne ne peut affirmer que l’exploitation par fracturation hydraulique
est exempte de risques lourds. » Mais personne non plus n'a affirmé le contraire, la preuve c'est que d'autres
pays l'exploite sans danger reconnu.


Et le prix du gaz américain a été divisé par 5 en 10 ans mais pour Normal 1er ce n'est pas normal, en plus il n'en a
pas besoin les caisses de l'Etat sont pleines !

henri 02/11/2012 19:20


Peut-être con ? ou  arriéré ?


Cela me fait penser à des "avions renifleurs "  (tombés dans l'oubli )


Je n'ai jamis cru à ces c****** es !